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    ledevoir.com piraté - Ne rien banaliser

    17 août 2011 |Josée Boileau | Médias
    L'histoire a été largement répercutée hier, et la direction du Devoir a pu profiter d'une foule de tribunes pour faire le point, mais le piratage informatique dont notre site Internet a été victime appelle encore quelques mots à l'endroit de nos lecteurs. 


    Le premier ministre Jean Charest, dont notre site a annoncé le décès dans la nuit de lundi à hier, a su dédramatiser une histoire qui, à l'ère des réseaux sociaux et de l'information continue, avait réussi à se développer en un rien de temps. Nous le remercions d'ailleurs de sa compréhension en ce qui concerne cette affaire, qui a entraîné son lot de remous nocturnes pour son cabinet comme pour la rédaction du Devoir. Inutile de dire que nous regrettons les inconvénients causés au premier ministre, à sa famille et à son entourage politique. Nous nous en excusons.

    Mais dédramatiser ne signifie pas banaliser. Nous prenons très au sérieux cette intrusion dans notre site Internet et avons convenu rapidement qu'outre nos recherches internes pour en connaître l'origine, il fallait que l'affaire relève d'une enquête policière. Nous avons contacté à cet effet le Service de police de la Ville de Montréal, qui s'est aussitôt mis à pied d'oeuvre.

    Nous avons également immédiatement resserré certaines mesures de protection de notre site et travaillons à revoir les balises de sécurité de l'ensemble de celui-ci. Il nous importe toutefois de rassurer tant nos abonnés que nos annonceurs: jamais les données personnelles ou financières qu'ils nous ont fournies n'ont été touchées par le piratage que nous avons subi. La gestion de la partie rédaction de notre site Internet se fait à partir d'un système distinct de celui touchant la facturation.

    Il nous importe aussi de préciser que nous nous refusons à participer à l'élaboration de scénarios comme nous en avons vu, ou entendu, circuler depuis hier matin. Une enquête est en cours, elle exige plusieurs vérifications; attendons les résultats. Et s'il y a eu des défaillances dans le système de protection de notre site, il faut souligner que ce système était néanmoins protégé: il est faux de laisser entendre que les journalistes du Devoir y ont accès sans contrôle et qu'ils sont en mesure d'y entrer leurs articles à leur guise. Ce n'est pas ainsi qu'un média sérieux travaille, et Le Devoir est un média sérieux.

    Mais comme d'autres grands médias — ne mentionnons que le New York Times ou Fox News —, Le Devoir peut être victime de ce nouveau type d'attaques que sont les intrusions informatiques illégales. La crédibilité du média est ici prise au piège et sert les intérêts des malfaiteurs. Ce type de délit se doit d'être dénoncé aussi sérieusement qu'un vol, car vol il y a.

    Cet événement, qui serait une première pour un média au Québec, nous rappelle enfin ce qui doit, encore et toujours, être le b.a.-ba de notre métier: vérifier, vérifier, vérifier, même si l'information continue, sur toutes les plateformes, incite à suivre le mouvement d'une nouvelle qui se répand. Durant la nuit de lundi à hier, bien des journalistes ont cherché d'abord à valider la nouvelle; d'autres en ont fait état en ondes, mais en mettant des gants blancs. C'était tout à leur honneur en plein coeur de la nuit. Mais nous sommes tous, dans cette profession, susceptibles d'accorder automatiquement foi à une nouvelle surprenante quand elle émane d'un grand média. Il ne faut pourtant pas relâcher notre vigilance.

    Les réseaux sociaux ont certes alimenté la tempête. Mais en faisant rapidement circuler notre démenti, ils nous ont aussi permis de la gérer, contre-balançant le fait que notre site est resté bloqué jusque vers 4h30 du matin (moment où nous avons pu y mettre notre démenti), puis à différents moments de la journée d'hier.

    Il y a donc un aspect positif à retenir de cette folle nuit, et de la journée mouvementée qui l'a suivie. Mais c'est bien le seul! Et nous ferons tout pour ne pas revivre de tels moments.

    ***

    Josée Boileau - Rédactrice en chef












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