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Technologie - À l'assaut des identités numériques

Apple s'associe à Twitter, Microsoft à Facebook : l'avenir se joue en mode intégré

13 juin 2011 | Fabien Deglise | Médias
Au début de la semaine dernière, Steve Jobs a levé le voile sur l’entente avec Twitter à l’occasion de la Worldwide Developers Conference — la WDC, pour les intimes.<br />
Photo : Agence France-Presse Justin Sullivan/Getty Images Au début de la semaine dernière, Steve Jobs a levé le voile sur l’entente avec Twitter à l’occasion de la Worldwide Developers Conference — la WDC, pour les intimes.
C'est un mariage d'intérêt dont la portée va au-delà des simples avantages financiers inscrits au contrat, pour l'un et pour l'autre.

En annonçant la semaine dernière son rapprochement avec le réseau de microclavardage Twitter, la multinationale de la pomme, Apple, vient une nouvelle fois confirmer le rôle important que les réseaux sociaux numériques s'apprêtent à jouer pour la suite des choses et pour le bon déroulement des affaires économiques du monde. Avec en trame de fond la mise en place des conditions gagnantes, par ce genre de rapprochements stratégiques, pour tirer profit au maximum des identités numériques, actuellement en formation dans un cyberespace près de chez vous.

La surprise n'en était pas une. Au début de la semaine dernière, Steve Jobs a en effet levé le voile sur la bonne entente à l'occasion de la Worldwide Developers Conference — la WDC, pour les intimes. Son prêche était chargé. Entre le nouveau système d'exploitation de ses futures machines (la version 10.7), le nuage informatique dans lequel il rêve l'avenir de son église (iCloud), il a été question de son système d'exploitation pour appareil portable — on l'appelle l'iOS 5 — qui désormais est copain comme cochon avec le volatile bleu de la multinationale américaine Twitter.

Oui, sur iPad, iPod touch et iPhone, l'application Twitter est déjà offerte depuis plusieurs mois, permettant du coup de s'adonner au sport international de la création de contenu en moins de 140 caractères, tout en étant en mouvement. Afin de conjuguer, parfois, ubiquité avec vacuité.

Enchâssé

L'avenir se joue maintenant en mode intégré: Twitter est désormais enchâssé dans le système d'exploitation facilitant l'envoi de contenu provenant du navigateur Safari, des applications YouTube, Google Maps ou encore des albums photos par l'entremise de la célèbre mécanique du microclavardage. On résume.

Sur le blogue de l'empire à l'oiseau, la joie s'exprimait dans un format plus consistant qu'un gazouillis: «Les développeurs de toutes vos applications préférées peuvent tirer avantage de cet accès unique et vous permettre de tweeter à partir de ces applications, peut-on lire. Le mariage entre Twitter et l'iOS 5 crée vraiment une façon facile de partager tout ce qui se passe dans votre monde. Prenez une photo et cliquez sur tweeter. Le microclavardage n'aura jamais été aussi simple.» Simple pour l'expéditeur et forcément payant pour les nouveaux et anciens géants de l'informatique et de la communication qui cherchent aujourd'hui à favoriser la prolifération de ce type de contenu...

En effet, l'ère de la découverte, de la prolifération gratuite — avec apparent désintéressement — des réseaux sociaux dans le quotidien des humains branchés est désormais révolue. Les premiers pas à peine maîtrisés, les Twitter et Facebook de ce monde appréhendent maintenant leur adolescence sous l'angle de la rentabilité. Et en se rapprochant des marchands de machines portables ou de systèmes d'exploitation, ils espèrent transformer en argent sonnant les informations personnelles qui s'accumulent sur leurs serveurs informatiques privés.

Facebook aussi

Facebook, certainement le plus épidémique des deux, avec ses 600 millions de fidèles à l'échelle de la planète qui parlent à son mur — ou se lamentent dessus —, est entré dans cette logique aussi. Fin mai, il a consommé son mariage avec Microsoft en devenant une composante du Windows Phone 7, le système d'exploitation de la boîte à Gates conçu pour les téléphones multifonctionnels. Le réseau social a aussi tissé des liens avec l'Android de Google, un autre système pour appareil mobile, et dans lequel l'intégration des amis numériques dans la liste de nos contacts va être facilitée.

Avec ces 200 millions d'utilisateurs, qui génèrent quand même un milliard de micromessages par semaine, Twitter, en passant par Apple, ne veut rien faire de plus que de poursuivre son développement, comme Facebook, dans le cadre de la culture numérique en mutation où mobilité, géolocalisation et construction d'identité en ligne par le partage de contenu, commercial ou informatif, cherchent à devenir norme.

La mobilité comme norme

Aux États-Unis, 40 % des ménages accèdent désormais à Internet en passant par un appareil portable (téléphone ou tablette), selon une étude du Knowledge Networks dévoilée la semaine dernière. Une hausse de 15 % par rapport à l'année précédente. «Cette technologie place l'univers des médias — vidéo, son, jeu, texte — dans la poche des consommateurs, peu importe où ils vont. Cette adoption offre désormais de grandes possibilités aux marques pour interagir [avec ces consommateurs].»

Le ton est donné. Il explique aussi pourquoi plusieurs grandes marques sur la planète prennent désormais un malin plaisir à jouer sur la place publique au jeu de la comparaison de leur poids numérique et «socialement réseauté». Mes amitiés sont plus grosses que les tiennes: Starbucks revendique 12,7 millions de fidèles sur sa page Facebook, Oréo 8,7 millions, Coca-Cola 10,7 millions et Red Bull 7,8 millions. Le F-commerce — pour commerce passant par Facebook — et le T-Commerce (qui prend racine dans Twitter) n'ont pas trop de souci à se faire.

Reste que les signes plus qu'avant-coureurs de cette intrusion des marques, par les réseaux sociaux, dans le quotidien branché et mobile, s'ils sont porteurs d'espoir pour la face commerciale de l'univers, s'accompagnent aussi de quel-ques craintes dans le côté social de la condition humaine, dont quelques membres craignent une certaine perversion des rapports, en raison d'une trop grande présence d'intérêts marchands.

Sans compter les possibles intrusions dans la vie privée induites par la multiplication des applications versées dans la géolocalisation et la légèreté avec laquelle certains internautes en abusent. Entre autres choses. Preuve sans doute que les mariages arrangés et surtout fortement intéressés ne sont pas toujours forcément les meilleurs.
 
 
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