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    Médias - Tabletter l'info

    Saborder La Presse et se sauver sur Cyberpresse. C'est le plan audacieux que fait la direction de Gesca, filière de Power Corporation, propriétaire du quotidien montréalais et de six autres journaux du Québec, qui devraient logiquement suivre la révolution à leur tour. Vingt-cinq millions de dollars seront consacrés à la mutation vers le tout-virtuel, prévue dans deux à trois ans.

    La Presse se positionne ainsi à l'a-vant-garde du mouvement mondial. La décennie qui commence s'annonce comme celle de la dématérialisation totale des journaux, de leur production comme de leur diffusion. Le conflit au Journal de Montréal, en voie de résolution, résulte de cette grande mutation tout en l'amplifiant.

    Le site newspaperdeathwatch.com propose une sorte de nécrologie des journaux réputés condamnés. La section RIP (Rest in Peace) liste les quotidiens disparus depuis mars 2007, il y a exactement quatre ans. La section WIP (Works in Progress) présente de rares publications déjà passées entièrement ou partiellement au virtuel.

    Le futurologue Ross Dawson déploie une projection encore plus frappante avec sa Newspaper extinction timeline. Selon cette frise chronologique, l'extinction des éditions quotidiennes en papier devrait se produire en 2017 aux États-Unis et en 2020 au Canada.

    Pour la direction de La Presse, les tablettes électroniques incarnent concrètement cette prophétie. La deuxième mouture de l'iPad sera en vente ici dans quelques jours. Dès cette année, 15 millions d'Américains (sur 300 millions) auront leur joujou électronique. Ces petits ordinateurs deviendront bientôt aussi populaires que les téléphones. D'où l'idée simple, et franchement brillante sur papier, de Gesca de copier le modèle d'affaires de la téléphonie: l'appareil gratuit en échange d'un abonnement à moyen terme.

    Le sort de la publicité sur ce nouveau support s'avère d'autant plus nébuleux que sa migration virtuelle pourrait davantage favoriser les réseaux sociaux. Après les distributeurs du journal imprimé, les représentants publicitaires seraient d'ailleurs les plus nerveux parmi les quelque 700 employés du quotidien face aux potions en préparation dans le grand chaudron des druides-dirigeants.

    D'ailleurs, avec ou sans pub, pourquoi les internautes (c'est-à-dire n'importe qui) paieraient-ils pour cyberpresse.ca quand radiocanada.ca est et sera gratuit? La société d'État offre franchement ce qu'il y a de meilleur dans le genre au pays. L'excellent site donne des infos en continu écrites et filmées, des blogues, des commentaires, mais aussi de fabuleuses archives.

    Il existe des dizaines d'autres sources du genre dans le monde virtuel. En France, le site Mediapart gagne même le pari commercial du virtuel avec la qualité, la «valeur de l'information», comme le dit la synthèse publiée vendredi dernier. Après trois ans d'existence, le site de très haute tenue intellectuelle revendique près de 50 000 abonnés payants et 500 000 visiteurs uniques mensuels. Tant mieux. Bravo. Merci. On ne pourrait que souhaiter une belle affaire semblable au Québec.

    Ici comme ailleurs, la démocratie moderne et la presse libre ont avancé en cordée au cours des trois derniers siècles. Il ne faut pas pour autant confondre l'information publique et sa médiatisation. L'essentiel du journalisme et de l'information ne se ramène pas à leur mécanique de transmission. Le média n'est pas le message.

    Par contre, pour demeurer démocratiques, nos sociétés auront toujours besoin d'informations critiques massivement diffusées. Pour les produire, le journalisme demeure encore le moins mauvais des régimes.

    La dématérialisation massive des journaux pourrait au contraire rajouter à la surabondance des nouvelles instantanées, du commentaire plus ou moins nombriliste, voire de l'insignifiance concentrée. Cela se ferait au détriment de l'enquête, de l'analyse, du reportage international, de la critique sociopolitique.

    La grande métamorphose pourrait aussi assécher encore davantage la diversité de l'information. Au Journal de Montréal, après le conflit de travail portant en partie sur la dématérialisation, la salle de nouvelles comptera deux fois et demie moins de postes. Combien resteront, dans quelques années, si Gesca décide de fusionner toutes ses salles sans papier sur Cyberpresse?












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