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Médias - Tabletter l'info

Stéphane Baillargeon   14 mars 2011  Médias
Saborder La Presse et se sauver sur Cyberpresse. C'est le plan audacieux que fait la direction de Gesca, filière de Power Corporation, propriétaire du quotidien montréalais et de six autres journaux du Québec, qui devraient logiquement suivre la révolution à leur tour. Vingt-cinq millions de dollars seront consacrés à la mutation vers le tout-virtuel, prévue dans deux à trois ans.

La Presse se positionne ainsi à l'a-vant-garde du mouvement mondial. La décennie qui commence s'annonce comme celle de la dématérialisation totale des journaux, de leur production comme de leur diffusion. Le conflit au Journal de Montréal, en voie de résolution, résulte de cette grande mutation tout en l'amplifiant.

Le site newspaperdeathwatch.com propose une sorte de nécrologie des journaux réputés condamnés. La section RIP (Rest in Peace) liste les quotidiens disparus depuis mars 2007, il y a exactement quatre ans. La section WIP (Works in Progress) présente de rares publications déjà passées entièrement ou partiellement au virtuel.

Le futurologue Ross Dawson déploie une projection encore plus frappante avec sa Newspaper extinction timeline. Selon cette frise chronologique, l'extinction des éditions quotidiennes en papier devrait se produire en 2017 aux États-Unis et en 2020 au Canada.

Pour la direction de La Presse, les tablettes électroniques incarnent concrètement cette prophétie. La deuxième mouture de l'iPad sera en vente ici dans quelques jours. Dès cette année, 15 millions d'Américains (sur 300 millions) auront leur joujou électronique. Ces petits ordinateurs deviendront bientôt aussi populaires que les téléphones. D'où l'idée simple, et franchement brillante sur papier, de Gesca de copier le modèle d'affaires de la téléphonie: l'appareil gratuit en échange d'un abonnement à moyen terme.

Le sort de la publicité sur ce nouveau support s'avère d'autant plus nébuleux que sa migration virtuelle pourrait davantage favoriser les réseaux sociaux. Après les distributeurs du journal imprimé, les représentants publicitaires seraient d'ailleurs les plus nerveux parmi les quelque 700 employés du quotidien face aux potions en préparation dans le grand chaudron des druides-dirigeants.

D'ailleurs, avec ou sans pub, pourquoi les internautes (c'est-à-dire n'importe qui) paieraient-ils pour cyberpresse.ca quand radiocanada.ca est et sera gratuit? La société d'État offre franchement ce qu'il y a de meilleur dans le genre au pays. L'excellent site donne des infos en continu écrites et filmées, des blogues, des commentaires, mais aussi de fabuleuses archives.

Il existe des dizaines d'autres sources du genre dans le monde virtuel. En France, le site Mediapart gagne même le pari commercial du virtuel avec la qualité, la «valeur de l'information», comme le dit la synthèse publiée vendredi dernier. Après trois ans d'existence, le site de très haute tenue intellectuelle revendique près de 50 000 abonnés payants et 500 000 visiteurs uniques mensuels. Tant mieux. Bravo. Merci. On ne pourrait que souhaiter une belle affaire semblable au Québec.

Ici comme ailleurs, la démocratie moderne et la presse libre ont avancé en cordée au cours des trois derniers siècles. Il ne faut pas pour autant confondre l'information publique et sa médiatisation. L'essentiel du journalisme et de l'information ne se ramène pas à leur mécanique de transmission. Le média n'est pas le message.

Par contre, pour demeurer démocratiques, nos sociétés auront toujours besoin d'informations critiques massivement diffusées. Pour les produire, le journalisme demeure encore le moins mauvais des régimes.

La dématérialisation massive des journaux pourrait au contraire rajouter à la surabondance des nouvelles instantanées, du commentaire plus ou moins nombriliste, voire de l'insignifiance concentrée. Cela se ferait au détriment de l'enquête, de l'analyse, du reportage international, de la critique sociopolitique.

La grande métamorphose pourrait aussi assécher encore davantage la diversité de l'information. Au Journal de Montréal, après le conflit de travail portant en partie sur la dématérialisation, la salle de nouvelles comptera deux fois et demie moins de postes. Combien resteront, dans quelques années, si Gesca décide de fusionner toutes ses salles sans papier sur Cyberpresse?
 
 
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  • Jean St-Jacques - Abonné
    14 mars 2011 07 h 50
    Non à La Presse
    La Presse sur papier demeure le meilleur moyen de transmettre l'information. C'est une tradition et la nouvelle "bébelle" du IPad est loin de répondre au désir des lecteurs. Il ne faut pas tomber sur la tête avec les nouvelles inventions. Il est beaucoup plus onéreux de lire un journal sur internet. Tout le monde n'a pas accès à l'internet et on élimine une partie importante de lecteurs qui ne sont pas familiers avec cette technologie. Quant à moi, je cesserai mon abonnement si jamais ce projet se réalise.
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  • France Marcotte - Abonnée
    14 mars 2011 09 h 35
    Besoin de valser (et d'envoyer valser)
    Le journal, c'est, pour l'abonné passionné, un des premiers gestes du matin, un des premiers objets qu'il touche.
    On ouvre la porte, on se penche (puisqu'il est maintenant garroché sur le balcon), on le tient, on le hume, on l'étale, on regarde la une puis on s'asperge le visage d'eau froide, pas certain d'avoir bien lu.
    Toute la journée, il est dans les parages. On le prend, on souligne ceci et cela, on l'apporte au café, on l'échappe, on le partage, on l'oublie, on le retrouve, on le serre sur son coeur en marchant, on le lance sur une tablette avec les clés, il tombe par terre, on le piétine ou on le ramasse, on en découpe une photo dont on se promet de faire un tableau, on le jette à contrecoeur parce qu'on n'en jamais tout lu en une seule journée le contenu.
    Si l'ordi est ouvert, le journal est à côté, ils sont inséparables, l'un pour le complément d'images et de son, puis bien sûr, les commentaires soulevés, l'autre...pour tout le reste. Sur l'écran, on a le nez collé sur la nouvelle, il n'y a pas de perspective, la distance est standardisée, on se sent happé, avalé. Et puis, il n'y a pas de verso à la page...
    Est-ce vraiment ce que l'on souhaite? Que le lecteur fasse un avec ce qu'on lui dit?
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  • Remi Beaulieu - Abonné
    14 mars 2011 10 h 00
    La Presse en tablette
    Depuis plus de 2 ans, nous n'achetons plus de journaux papier. Pourtant nous allons avoir 70 ans au cours de la présente année. Nous lisons tous nos journaux sur nos ordinateurs portables. Nous pouvons les lires même si nous sommes en voyage à l'extérieur. Plus de papiers qui trainent sur le perron. Ils finissaient toujours dans le bac bleu de toute façon.

    Avec les tablettes à encre magnétique, c'est encore plus facile à lire. Il faut vivre avec son temps et s'y adapter.
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  • Denis-Émile Giasson - Abonné
    14 mars 2011 10 h 28
    Et si nous étions à 30 secondes...
    d'une véritable révolution dans le monde de la Communication. Le monde journalistique est-il entrain de connaître l'équivalent de l'expérience du transport maritime lorsque la vapeur remplaça la voile? D'ici quelques années, le papier devra se tourner vers de nouveaux usages, ce qui n'est pas sans rencontrer le message de ceux qui mesurent à quel point les forêts du Nord et du Sud sont surexploitées pour apporter sur nos pas de portes notre quotidien version papier.

    Le problème de la concentration journalistique devrait trouver sa solution dans la relative «légèreté» associée à la mise en œuvre de la presse électronique. Comme le démontra par l'absurdité et la cruauté le conflit au JdeM, finie l'obligation de de maintenir en un établissement unique les fonctions éditrices essentielles à la production d'un quotidien.

    PKP aurait-il voulu illustrer comment s'attaquer au vaisseau amiral de son empire qu'il n'aurait pu faire mieux.
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  • France Marcotte - Abonnée
    14 mars 2011 11 h 30
    Se concentrer sur la nouvelle ou surfer dessus
    L'important au fond, n'est-ce pas qu'il y ait toujours la possibilité de se concentrer sur la nouvelle, d'appronfondir l'actualité et de faire des liens, d'obtenir des "informations critiques massivement diffusées".
    Les moyens sont secondaires, ils ne sont pas le message, comme dit M.Baillargeon.
    Enquêtes, analyses, reportages internationaux, critiques sociopolitiques...c'est bien cela qu'il ne faut pas perdre et dont on a grandement besoin pour vivre en démocratie.
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  • Guy Veillette - Inscrit
    14 mars 2011 15 h 40
    Défi journalistique
    L'évolution de la plateforme représentera à coup sûr tout un bouleversement dans le quotidien des amoureux du papier. Pour les directions d'information et les journalistes cependant, les défis de la pertinence, de la profondeur et de l'originalité se posent depuis plusieurs années déjà. Particulièrement à l'écrit, étant donné qu'aujourd'hui, le temps joue contre l'imprimé.
    La facilité avec laquelle l'information circule et la multiplication des plateformes rendent ce métier à risque. Est-ce dans vos pages que j'ai déjà lu que le journalisme deviendrait, à moyen ou à long terme, un simple «devoir de citoyen» ?
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  • France Marcotte - Abonnée
    14 mars 2011 17 h 35
    Soupeser
    Aucun regret pour ma part de voir disparaître la copie papier de La Presse, dont l'épaisseur maladive, souvent inversement proportionnelle à la crédibilité de son contenu, me faisait songer, chaque fois que je le palpais, aux nombres d'arbres abattus, ce qui n'est pas bon signe. Quant au journal de Montréal...
    Mais le Devoir, c'est différent: il est dense et sobre, il ne fait de mal à personne (façon de parler). C'est comme transporter du radium dans son sac et il demande temps et réflexion pour être profitablement assimilé; personnellement je le lis un crayon à la main (est-ce possible sur un écran?), pas autrement. Rien à voir avec un journal de réclames entrelardé de nouvelles légères et volatiles comme un parfum de pizza réchauffée.
    Je ne vois pas pourquoi, à moins de devoir bannir toute publication sous cette forme, il faudrait se priver du bonheur de certaines publications sur papier, sinon par obligation de le faire, de se plier à une sorte de diktat non désiré, non consenti, non nécessaire pour tout.
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  • France Marcotte - Abonnée
    16 mars 2011 12 h 12
    S'informer ou butiner?
    Voici qui mérite réflexion:
    Dans son numéro de décembre 2010/janvier 2011, le magazine Québec Science nous apprend qu’« on ne lit pas sur un écran comme on lit un journal ». Un spécialiste américain de l’interaction homme-machine affirme que les gens ne lisent pas vraiment sur Internet. Ils ne liraient, en fait, que 20 % des mots affichés sur une page, se livrant ainsi plus à du vagabondage qu’à une véritable lecture.

    Les zones du cerveau sollicitées pour décoder un texte sont les mêmes, peu importe le support. Toutefois, « de nombreuses autres zones s’activent lorsque nos yeux parcourent un écran plutôt qu’une feuille de papier ». Le contexte de navigation, à l’écran, stimule aussi « les zones impliquées dans la prise de décision et les raisonnements complexes », ce qui détourne l’attention de la tâche principale.
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