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Médias - L'accélérateur de conformisme

Stéphane Baillargeon   6 juin 2011  Médias
Ce matin, la direction de la radio de Radio-Canada (RC) lance la programmation d'été de la Première Chaîne. On sait déjà un peu ce qui se prépare. Par exemple, Isabelle Richer en fin d'après-midi et Catherine Perrin les matins de week-end. Quelles bonnes idées!

Franco Nuovo dirigera les matinées de semaine. Il prend dès ce matin le relais estival de Christiane Charette qui ne reviendra pas la saison prochaine, après cinq années de service.

Pour sa dernière, vendredi, l'émission a encore concentré au pur sucre certains travers de beaucoup de médias et de celui-là en particulier. Décantons donc tout ça un peu, une dernière fois.

La journalisation


Première évidence: Radio-Gesca se portait toujours très bien, merci. Pour les deux premiers segments, les panels de Christiane Charette rassemblaient neuf invités-commentateurs, dont cinq journalistes-chroniqueurs de La Presse, propriété de Gesca.

Deuxième évidence liée à la première: les journalistes dominent impérialement le commentaire médiatisé. Appelons ça la journalisation des médias, d'ailleurs parfaitement compatible avec la «madamisation» et la trivialité généralisées. Ils étaient six collègues pour la revue de l'actualité. Que des gens, ou presque, que l'on entend déjà partout, qui ont leur chronique, qui font métier de déverser des opinions sur tout.

«Cette dernière revue de l'actualité démontre bien pourquoi cette émission devait se terminer, a ensuite écrit un auditeur sur le site de l'émission. Malgré la présence de six invités, presque aucune divergence n'est exprimée, tous répétant plus ou moins la même chose, convaincus de tout savoir, frappant d'anathème ou donnant leur aval du haut de leur chaire (sauf peut-être pour Yves [Boisvert]). Tous tellement prévisibles, stériles à la limite, incapable de penser en dehors d'un certain conformisme et d'une certaine bien-pensance. Le droit à la divergence est-il toujours possible dans ce type d'émissions à Radio-Canada? Allez écouter France Inter, RTI, NPR, la BBC, même la CBC pour voir ce qu'est une radio à la pensée riche, complexe, diversifiée et souvent contradictoire.»

Je connais l'accélérateur de conformisme: j'en suis. Ce n'est pas une raison pour l'étendre ou le défendre.

La discussion de vendredi au sujet de la circulation sur le Plateau Mont-Royal exposait jusqu'au cliché ce triomphe pernicieux du trop-plein de ritournelles médiatiques. Le panel a répété des lieux communs, des grossièretés et des insultes sans jamais, ou si peu, contextualiser le problème, ni le comprendre ou l'expliquer. La plus gueularde a résumé ainsi la position du maire de l'arrondissement montréalais Luc Ferrandez: «Tuons les automobiles et les automobilistes!»

Des attaques aussi subtiles ont été lancées au cours des derniers jours chez Dumont (à V), à La Presse, dans Le Devoir. Le matin même de la discussion à six de RC, une étude de Vélo Québec, évidemment non citée, révélait que la part modale des déplacements en bicyclette vers le travail compte pour à peu près 2 % à Montréal et 10 % sur le Plateau. Elle franchira bientôt le seuil des 40 % dans certaines villes européennes où les «chars» sont d'autant mieux portants qu'ils subissent moins de concurrence sur la route.

Cet exemple rappelle que l'information est une chose bien trop importante pour la laisser aux seuls reporters et chroniqueurs qui exercent leur pouvoir en s'exonérant parfois bien tristement de leurs responsabilités. Le journaliste-essayiste Jean-Claude Guillebaud parle d'«avalement» pour désigner ce phénomène, en ce sens que tout se passe comme si le médiatique ingurgitait l'une après l'autre les institutions en crise, l'éducation comme la culture, l'identité comme la justice, la politique ou l'urbanisme. Seulement, ajoute-t-il, cette «omnipotence malsaine» charge le journalisme de responsabilités pour lesquelles il n'est «ni préparé ni armé».

Les médias sont censés porter la pensée critique et la diversité des points de vue sur le monde. Enfin, idéalement. L'impératif éthique fondamental de la presse libre inviterait à élargir sans cesse les choix et les possibilités, pas à les confisquer pour soi-même pour subtiliser la vulgarité à la vulgarisation. Et encore une fois, si Radio-Canada ne le fait pas, quel autre média de masse et de qualité le fera en ce pays hyperconcentré?
 
 
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  • SnowPharoah - Inscrit
    6 juin 2011 04 h 08
    Belle réflexion
    Merci d'écrire ce que nombreux pensent. C'est une réflexion intéressante sur l'étant de nos médias, la réflexion critique et sur le besoin d'avoir une nouvelle colline de mars.
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  • Roger Lapointe Roger Lapointe - Abonné
    6 juin 2011 07 h 48
    Radio-Canada-Gesca.
    De plus en plus le quotidien de ce média dit national, d'entendre et de voir l'escouade lourde de Power-Gesca comme observateurs,chroniqueurs, commentateurs,idéologues maison etc.
    Votre article définit bien la situation de ce mariage politicomédiatique pour plaire à Harper.
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    6 juin 2011 08 h 50
    Le confort et l'indifférence
    Et s'il s'agissait d'un effet miroir? Nos commentateurs des médias répètent souvent les mêmes constats, les mêmes idées. Et si c'était ce que nous désirons entendre? Nous les québécois sommes excités et heureux lorsque nous voguons sous le même vent, avec la même voilure, dans le même courant. So, so, so, solidarité! À grande échelle, voyez la vague organge écrasant tout sur son passage, même les loyautés les plus endurcies. À l'échelle urbaine, voyez la belle entente qui règne à Québec pour fignoler un beau partenariat privé-public avec Karl Péladeau, de gré à gré, au mépris des lois et des règlements. Adieu, les beaux principes et la concurrence qu'aurait examinée une commission d'enquête publique, réclamée il y a peu à l'unanimité. Nous aurions mis fin, disions-nous, à la collusion des riches et des élus. Nous n'avions pas pensé à notre rage de hockey, même si elle passera l'été venu. Puis il y a l'échelle de la basse-cour, voyez le "poulailler", derrière Dany et Guy A. qui se lève d'un bond tous les dimanches pour applaudir à tout rompre une idée reçue ou n'importe quelle saillie nationaliste, si bête soit-elle.
    L'important n'est pas d'être toujours d'accord, c'est de l'être en même temps, au gré de la mode et de l'air du temps. Journalistes et citoyens, même combat! On a les médias qu'on mérite.
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  • France Marcotte - Abonnée
    6 juin 2011 08 h 54
    Naissance en direct de l'opinion
    Très intéressant.
    On peut souvent voir en direct à l'oeuvre la force de ce conformiste dans les commentaires sous les chroniques des journalistes-vedettes.
    Ils créent littéralement l'opinion.
    On accorde une telle confiance en certains qu'on les laisse penser à notre place (c'est moins fatiguant) et s'ils le veulent, ils peuvent faire avaler n'importe quoi.
    Heureusement, il reste à plusieurs une petite gêne ou bien on a la chance de tomber sur des "penseurs" pas trop réactionnaires.
    C'est peut-être flatteur pour eux mais en aucun cas bon signe si "les médias sont censés porter la pensée critique et la diversité des points de vue sur le monde".
    Le chroniqueur aimé, adulé, est pourtant bien placé pour brasser la cage s'il délaisse un peu de flatter son égo.
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  • France Marcotte - Abonnée
    6 juin 2011 09 h 18
    M.Saint-Cyr
    Sans trop errer, je crois qu'on peut dire de vous que vous êtes idéologue. Vous avez une idée bien arrêtée sur ce que sont les Québécois et les événements ne font que l'illustrer. L'idée n'est jamais altérée par les faits, elle les précède.
    Votre apport à la discussion est précieux parce qu'il y apporte de la divergence. Dommage que ce soit au nom d'une pensée elle aussi sclérosée.
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  • Jean-Serge Baribeau - Abonné
    6 juin 2011 09 h 38
    Enfin, un salutaire COUP DE TORCHON!
    Brillante et perspicace analyse de Stéphane Baillargeon! Il est vrai que le conformisme et le «suivisme» éminemment téteux sont là qui flottent voluptueusement dans ce que, parfois, on appelle l'air du temps.

    L'illustration presque parfaite du débat bien contrôlé et remarquablement limité, c'est LE CLUB DES EX. Dans cette émission, ils sont comme les mousquetaires, trois ou quatre selon le moment. Pendant la dernière campagne électorale ils osaient même ajouter un mousquet (ou une épée) néo-démocrate, ce qui permettait de compter jusqu'à 5. Quant à l'animateur, il alimente et nourrit profusément cette apparente diversité.

    Le club des ex, c'est intéressant dans une certaine mesure. Mais on donne l'illusion que les choix sociétaux et politiques sont peu variés. On a droit à une ex-adéquiste, à un ex-péquiste (favorable au Bloc), à une ex-libérale qui, quant à elle, voit double (provincial et fédéral) et à un ex-conservateur (progressiste, s'il vous plaît).

    Oui, Stéphane Baillargeon, les débats sont bien contrôlés, pour ne pas dire vigoureusement censurés.

    JSB, sociologue des médias
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  • Jana Havrankova - Abonnée
    6 juin 2011 09 h 43
    ce qu'il convient de penser
    Malheureusement, Le Devoir aussi se rend coupable de la même tendance à forger l’opinion. Deux exemples récents : il était mal de voter pour le NPD; DSK est certainement coupable d’agression sexuelle. Où sont les opinions divergentes? Où est la nuance? Où est le rappel qu’un accusé est innocent jusqu’à preuve du contraire? Les journalistes, pensent-ils tous la même chose? Faudra-t-il changer la devise du Devoir de « libre de penser » pour « Ce qu’il convient de penser »?
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    6 juin 2011 10 h 14
    @France Marcotte: touché!
    En effet, vous faites mouche madame Marcotte. Mais mon idéologie est plurielle, j'y perds moi-même mon latin. Si bien qu'emporté parfois par la vague, je préfère en d'autres circonstances nager dessous. Mais je crois finalement à deux choses: les québécois ne sont pas meilleurs que les autres, il ne sont pas pires non plus. Par là, je me démarque de beaucoup de lecteurs du Devoir.
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  • Renaud Blais - Inscrit
    6 juin 2011 11 h 03
    Power-SRC-Gesca NATION BUILDING
    Bravo M. Baillargeon,
    Dans un médias, encore un peu indépendant, il est rafraichissant de lire de tels propos.
    C'est aussi mon point de vue, à propos de ma radio d'État.
    Non seulement les animateurTRICEs mais, effectivement, les chroniqueurSEs sont d'une complaisance sans borne à propos de tous ce qui vit au Québec.
    Les points de vue critiques, qui existent, sont complètement ignorés.
    Pour moi le comble c'est L'après-midi porte conseil, où un point de vue NOUNOUNE est très persistant chez l'animatrice.
    Déplorable, en dehors des agences de marketing et/ou de relations publiques.
    Renaud Blais
    Québec
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  • Christina Berryman - Abonnée
    6 juin 2011 11 h 48
    dissidence au Québec

    Le conformisme est plus confortable intellectuellement que la dissidence au Québec comme ailleurs. On a souvent invité Pierre Falardeau pour le spectacle qu'il offrait (comme Léo-Paul Lauzon d'ailleurs) et non pour ses idées contrastantes ce qui aurait aidé la réflexion ambiante. Finis les échanges stimulants à eurk Canada (il n'y en a jamais eu à T.V.A et encore moins à V là où on régurgite de façon caricaturale des idées absolues de la droite et de l'extrême droite américaines. Très peu pour moi les idées simplistes et sans nuance des "poches de thé". Je ne parle même pas du P.L.Q. qui brade nos ressources et couche avec les entrepreneurs. Quant au P.Q. peut-on appeler celà de la bonne gouvernance sa position raccoleuse sur l'amphithéâtre de Québec (réellement un temple neuf pour les sports)? Financé entièrement par des fonds publics, cet édifice du promoteur plutôt que d'être nommé par la population (actionnaire plus que principal) comme ,par exemple, Centre Samuel de Champlain. Dans le discours répétitif NOS élus n'en ont que pour des revenants pas encore revenus : les Nordiques. Où est passée la culture dans le discours des gens d'affaires et de NOS politiciens?
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  • real@realo.ca - Abonné
    6 juin 2011 12 h 57
    Dans le Devoir aussi,
    Oui, il faut lire Madame Bombardier ce week-end pour avoir exactement le discours que cet article dénonce.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    6 juin 2011 16 h 17
    M. Baillargeon, votre texte est très intéressant.
    Je vous lis régulièrement. Point de vue journalistique, vous avez un certain sens de l'éthique très intéressant. Nous, les québécois, nous éprouvons des difficultés à se parler quand divergent nos opinions. Je connais des gens qui n'aiment pas les films français parce qu'ils trouvent qu'ils se crient trop après. En fait, nous sommes vraiment très habitués au conformisme.

    Je vous donne un exemple. Vous prenez deux personnes, l'une ne dit rien d'intéressant mais parle d'une belle façon qu'on devine son éducation et un autre qui ne s'exprime pas bien mais dont le fond est très intelligent. Je vous garantit que les gens vont plus écoutés celle qui a de l'éducation que l'autre qui s'exprime mal et qu'ils vont se positionnés du côté de celle qui s'exprime le mieux mais sans fond dans l'argumentation.

    J'ai même un exemple concret à ce propos d'un professeur d'université en science comptable très brillant mais qui s'exprime sans trop de convenue. Le conformisme, c'est parfois le couvert qu'on met quand les arguments égalent un gros zéro. En résumé, nous faisons plus attention à la rhétorique qu'à la qualité des arguments quand nous sommes devant des gens qui s'expriment.
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  •  
  • Nellie Briere - Inscrit
    6 juin 2011 18 h 55
    Petite rectification sur les informations diffusées dans cet article
    Cet article ne reflète pas correctement la situation. La première chaîne de Radio-Canada proposera deux émissions littéraires cet été : On aura tout lu avec Marie-Louise Arsenault, pour une deuxième année, et Carnets d'Amérique qu'elle animera avec Jean Fugère.
    Je voudrais ajouter que la tradition de diffusion littéraire sur les ondes de la Radio-de Radio-Canada n'a jamais cessé puisque :
    - Durant l'été 2010, il y avait deux émissions : On aura tout lu avec Marie-Louise Arsenault et L'appétit vient en lisant, avec Liza Frulla et Chrystine Brouillet
    - Durant l'été 2009 François Bugingo animait la version estivale de Vous m'en lirez tant
    - Durant l'été 2008, c'était Jean Fugère qui présentait cette émission.
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  •  
  • Marianne Kugler - Abonnée
    7 juin 2011 14 h 00
    les bons mots
    Merci.... de mettre des mots sur mon inconfort
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