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    De la Souris verte à la souris Web

    Les émissions jeunesse de Radio-Canada vont-elles disparaître de la télé ?

    25 juin 2011 | Stéphane Baillargeon | Médias
    Bobino et Bobinette ont fait les délices de nombreux téléspectateurs.<br />
    Photo : Source ARTV Bobino et Bobinette ont fait les délices de nombreux téléspectateurs.
    La Société Radio-Canada ne veut plus être obligée de diffuser chaque semaine un minimum d'heures d'émissions pour les jeunes, qui de toute façon délaissent le petit écran pour un autre. Ça se comprend. Mais quelles seront les conséquences sonnantes et trébuchantes de la diffusion en ligne des héritières de Bobino et cie?

    S'il fallait ramener la grille de Radio-Canada à l'essentiel, on y trouverait un bulletin de nouvelles, bien sûr, une série dramatique, sans doute, puis une émission pour enfants, évidemment. La trilogie basique se ramène à ça.

    Beaucoup de productions mémorables jalonnent la longue, très longue histoire de cette institution (dans le sens de «qui sert à instituer»). Certaines, comme Bobino, Fanfreluche, La Souris verte ou Sol et Gobelet, jouissent d'un statut quasi mythique. D'autres conservent une forte aura même si un jeune d'aujourd'hui, gavé des hyperactifs et critiques Simpson, peut difficilement endurer le visionnement d'un épisode lent et biscornu de Pépinot et Capucine.

    Cette richesse découle d'une paradoxale volonté forcée: la société d'État le fait aussi parce que sa loi fondamentale lui impose la diffusion hebdomadaire d'une vingtaine d'heures d'émissions jeunesse en français, dont au moins quatre heures de productions originales canadiennes pour les enfants de moins de 11 ans. Ce qui donne maintenant Cornemuse ou Toc, toc, toc, dignes héritières des meilleures créations pionnières. Du lundi au vendredi, entre 6h et 8h, les émissions pour enfants de RC obtiennent au total un auditoire moyen de 46 000 téléspectateurs et une part d'écoute de 6 %, soit deux points de plus que son concurrent le plus sérieux.

    En avant, comme avant

    Seulement, ce temps s'achève. Enfin, si ce n'est pas sûr, c'est quand même possible. Dans les documents produits pour le renouvellement de sa licence accordée par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CTRC), Radio-Canada vient en effet de réclamer l'élimination de ces règles lui imposant un minimum de temps d'antenne pour la jeunesse. La mesure affecte aussi la radio et une requête semblable vise l'institution soeur, la CBC.

    «C'est vrai qu'on demande une modification de nos conditions de licence, explique Marco Dubé, porte-parole institutionnel de CBC/Radio-Canada. Mais ça ne veut pas dire que les émissions jeunesse ne seront plus les bienvenues à Radio-Canada. Au contraire. Nous sommes engagés à avoir une programmation pour les jeunes qui a sa place au coeur de la télévision généraliste. On veut continuer à en faire, c'est clair.»

    La directrice générale de la Télévision, Louise Lantagne, a d'ailleurs expliqué que «plusieurs projets sont présentement en développement» avec des maisons privées. «Les émissions jeunesse ont leur place au coeur de notre télévision généraliste, dont la grille horaire doit être équilibrée, a-t-elle précisé dans un communiqué diffusé cette semaine. En 2011-2012, notre programmation jeunesse sera prolongée jusqu'à 9h. Radio-Canada est déterminée à faire en sorte que les jeunes commencent leur journée à son antenne.»

    Alors, pourquoi faire sauter la barrière qui a tellement aidé à développer ce créneau? «Ce n'est pas parce qu'on demande d'enlever les limites [de diffusion d'émissions jeunesse] qu'on n'en fera plus, poursuit M. Dubé. Nous voulons un cadre réglementaire mieux adapté à l'ère actuelle. Il faut imaginer les programmations [liées à] un média global, sur toutes les plateformes: télévision, radio et Web. Nous voulons donc assez de souplesse pour déployer nos stratégies de contenu sur l'ensemble de ces plateformes et surtout pour rejoindre les clientèles là où elles sont et là où elles seront dans l'avenir plutôt que de continuer à faire comme si le passé se maintenait.»

    Cette révolution fait évidemment migrer les «récepteurs» d'un écran à l'autre. Surtout les jeunes, qui se collent à l'ordinateur pour leur consommation culturelle. La stratégie quinquennale dévoilée en février par la société d'État établit clairement cette volonté de bonifier l'offre jeunesse sur le Web. Quand la direction de la Première chaîne a annoncé la disparition des émissions 275-Allô et Ados Radio, elle a aussi évoqué la nécessaire migration vers Internet. «On a toujours l'intention de diffuser des émissions à la télé, mais on a aussi l'intention d'en faire plus sur le Web, résume M. Dubé. Il faut rejoindre les jeunes là où ils sont aujourd'hui.»

    Le grand méchant Web


    Est-ce bien le cas? Évidemment, tous les parents peuvent témoigner de l'apparent attrait impérial de la nouvelle souris. Seulement, objectivement, qu'en sait-on? «Dans les faits, on a très peu de statistiques fiables sur l'utilisation d'Internet par les jeunes, explique Nicole Gallant, de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), spécialiste des rapports entre les jeunes et les médias. En plus, le transfert n'est pas encore fait et on est sur des conjectures. Oui, les gens sont plus sur le Web qu'avant. C'est vrai, certains ne sont plus du tout devant la télé. Mais encore une fois, on n'a pas de données fiables au Québec pour vraiment comprendre comment se comportent les jeunes de moins de 11 ans, à un âge où en général les parents contrôlent le temps passé devant les écrans.»

    Cela observé, la professeure Gallant précise ne pas être défavorable à la mise en ligne des émissions pour enfants. «Je crois que cela peut amener plus de jeunes à en profiter, dans un horaire qui leur convient; l'accès en différé peut être très utile, écrit-elle au Devoir après l'entretien téléphonique. Toutefois, ce qui pose problème sur le plan d'un accès égalitaire, c'est de les mettre en ligne à la place de la télévision, plutôt qu'en plus.»

    La télé généraliste est gratuite. Les chaînes spécialisées (Vrak, Teletoon, Yoopa...) demeurent très abordables. La bande passante, elle, coûte cher, très cher même au Canada, cancre de la haute classe mondiale dans le domaine. «Le transfert sur Internet des émissions implique des coûts supplémentaires pour la famille, dit finalement Mme Gallant. Les forfaits Internet sont dispendieux et on est dans une tarification à la consommation. L'accès ne sera donc plus égal dans la population. Certaines familles n'ont pas d'ordinateur. D'autres n'ont pas les moyens de se payer la bande passante. Et de toute manière, tous vont devoir payer pour regarder Cornemuse en ligne plutôt qu'à la télé...»
     
     
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