dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 12h20
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le CRTC et les «fausses nouvelles» - De quoi réjouir les journalistes!

Pierre Trudel - Directeur du Centre d'études sur les médias et titulaire de la Chaire L. R. Wilson sur le droit des technologies de l'information et du commerce électronique à l'Université de Montréal  15 février 2011  Médias
Le projet du CRTC supprime des dispositions qui pouvaient être utilisées afin de museler les radiodiffuseurs qui traitent de sujets portant à controverse. <br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le projet du CRTC supprime des dispositions qui pouvaient être utilisées afin de museler les radiodiffuseurs qui traitent de sujets portant à controverse.
Il est préoccupant de voir des associations de journalistes telles que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) se mettre à dénoncer le projet de modifier les vieilles dispositions des Règlements sur la radio et sur la télédiffusion du CRTC et qui punissent la diffusion de «nouvelles fausses ou trompeuses» («Mensonges autorisés sur les ondes?», Le Devoir, 9 février 2010).

Le projet du CRTC vise à remplacer cette disposition ancienne rédigée de la même façon que la disposition du Code criminel concernant la publication de «fausses nouvelles». Il y a déjà plusieurs années que la Cour suprême, dans l'arrêt R. c. Zundel [1992] 2 R.C.S. 731, a invalidé l'infraction de «fausses nouvelles» du Code criminel.

Dans cette décision, la juge McLachlin explique que l'une des difficultés que pose une infraction punissant le propos allégué comme étant faux «... consiste à déterminer la signification que l'on doit juger vraie ou fausse. Une expression donnée peut offrir de nombreuses significations, dont certaines semblent fausses et d'autres, métaphoriques ou allégoriques, peuvent avoir une certaine validité. En outre, la signification n'est pas une donnée autant qu'un processus interactif, qui dépend de l'auditeur autant que de celui qui parle. Diverses personnes peuvent attribuer à la même déclaration des sens différents à des moments différents. La garantie de la liberté d'expression vise à protéger non seulement le sens que l'éditeur voulait communiquer, mais également le ou les sens compris par le lecteur. Il en résulte qu'une déclaration qui est vraie à un niveau donné ou pour une personne donnée peut être fausse à un autre niveau pour une autre personne». En somme, la Loi ne saurait à la légère punir ce qui paraît contraire à la «vérité».

Effet «réfrigérant»

La disposition que le CRTC propose de remplacer est rarement appliquée. Mais elle fonde malheureusement les plaintes de ceux qui, étant en désaccord avec un point de vue ou un reportage, peuvent être prompts à formuler des plaintes contre les journalistes et les médias. Elle constitue un facteur contribuant à entretenir cet effet «réfrigérant» à l'encontre des médias. Devant la perspective d'avoir à aller démontrer — à grands frais de recours judiciaires — la véracité de ce qu'ils diffusent, plusieurs journalistes et médias dotés de faibles moyens vont choisir d'éviter les sujets qui «dérangent» les personnes qui sont promptes à crier à la fausseté à l'endroit de ce qui leur déplaît!

Le projet vise à restreindre la portée de l'interdiction, et des risques de sanctions qui vont avec une telle disposition réglementaire, à la diffusion de nouvelles que le diffuseur sait fausse ou trompeuse et qui constitue ou risque de constituer un danger pour la vie, la santé ou la sécurité du public. La disposition vient refléter le fait que, dans un monde dans lequel la liberté d'expression signifie quelque chose, il ne revient pas à l'État, aux tribunaux ou au CRTC de décréter ce qui est la «vérité». Par contre, il est raisonnable de baliser la liberté d'expression de ceux qui savent qu'ils mentent ou trompent et que cela met en danger la vie, la santé ou la sécurité du public.

Haute qualité


En somme, rien qui accorde une permission de diffuser des faussetés comme certains se sont mis à en répandre... faussement! Au contraire, plusieurs dispositions de la réglementation et de la Loi sur la radiodiffusion préviennent — et de façon plus ciblée que la disposition sur les «fausses nouvelles» — les pratiques de radiodiffusion associées à la «radio poubelle» et autres dérives invoquées par ceux qui s'inquiètent de la modification proposée.

Par exemple, l'article 3 de la Loi sur la radiodiffusion prescrit que la programmation des radiodiffuseurs doit être de «haute qualité». Contrairement à ce qui est hélas souvent colporté, ce standard est utilisé de façon régulière afin de rappeler à l'ordre les diffuseurs tentés par les raccourcis populistes. La notion de haute qualité se comprend très bien dans l'univers de la radiodiffusion. À l'instar de la plupart des standards régissant l'activité des professionnels ou autres personnes dotées d'une expertise spécialisée, les radiodiffuseurs compétents doivent connaître ce qui constitue une pratique discutable ou inacceptable en matière de programmation sur les ondes publiques. Le standard de programmation de haute qualité renvoie précisément à cela. C'est un standard à partir duquel, le CRTC est en mesure d'évaluer les performances des titulaires de licences de radiodiffusion. Ces dernières sont engagées dans une activité qui suppose une connaissance des exigences de la vie en société, de ce qui est acceptable et de ce qui est problématique de diffuser.

En fin de compte, la modification proposée au règlement sur les «nouvelles fausses ou trompeuses» devrait réjouir la communauté des gens de l'information. Elle supprime des dispositions qui pouvaient être utilisées afin de museler les radiodiffuseurs qui traitent de sujets qui portent à controverse. Elle doit être appréciée comme un élément d'un cadre réglementaire qui comporte de multiples autres balises qui sont à même de prévenir la diffusion volontaire de faussetés.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Denis Miron - Inscrit
    15 février 2011 06 h 11
    Changement de paradigme
    Toute fausseté n'est pas bonne à dire. Mieux vaut savoir jusqu'où aller trop loin en ce qui concerne la vie, la santé et la sécurité. En ce qui la publicité, ce sera «Business as usual»
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierrette L. Ste Marie - Abonné
    15 février 2011 10 h 39
    Liberté ou confusion
    La crédibilité journalistique est extrêmement importante puisqu'on la reconnait comme le 3e pouvoir .
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • France Marcotte - Abonnée
    15 février 2011 12 h 18
    Parler, parler...
    Le ton est posé comme quand la vérité est révélée.
    Pourtant, je ne vois pas dans ce texte de réponse au problème tel que posé par Manon Cornellier dans sa chronique du 9 février intitulée "Le prix à payer" et sur un ton tout aussi posé.
    Les modifications à la règlement du CRTC auraient été "exigées" par un comité parlementaire pour des raisons qui ne sont pas très nettes.
    "Au CRTC, on dit avoir résisté longtemps aux pressions pour modifier le règlement, mais on ne voulait pas non plus que le comité se lasse et produise, comme il en a le pouvoir, un rapport demandant à la Chambre et au Sénat de désavouer l'article en question", disait M.Cornellier.
    Comme quoi, on peut parler, parler, sans vraiment faire connaître la vérité.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • SusanK - Abonné
    15 février 2011 15 h 28
    Il était temps!
    L'ombudsman de Radio-Canada, Julie Milville-Deschênes, n'en sera surement pas réjouie.

    Dans tout reportage, il est essentiel de traiter le sujet avec impartialité. Radio-Canada devra retourner sur les bancs d'école.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Cedric Lejeune - Inscrit
    16 février 2011 16 h 40
    C'est du beau n'importe quoi !
    Je voudrais simplement souligner le fait que la disposition pourrait être modifié pour permettre aux opinions jugé erroné, d'être présenté comme l'opinion d'une personne et non comme la position du média puisque les gens on perdu l'habitude de douter de leur journal...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • hyde - Abonné
    16 février 2011 23 h 12
    Complètement absurde
    La juge McLachlin à propos de la complexité de définir la nouvelle erroné de la nouvelle véridique:

    «En outre, la signification n'est pas une donnée autant qu'un processus interactif, qui dépend de l'auditeur autant que de celui qui parle.»

    Puis, vous de dire:

    «Plusieurs dispositions de la réglementation et de la Loi sur la radiodiffusion préviennent — et de façon plus ciblée que la disposition sur les «fausses nouvelles» [...] Par exemple, l'article 3 de la Loi sur la radiodiffusion prescrit que la programmation des radiodiffuseurs doit être de «haute qualité».

    Euh, c'est-tu moi où votre logique est défectueuse. Comment définir ce qui est de «haute qualité»? Étrangement, ce que dit la juge McLachlin s'applique très bien ici:

    «La signification n'est pas une donnée autant qu'un processus interactif, qui dépend de l'auditeur autant que de celui qui parle.»

    Désolé, une vérité est une vérité. Rien ne peut être vrai et faux à la fois. Quand on dit qu'il pleut, il ne fait pas soleil, il pleut! Un fait ne peut être faux. Si l'on ne peut pas dire qu'une affirmation est vraie ou faux, c'est que cette soi-disante affirmation est une opinion.

    En élevant ce règlement, le CRTC permet tout mensonge. Un journaliste pourrait déformer les propos d'un politicien ou pire, lui attribuer des paroles qu'il n'a jamais prononcer! C'est complètement absurde et dégoutant!

    Étrangement, cette remise en question de ce règlement tombe pile-poils avec la mise en onde de Sun TV News dont l'équipe sera composé essentiellement d'ancien militant conservateur. Tout ça dans la foulée de nominations partisanes au CRTC!

    C'est grave ce qui se passe et personne ne réagit. Radio-Canada en parle presque pas, La Presse garde le silence, Le Devoir semble en parler un peu plus, mais ce n'est pas suffisant.

    1984 de George Orwell, ce n'est pas que de la science-fiction. Le pouvoir prend d'assaut les médias!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
6 réactions
5 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012