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    Cherche désespérément bonne nouvelle

    15 juillet 2011 | Lise Payette | Médias
    Mardi dernier, j'ai dîné avec mon amie M. Elle est arrivée avec les journaux sous le bras, l'œil méchant, en disant: «Ça va tellement mal partout, je ne sais pas comment ça va finir.» J'ai souri. J'ai pensé que comme elle est une farouche libérale, elle allait peut-être m'apprendre quelque chose de nouveau sur son parti. Il faisait une chaleur écrasante et elle a dit: «On se croirait en enfer. La Terre est malade. Il faut être aveugle pour ne pas le voir.» Je l'ai laissée prendre son verre d'eau et elle est partie dans un discours qui allait durer un bon moment.

    «Tu ne lis pas les journaux? Quand ce n'est pas un tremblement de terre en Australie, c'est un tsunami au Japon ou des incendies de forêt qui brûlent des villages entiers. Les volcans réagissent les uns après les autres en Islande, puis au Chili ou en Sicile. Le choléra fait des ravages en Haïti. Le maire Tremblay est allé leur donner des leçons d'administration... il se prend pour qui, lui? Moi, j'ai mon voyage. Il paraît que la faim décime des pays africains. Tout le monde s'en fout. C'est terrible. Ça ne nous touche pratiquement plus. On dit que des animaux sont en voie de disparition parce que le réchauffement de la planète fait des ravages. Les abeilles disparaissent à vue d'oeil. La guerre fait rage un peu partout dans le monde si bien que la mort est devenue une chose ordinaire. On est devenus insensibilisés... La Grèce paie pour son insouciance, l'Italie sera bientôt à genoux et l'Espagne est aux soins intensifs. Les pays arabes secouent leurs puces et réclament un peu de liberté. Ils livrent une lutte sans trêve contre l'oppression. Eux autres, ils en ont bavé. Puis, c'est pas mieux de ce côté-ci. La dette américaine est si élevée qu'Obama demande aux conservateurs de le laisser l'augmenter pour sauver le pays d'une autre récession. Ça rue dans les brancards là-bas. L'Afghanistan comme le Pakistan, je n'en parle même pas. On pense que c'est fini? Ça ne fait que commencer. La Russie enrichit ses amis. La Chine rêve de mener le monde, non pas en se servant de ses soldats, mais de ses yuan... Tu ne peux pas dire que tout va bien. T'es aveugle ou quoi? Franchement!»

    Je suis restée bouche bée. L'attaque est directe. Elle reprend son souffle et enchaîne: «Ce ne sont pas les sujets qui manquent pour faire des chroniques. Tu n'as même pas parlé de Guy Turcotte... Ni de DSK... C'était pourtant de beaux sujets pour toi. Non. Tu aimes mieux t'en prendre à Jean Charest. [Ici, petite grimace.] Au moins si c'était pour dire qu'il fait son possible... Non, selon toi, il ne fait jamais rien de bon, celui-là... Lâche-le un peu. Regarde plutôt du côté de Stephen Harper. Il est têtu comme un âne. Il va démanteler le registre des armes à feu, que les femmes le veuillent ou pas. Il a l'intention d'agir dès l'automne. Il semble que rien ne le fera changer d'idée et que toute discussion est du temps perdu. L'as-tu vu, Jean Charest, les pieds dans l'eau sur le bord du Richelieu? C'est ça, un chef. Quelqu'un qui est là quand le monde a besoin de lui. Quand je pense qu'il y en a qui ont dit que c'était pour se faire voir, pour ramasser des votes... c'est tellement injuste.»

    J'ai signalé au serveur de nous apporter les menus. Je cherchais un moyen de passer à autre chose. Impossible. Ce qui devait arriver arriva. M. est repartie sur le même ton.

    «C'est comme Pauline Marois. Elle, elle a des décisions à prendre et ça presse. Je vais te dire, elle va finir par se retrouver toute seule dans son parti. Chef de rien ni de personne. C'est incroyable, les chicanes du PQ! Ça tourne toujours à la mutinerie et ce n'est pas la première fois. Tu le sais aussi bien que moi. Tu vas me dire que plus on réunit de gens intelligents, avec des idées fortes et des ego démesurés, plus on s'expose à ce que les discussions soient viriles. Tu vas me dire que ça ne risque pas d'arriver au Parti libéral... Je le sais. Je te connais. Quand c'est le Parti libéral, tout est mauvais.»

    C'est là que je me suis mise à rire. Assez fort pour que les autres clients se retournent. Nous étions ensemble depuis près d'une demi-heure et je n'avais pratiquement pas ouvert la bouche. J'ai ri. Elle m'a dit: «Je ne sais pas ce qui te fait rire. Ça va tellement mal partout et toi, tu trouves ça drôle.»

    On a mangé rapidement. Elle m'a parlé de ses petits-enfants qu'elle adore et je lui ai fait la bise en la quittant. Depuis, j'attends désespérément une vraie bonne nouvelle pour me prouver que l'époque que nous vivons n'est pas aussi opaque que ce qu'elle dit. C'est long. Je l'attends toujours...
     
     
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