Conflits d'intérêts à surveiller...
Que les ambitions à la radio de Gilles Duceppe aient été divulguées par Le Journal de Montréal ne devrait étonner personne au Québec, où Quebecor est un concurrent acharné de Radio-Canada. Cependant, à l'extérieur de la province, Pierre Karl Péladeau joue encore dans les ligues mineures de la télédiffusion. Jusqu'à récemment, nous n'avons pas eu l'habitude de voir ses quotidiens livrer bataille à CBC/Radio-Canada.
Ces jours-ci, la stratégie de l'anglophone Sun Media, propriété de Quebecor, est de se positionner comme une option conservatrice aux autres médias. Les subventions de l'État versées à CBC constituent donc une cible de choix — curieusement, on ne peut pas en dire autant des sables bitumineux!
La chaîne de M. Péladeau semble avoir fourni un effort particulier pour faire en sorte que la nouvelle concernant M. Duceppe soit diffusée en anglais dès 6h du matin. Après les révélations sur le passé politique de la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, l'affaire Duceppe est devenue le thème de la journée à Ottawa. Au pays, la réaction a été particulièrement négative. Le Toronto Sun a jeté de l'huile sur le feu en rapportant — à tort — que l'ancien chef du Bloc québécois avait été embauché par Radio-Canada avec une avance de quelque 50 000 $ à 100 000 $.
Finalement, comme nous le savons maintenant, M. Duceppe s'est désisté avant même de commencer son travail de chroniqueur, ce qui a nourri des allégations de deux poids, deux mesures chez Radio-Canada. En y regardant de plus près, on comprend toutefois qu'il eut été facile pour le radiodiffuseur public de voir à quel point le cas de Gilles Duceppe était distinct des autres. Le débat né de cette affaire a à tout le moins permis de constater qu'il y a un nombre croissant de partisans qui jouent un rôle de commentateur politique dans les médias. Certains d'entre eux reçoivent des suggestions et des points à souligner de la part des partis politiques, et cela soulève ironiquement des questions qui s'appliquent tant à Quebecor qu'à CBC/Radio-Canada.
Au cours des deux dernières années, la commissaire au lobbyisme à Ottawa Karen E. Shepherd a laissé entendre qu'elle ne s'attarde pas seulement aux sources traditionnelles de conflits d'intérêts, mais qu'elle voit bien plus large. Elle a ainsi suggéré que les activités politiques des lobbyistes pourraient engendrer des conflits d'intérêts réels ou apparents dans la mesure où leurs actions servent les intérêts personnels d'un titulaire de charge publique et dans la mesure où le lobbyiste est en interaction avec lui dans le cadre de son emploi ou de sa tâche. Même si certains lobbyistes ont menacé de contester devant les tribunaux les directives de la commissaire, perçues comme une violation de leurs droits fondamentaux, la plupart d'entre eux, on l'a vu, ont évité d'entreprendre un rôle actif dans la récente campagne électorale fédérale.
J'ai récemment demandé à la commissaire Shepherd si sa définition de «l'activité politique» englobait le travail de commentateur à la télé. En réponse à ma question, le commissaire adjoint m'a écrit (ma traduction):
«La commissaire croit que les commentateurs, qu'ils soient des lobbyistes ou non, qui fournissent des opinions partisanes sur des questions politiques effectuent une activité politique. Comme avec d'autres types d'activités politiques énoncées dans l'orientation de la commissaire et sa clarification subséquente, la participation à un panel politique à la télé ou dans la presse écrite peut en réalité contribuer à faire avancer les intérêts privés d'un parti politique ou d'un titulaire de charge publique.
Dans les cas où l'information fournie par la personne est basée sur sa propre opinion concernant la plateforme politique du parti ou ses politiques, et qu'elle est comparée avec les opinions d'autres participants à un panel représentant d'autres partis [...] l'activité représenterait un faible risque de créer un conflit d'intérêts réel ou apparent. Toutefois, si un titulaire de charge publique ou un parti politique avait demandé directement que la personne apparaisse comme porte-parole ou qu'elle écrive un article pour la presse écrite, cela augmenterait probablement le risque de créer un conflit d'intérêts réel ou apparent, parce qu'elle ferait monter à un degré plus élevé l'intérêt privé du parti ou du titulaire de charge publique.»
***
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
Ces jours-ci, la stratégie de l'anglophone Sun Media, propriété de Quebecor, est de se positionner comme une option conservatrice aux autres médias. Les subventions de l'État versées à CBC constituent donc une cible de choix — curieusement, on ne peut pas en dire autant des sables bitumineux!
La chaîne de M. Péladeau semble avoir fourni un effort particulier pour faire en sorte que la nouvelle concernant M. Duceppe soit diffusée en anglais dès 6h du matin. Après les révélations sur le passé politique de la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, l'affaire Duceppe est devenue le thème de la journée à Ottawa. Au pays, la réaction a été particulièrement négative. Le Toronto Sun a jeté de l'huile sur le feu en rapportant — à tort — que l'ancien chef du Bloc québécois avait été embauché par Radio-Canada avec une avance de quelque 50 000 $ à 100 000 $.
Finalement, comme nous le savons maintenant, M. Duceppe s'est désisté avant même de commencer son travail de chroniqueur, ce qui a nourri des allégations de deux poids, deux mesures chez Radio-Canada. En y regardant de plus près, on comprend toutefois qu'il eut été facile pour le radiodiffuseur public de voir à quel point le cas de Gilles Duceppe était distinct des autres. Le débat né de cette affaire a à tout le moins permis de constater qu'il y a un nombre croissant de partisans qui jouent un rôle de commentateur politique dans les médias. Certains d'entre eux reçoivent des suggestions et des points à souligner de la part des partis politiques, et cela soulève ironiquement des questions qui s'appliquent tant à Quebecor qu'à CBC/Radio-Canada.
Au cours des deux dernières années, la commissaire au lobbyisme à Ottawa Karen E. Shepherd a laissé entendre qu'elle ne s'attarde pas seulement aux sources traditionnelles de conflits d'intérêts, mais qu'elle voit bien plus large. Elle a ainsi suggéré que les activités politiques des lobbyistes pourraient engendrer des conflits d'intérêts réels ou apparents dans la mesure où leurs actions servent les intérêts personnels d'un titulaire de charge publique et dans la mesure où le lobbyiste est en interaction avec lui dans le cadre de son emploi ou de sa tâche. Même si certains lobbyistes ont menacé de contester devant les tribunaux les directives de la commissaire, perçues comme une violation de leurs droits fondamentaux, la plupart d'entre eux, on l'a vu, ont évité d'entreprendre un rôle actif dans la récente campagne électorale fédérale.
J'ai récemment demandé à la commissaire Shepherd si sa définition de «l'activité politique» englobait le travail de commentateur à la télé. En réponse à ma question, le commissaire adjoint m'a écrit (ma traduction):
«La commissaire croit que les commentateurs, qu'ils soient des lobbyistes ou non, qui fournissent des opinions partisanes sur des questions politiques effectuent une activité politique. Comme avec d'autres types d'activités politiques énoncées dans l'orientation de la commissaire et sa clarification subséquente, la participation à un panel politique à la télé ou dans la presse écrite peut en réalité contribuer à faire avancer les intérêts privés d'un parti politique ou d'un titulaire de charge publique.
Dans les cas où l'information fournie par la personne est basée sur sa propre opinion concernant la plateforme politique du parti ou ses politiques, et qu'elle est comparée avec les opinions d'autres participants à un panel représentant d'autres partis [...] l'activité représenterait un faible risque de créer un conflit d'intérêts réel ou apparent. Toutefois, si un titulaire de charge publique ou un parti politique avait demandé directement que la personne apparaisse comme porte-parole ou qu'elle écrive un article pour la presse écrite, cela augmenterait probablement le risque de créer un conflit d'intérêts réel ou apparent, parce qu'elle ferait monter à un degré plus élevé l'intérêt privé du parti ou du titulaire de charge publique.»
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail








