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    Le grand cri numérique de la liberté

    Les appels se multiplient pour que le libre accès aux données numériques publiques devienne la norme

    7 mars 2011 |Fabien Deglise | Médias
    Patinermontreal.ca livre les informations sur l’état des patinoires et des sentiers de ski de la ville, que le citoyen peut consulter par l’entremise de cette application pour appareil mobile.<br />
    Photo: Patinermontreal.ca livre les informations sur l’état des patinoires et des sentiers de ski de la ville, que le citoyen peut consulter par l’entremise de cette application pour appareil mobile.
    L'épidémie de transparence ne semble pas vouloir s'arrêter. Après Wikileaks et Quebecleaks qui cherchent à faire sortir de l'ombre les secrets des administrations publiques, c'est désormais au tour d'Unileaks de faire son apparition afin de stimuler la diffusion d'informations cachées dans les institutions universitaires.

    Et cette glasnost 2.0 se répand aussi un peu partout dans la société où les appels à la liberté et à la libre circulation des données publiques, des résultats de recherches scientifiques, des contenus culturels... ne cessent de se multiplier. Pour le mieux de la démocratie et de l'avancement de la connaissance, estiment les défenseurs de ce mouvement.

    «Ce n'est pas seulement une mode, c'est une tendance lourde, un mouvement social qui va aller en s'accentuant», lance à l'autre bout du fil, l'informaticien Antoine Beaupré, spécialiste du «libre», comme on appelle le phénomène dans les milieux autorisés, et analyste au Réseau Koumbit, une coopérative informatique de Montréal. «Depuis l'époque des Lumières, l'accès à la connaissance a été au centre du développement humain. Ce à quoi nous assistons aujourd'hui s'inscrit dans une suite logique alimentée désormais par la technologie.»

    Lever le voile

    Dans le monde de l'éducation, cette idée de transparence fait son chemin avec l'apparition récente d'Unileaks qui, sur le modèle de Wikileaks, invite désormais les universitaires et les citoyens à lever le voile, numériquement s'entend, sur les «documents censurés ou à diffusion restreinte» en lien avec le milieu universitaire ou avec des agen-ces gouvernementales, elles-mêmes liées avec des universités, indique l'espace en ligne (www.unileaks.org) qui propose lui aussi une «boîte de dépôt» de documents en format numérique. Avec anonymat garanti.

    Pour le moment, les institutions britanniques, australiennes et américaines sont invitées à donner vie à ce projet dont l'objectif ne laisse pas de place à l'interprétation: «Exposer au public les cas de corruption et de mauvaise gestion» qui nuisent forcément à un système d'éducation libre et ouvert, écrivent les instigateurs de la chose.

    Au-delà des informations administratives, ces hauts lieux de la connaissance s'activent aussi de plus en plus autour de la libre circulation des résultats de recherche, résultats actuellement cantonnés dans des revues scientifiques dont les coûts d'abonnement faramineux en font des outils de communication plutôt confidentiels. «Cette logique d'accès libre est à l'avantage des chercheurs. Quand ils écrivent des articles scientifiques, c'est pour partager cette connaissance avec un grand nombre. Et en y donnant un accès libre, c'est ce qui arrive», dit Stevan Harnad, professeur à l'UQAM et défenseur de ce mouvement de libre circulation du savoir universitaire.

    Or, actuellement, à peine 15 % de ces recherches sont diffusées sous cette forme, partout sur la planète, faute de politique obligatoire d'accès libre adoptée par les institutions. À Montréal, l'Université Concordia a pris ce chemin, marchant du coup sur les traces d'Harvard et du MIT où, là, près de 100 % des études scientifiques produites ont été mises en accès libre sur la Toile. «Cela entraîne aussi des économies pour les universités qui ne peuvent pas, pour des raisons financières, s'abonner aux quelque 25 000 revues scientifiques qui existent sur la planète afin de mettre la connaissance produite ailleurs sur la planète à la disposition de leurs professeurs», ajoute M. Harnad.

    Consulter librement les données publiques

    Transparence et économie. C'est aussi ce que proposent les fondateurs de Montréal Ouvert, un groupe qui invite l'administration Tremblay à adopter rapidement une «politique de données ouvertes» afin de permettre à tous les citoyens, programmeurs, entreprises, chercheurs, de consulter et manipuler librement les données publiques non confidentielles que la Ville génère. Cela peut aller des informations colligées sur l'état de la chaussée, du mobilier urbain, sur l'occupation des locaux publics, l'état des patinoires... alouette.

    «Nous n'avons plus le choix», lance Jean-Noé Landry, consultant en développement démocratique pour le National Democratic Institute (NDI) à Washington et cofondateur de Montréal ouvert. «D'autres villes ont déjà pris cette décision» qui vise à mettre l'intelligence collective au service d'une meilleure gestion de l'administration publique et d'un renforcement de l'exercice démocratique. «Ces données, c'est de la matière première qui peut alimenter de nouveaux systèmes de gestion, mais aussi aider à tisser de nouveaux liens entre la Ville et le citoyen», poursuit-il.

    Avec Patinermontreal.ca, le groupe cherche d'ailleurs à en faire la démonstration, avec ce que l'administration a bien voulu lui donner: les informations sur l'état des patinoires et sentiers de ski de la ville, que le citoyen peut désormais consulter par l'entremise de cette application pour appareil mobile. «Il est facile d'envisager un système qui permettrait aux citoyens d'informer la ville des choses défectueuses dans son environnement [lampadaires, nids-de-poule...] et qui serait relié au système de gestion de ces problèmes, dit Antoine Beaupré. Cela aurait une incidence sur l'efficacité du service public, mais aussi sur ses coûts.»

    Comité d'évaluation

    Montréal n'est pas encore arrivé à ce stade, mais vient toutefois de mettre en place un comité visant à évaluer cette possible mise en liberté des données publiques non confidentielles. «Nous attendons les conclusions de ce comité avec impatience, dit Jean-Noé Landry, qui espère qu'une politique de données ouvertes sera rapidement adoptée à Montréal, comme l'ont fait Toronto, Calgary, Vancouver, San Francisco, par exemple, dans les derniers mois. Mais nous sommes conscients aussi que ce projet va rencontrer beaucoup d'obstacles.»

    Pour la connaissance, les industries culturelles, la science, la défense de l'intérêt, la construction d'une démocratie 2.0 et la gestion de l'État, le libre serait en effet condamné à prendre de plus en plus d'ampleur, en alimentant les mouvements de réticences prévisibles en période de changement, dit M. Landry. «Les premières bibliothèques avaient pour vocation de rendre le savoir accessible à un plus grand nombre de personnes. Aujourd'hui, le concept n'est pas remis en question, mais quand ces institutions sont apparues, plusieurs voix se sont élevées contre.»












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