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Revue de presse - Le G8 et le cheval sauvage

Antoine Robitaille   15 juin 2002  Médias
C'est quand même prodigieux: le maire de Calgary se nomme Bronconnier. David de son prénom. Tout le monde, évidemment, dit Dave ou Bronco... «cheval sauvage». Quel nom prédestiné (ou «aptonyme»)! Et «nier» de Bronconnier, qui se prononce near, à l'anglaise. On peut donc traduire: «près du cheval sauvage». Tout ça dans la ville du Stampede, du Saddledome, des chapeaux de cow-boy... et du Sommet du G8. Bien que Calgary soit à 110 kilomètres de Kananaskis, lieu officiel du prochain sommet des pays les plus industrialisés, qui se tiendra les 26 et 27 juin, la capitale de l'Alberta semble être saisie par l'angoisse des manifs antimondialisation.

Le maire Bronconnier, élu en octobre dernier, a choisi la fermeté, voire la fermeture, face aux manifestants. La Ville a en effet refusé d'accéder à quelque demande que ce soit des organisateurs de groupes antimondialisation qui voulaient installer un «village de solidarité» à Calgary. Le Calgary Herald désapprouve cette attitude. En éditorial, il écrivait cette semaine que «les dirigeants de la Ville devraient cesser de se réfugier derrière des contraintes administratives pour commencer à penser à des solutions». Le Herald trouve normal que les manifestants veuillent se donner un lieu de rassemblement où ils pourront «assister à des conférences et à des spectacles, participer à des ateliers». Le Herald rappelle qu'à Gênes, les manifestants ont eu accès à des stades, alors qu'à Québec, université et cégeps ont été mis à leur disposition. «La Ville rappelle que dormir dans les parcs est interdit, mais en refusant d'offrir un lieu aux manifestants, elle les pousse en quelque sorte vers l'illégalité.» Le Hérald dénonce le «manque de volonté politique» du maire Bronconnier: «Le message que les autorités municipales envoient au monde entier, c'est que les manifestations politiques sont interdites à Calgary. Ils devraient avoir honte!»

Rick Bell, dans le Calgary Sun, rendait compte hier d'une visite que le maire a faite à la rédaction du Sun. Le chroniqueur trouve que «Bronco» exagère: «Il nous dit que les anarchistes sont à nos portes, voire que les provocateurs sont peut-être déjà parmi nous, déterminés à tout détruire.» Le portrait est trop manichéen, écrit Bell: «Pas d'ambiguïté dans son discours, c'est nous contre eux. Calgary contre l'axe du mal.» Les propos du maire, écrit Bell, ont des accents de «scénario de film d'action hollywoodien» car il parle d'élever «des barricades en béton, des clôtures»; il dit qu'il «bouclera les endroits de la ville favorisant les troubles». Aussi, le maire se dit prêt à «déclarer l'état d'urgence et a constitué une troupe spéciale de policiers nommée Mass Arrest Processing Unit». Dans la conversation, le maire a aussi signalé la présence «d'avions américains» qui resteront stationnés à l'aéroport, la disponibilité «d'équipement expressément conçu pour riposter contre les anarchistes». L'armée sera prête à intervenir si nécessaire. «Bronco signale enfin que le FBI, la CIA et "d'autres agences de renseignement" suivront attentivement le déroulement des opérations.»



Hier en éditorial, le Calgary Sun se disait rassuré par l'attitude du maire. Ce dernier s'est présenté à la rencontre avec la rédaction du Sun avec «un dossier de cinq pouces d'épaisseur», lequel dossier, a-t-il assuré, était rempli de «documents secrets». Cela prouve que «cette ville est prête à tout», écrit le Sun, rassuré. Le Sun poursuit en notant que contrairement à ce que les médias ont affirmé, «ce maire respecte le droit des citoyens de manifester publiquement». Mais aux yeux du Sun — qui revenait sur le refus de Bronco d'offrir un lieu de rassemblement aux manifestants —, «ce n'est pas aux autorités municipales à organiser ces manifestations». Le Sun donne raison au maire, qui a renvoyé les organisateurs de manifs aux syndicats, «qui ont une expertise en la matière». La responsabilité du maire, c'est de «faire marcher sa ville». Et c'est ce qu'il fait, insiste le Sun, qui félicite Bronconnier de «mettre tout en oeuvre pour protéger les citoyens de Calgary». Et si le désordre, la chienlit, s'emparait de Calgary? «Le maire nous a montré un autre dossier qui ne le quittera pas et qui contient toutes la procédure à suivre pour déclarer l'état de siège.»

Le Sun rappelle ensuite le sens de «l'hospitalité» et «l'amabilité légendaire» des gens de l'Ouest: c'est précisément ce que les manifestants auront la chance de découvrir «s'ils se comportent convenablement». S'inspirant de façon involontaire du ton et des paroles d'une chanson d'Elvis Presley, le Sun, menaçant, ajoute ensuite: «Si les manifestants viennent ici pour semer le désordre ["looking for trouble"], ils obtiendront ainsi des chambres gratuites à "l'hôtel aux barreaux" ["Crowbar Hotel"] à Spy Hill.» Enthousiaste, le Sun conclut par une description: «"Les activistes et les anarchistes viendront dans notre ville", déclare Bronconnier en posant la main sur son fameux dossier, "et nous sommes fin prêts".»



Prêts à quoi? Il semble pourtant que les manifestants ne soient que très peu préparés. C'est ce qu'avançait le Herald mardi. Les «anarchistes» de Calgary, selon certains de leurs «camarades américains», ont «tellement mal préparé les manifestations contre le G8 qu'ils devraient avoir honte». Du coup, les opposants au G8 songent à se rendre plutôt à Ottawa, où les organisations sont, à ce qu'on dit, bien huilées. «Mais interrogeons-nous», ironise le Herald à propos des groupes antimondialisation locaux: «S'ils s'étaient avérés une équipe très disciplinée, organisée à fond, ayant planifié des mois à l'avance leurs actions, mais quel type d'anarchistes seraient-ils donc? Alors, toutes nos félicitations, extrémistes de Calgary. Vous faites notre fierté.»



Catherine Ford, dans le Calgary Herald, écrivait hier qu'entre le G8 et la Journée mondiale de la jeunesse, les gens de Calgary auraient bien aimé pouvoir choisir. Ford prétend que s'ils avaient été consultés, les gens de Calgary auraient préféré «une invasion de quelques centaines de milliers d'adolescents qui crient, prient et fêtent à une horde de huit politiciens dorlotés dont la présence signifie un accès limité à la propriété publique et des infractions massives aux droits civiques». Entre le pape et Doublevé (George W. Bush), Ford dit préférer le souverain pontife, «dont les positions, les encycliques sont fréquemment en rupture avec le monde moderne», puisque cela vaut mieux que «le très moderne président des États-Unis, dont la rhétorique sonne faux et nationaliste à l'extrême et qui dirige une administration profondément xénophobe».






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