Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Portrait du journaliste gazouilleur

    Arrêtez de crier, on ne vous entend pas

    3 octobre 2011 |Stéphane Baillargeon | Médias
    Dominic Arpin, le «patrouilleur du Net», répète qu’il est «une marque». Il sera bientôt le premier journaliste québécois à franchir le seuil magique des 100 000 abonnés à son compte Twitter.<br />
    Photo: Source: www.dominicarpin.ca Dominic Arpin, le «patrouilleur du Net», répète qu’il est «une marque». Il sera bientôt le premier journaliste québécois à franchir le seuil magique des 100 000 abonnés à son compte Twitter.
    Le professeur Jean-Hugues Roy de l'UQAM, ex-reporter de Radio-Canada, documente et analyse l'utilisation de Twitter par les journalistes québécois : «Trop souvent, les journalistes utilisent leur compte comme un gros panneau publicitaire...».

    Comme la tendance se maintient, Dominic Arpin (Vlog à TVA, au 98,5 FM, etc.) sera bientôt le premier journaliste québécois à franchir le seuil magique des 100 000 abonnés à son compte Twitter. À l'échelle étatsunienne, ça donnerait, quoi, 3,5 ou 4 millions de «suiveux»?

    Le «patrouilleur du Net» répète qu'il est «une marque», une petite entreprise médiatique à lui tout seul. Son succès sur le réseau de miniblogage le confirme: ses scores personnels laissent en rade de vrais de vrais médias, Infopresse (17 000 abonnés, en arrondissant), Le Devoir (22 000) et L'Actualité (23 000). Seules de très rares et très grosses entreprises multimédias le dépassent, dont Radio-Canada et ses 152 000 abonnés.

    En plus, le Roi-Soleil Arpin fait majestueusement de l'ombre à toute l'aristocratie des journalistes-animateurs-gazouilleurs: Marc Cassivi (21 000), Hugo Dumas (17 500) et Nathalie Collard (13 000) de La Presse, Gérald Filion (12 000) de Radio-Canada, Benoît Dutrizac (19 000) du 98,5 FM, Sophie Thibault (16 000) de TVA, le collègue Antoine Robitaille (8000) du Devoir.

    Amorce d'une typologie


    Ces données toutes fraîches ont été colligées la semaine dernière (le 27 septembre) par Jean-Hugues Roy, nouveau professeur de l'École des médias de l'UQAM, spécialiste des nouveaux médias qui a longtemps été reporter à la télévision de Radio-Canada. Il a fourni un beau gros fichier au Devoir, un tableau bourré de renseignements permettant de comprendre un peu mieux le rayonnement des journalistes québécois sur Twitter, une première.

    «C'est l'amorce d'une typologie, de l'écosystème journalistico-québécois sur ce réseau social», explique-t-il en entrevue téléphonique, sauf erreur sa première depuis sa nomination universitaire cet été. «Mais ce n'est rien de scientifique pour l'instant, je voudrais le souligner à gros trait. C'est une indication sommaire pour commencer.»

    Les vieux médias à l'assaut du nouveau

    Son tableau rassemble déjà une soixantaine de comptes de journalistes (@cherejoblo, de Josée Blanchette par exemple) et de médias (@tvanouvelles, mettons) attirant au moins cinq milles abonnés chacun, mais qui ont aussi eux-mêmes envoyé plus de mille tweets. Ces deux marqueurs permettent d'établir un ratio d'émetteur et de récepteur. Gérard Fillion, spécialiste de l'économie de Radio-Canada, est abonné à plus de 10 000 sources! Par contraste, @RDSInfo n'affiche que 4 abonnements.

    «Ça peut être normal pour une entreprise de suivre peu de sources, commente le professeur Roy. Pour un individu, un haut taux d'abonnements peut témoigner d'une grande curiosité. Mais il faudra poursuivre l'enquête pour mieux comprendre les motivations.»

    Chose certaine, les vieux médias, comme les journalistes à l'ancienne de ces vieilles institutions de communication, dominent dans le nouveau monde. Dans la liste de 63 vedettes, il n'y a que quatre «indépendants». Et encore, la blogueuse Marie Julie Gagnon et le journaliste Pierre Trudel ont-ils fait leur marque dans les médias traditionnels. Alexandra Diaz a démissionné de TVA en mars et Pascale Lévesque, une ex-lockoutée du Journal de Montréal, travaille maintenant au 98,5 FM.

    Pas de vedette autochtone


    «Il n'y a pas de vedette autochtone des nouveaux médias, commente le spécialiste. Mais le nombre d'abonnés n'est pas nécessairement une mesure suffisante de l'influence d'un compte. C'est la conversation qui compte, l'échange avec la communauté, l'interaction.»

    lTweetreach lui permet déjà de suivre l'impact des gazouilleurs médiacrates. Cet outil estime la propagation des derniers messages (une cinquantaine) sur le réseau, notamment par des réactions ou des retweets. Plus un message est donné au suivant, plus il semble intéresser les abonnés. Le commentateur engagé Jean-François Lisée de L'Actualité se démarque particulièrement bien à ce jeu des relais.

    Qu'est-ce qui marche ?

    Pourquoi? Quel exemple faut-il suivre pour attirer l'attention de la communauté? Que pense l'observateur des gazouillis des dizaines de milliers de messages envoyés par sa soixantaine de vedettes?

    La nature imprécise de Twitter s'expose dans les habitudes ambiguës des journalistes. S'agit-il d'un réseau social et professionnel ou d'un réseau d'information? Faut-il que le reporter dise «ce qu'il fait en ce moment» (selon le slogan des origines) ou «quoi de neuf?» (selon le mantra de 2009). Doit-il seulement utiliser le réseau comme une sorte de téléscripteur gratuit et instantané?

    «Trop souvent, les journalistes utilisent leur compte pour dire: "allez voir mon reportage", répond le professeur Roy. C'est comme un gros panneau publicitaire. C'est malheureux parce que cette pratique réduit les abonnés à de simples consommateurs. Je suis d'accord avec Pierre Saint-Arnaud de La Presse canadienne qui a fait récemment une montée de lait sur Facebook en demandant à tous les journalistes d'arrêter de s'autopromouvoir. Il leur a dit: "si votre topo est bon, ne vous en faites pas, on va le trouver." C'est vrai, mais sur Twitter, le bombardement publicitaire est encore pire.»

    Bref, arrêtez de crier, on ne vous entend pas. Il n'y a pas que de l'autoplogue heureusement. Les plus généreux gazouilleurs n'oublient pas que Twitter est un média et que, par définition, un média diffuse de l'information.

    «Les utilisateurs qui me semblent les plus intéressants donnent de la matière originale, dit finalement Jean-Hugues Roy. Ils relaient l'information instantanément. Ils font part de leurs découvertes. Et puis, ils amorcent des conversations et participent à d'autres.»

    La vraie nouveauté incontournable est là, dans l'interaction rapide, instantanée, abondante, permise par le réseau social, communautaire et participatif. Dans le 2.0 quoi, qui se résume à l'idée de l'échange, de l'ouverture, du dialogue.

    Seulement, tout ça bouffe énormément de temps, évidemment. Le professeur Roy lui-même n'anime ni blogue ni compte Twitter. Mon propre compte est à 221 followers, 99 following et 0 tweets. Pas de quoi donner des leçons: «If you dont do it, teach or write about it...»

    «J'ai une nouvelle job, j'ai des enfants, je n'ai pas le temps, explique finalement Jean-Hugues Roy. Les journalistes présents sur le réseau m'impressionnent vraiment. Ils écrivent constamment. C'est souvent très bon. C'est solide et ils ne se font pas poursuivre. Ils ont toute mon admiration.»












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.