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Morosité médiatique à Québec

Stéphane Baillargeon   4 février 2011  Médias
Les employés du Soleil subissent de nouvelles conventions comme un châtiment. Quebecor abandonne son appel de la décision concernant les accréditations à la Tribune de la presse tout en demandant aux députés de faire pression sur la présidence de l'Assemblée nationale.

Il y a de la morosité dans l'air médiatique. Pendant que les syndiqués du journal Le Soleil entérinent la mort dans l'âme leurs nouvelles conditions de travail, le président de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, écrit aux députés québécois pour dénoncer «une très grave atteinte à l'une des libertés fondamentales de notre démocratie [...] bafouée au quotidien dans l'enceinte de notre Assemblée nationale». La critique vise la bataille des accréditations à la Tribune de la presse.

Les employés de bureau du Soleil ont entériné hier, à leur tour, la proposition de nouvelle convention collective arrachée par la partie patronale «le fusil sur la tempe». Huit membres sur dix ont approuvé l'entente de principe. La veille, mercredi, la rédaction votait à 71 % en faveur de son propre accord.

Le Soleil appartient au Groupe Gesca, comme La Presse. Les nouvelles conventions collectives uniformisent les conditions de travail dans le groupe comprenant sept quotidiens du Québec, par exemple en éliminant la semaine de quatre jours. Le régime de retraite des nouveaux employés s'avère aussi moins avantageux.

«Nous sommes arrivés à ce résultat sans joie et avec retenue, explique au Devoir Stéphane Billy Gousse, président du Syndicat des employés de bureau. Cette entente a été obtenue avec un ultimatum. Malgré ce que le président de Gesca, Guy Crevier, répétait la semaine dernière, on nous a bel et bien dit que si cette entente n'était pas entérinée et acceptée d'ici deux semaines, comme Gesca n'avait pas l'intention de se battre avec ses employés, la compagnie essayerait de vendre le journal ou cesserait la publication, tout simplement.»

Baptiste Ricard-Châtelain, président du Syndicat de la rédaction, souligne le balayage d'avantages consentis il y a des décennies. «On recule de 30 à 40 ans, dit-il. C'est le cas pour la semaine de travail. Il y a une amertume extrême chez les membres et il a fallu calmer le jeu chez ceux qui exprimaient vivement leur mécontentement. Dans une entreprise rentable, ce qui vient de se passer est inadmissible. Le retour au travail sera pénible et va se faire dans un climat malsain.»

Le président Péladeau est encore plus dur avec les journalistes de la Tribune de la presse. Dans sa lettre aux députés datée du 25 janvier, il parle carrément d'un «coup d'État circonscrit à l'exercice du journalisme, mais non moins réel». Cette vive réaction découle d'une décision de la Tribune de modifier ses statuts pour différer l'étude des demandes d'accréditation pour un média lié à un groupe subissant un conflit de travail. Des employés du Journal de Québec ont subi cette décision en raison du lock-out au Journal de Montréal.

Le président de l'Assemblée nationale a entériné la décision des journalistes, qui y voient une façon de ne pas importer le conflit sur leur lieu de travail. Quebecor a attaqué cette décision en cour et perdu. M. Péladeau annonce maintenant que son appel est abandonné, tout en signalant une nouvelle stratégie. «Nous vous demandons d'intercéder auprès de la présidence de l'Assemblée afin qu'elle mette fin à cette brimade antidémocratique», écrit-il aux députés.
 
 
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