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    Rapport Payette

    Un statut, et ensuite?

    Josée Boileau
    28 janvier 2011 |Josée Boileau | Médias | Éditoriaux
    Depuis des décennies, Le Devoir a le souci d'offrir à ses lecteurs une information qui répond aux plus hautes normes du journalisme professionnel. La culture de l'entreprise, notre politique d'information et des dispositions précises de la convention collective de la rédaction en témoignent. Par exemple, les journalistes sont tenus de remplir chaque année une déclaration énumérant les conflits d'intérêts qui pourraient les toucher.* Cet encadrement a pour fondement qu'une information crédible est le fruit du travail de journalistes tenus de suivre des règles et de répondre de leurs actes.

    La création d'un statut spécifique pour les journalistes professionnels, clé de voûte du rapport présenté cette semaine par Dominique Payette, présidente du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information, est donc pour nous un aboutissement logique. Le monde de l'information a changé. Commentateurs en tout genre, citoyens-journalistes et vrais reporters se confondent sur la scène publique. Les reportages originaux sont largement repris et commentés, mais on en produit de moins en moins et on le fait avec moins de personnel. Avant que les journalistes professionnels ne deviennent une espèce en voie de disparition, il est grand temps de leur reconnaître un statut particulier.

    D'autant que le rapport Payette réussit à contourner l'écueil sur lequel le débat s'était jusqu'ici fracassé. Il ne s'agit pas de créer un ordre professionnel des journalistes, qui aurait notamment contrôlé l'entrée dans la profession, ce qui faisait frémir tout le milieu. Cette fois, deviendra journaliste qui voudra. Mais pour s'afficher «journaliste professionnel», il faudra en accepter les obligations. En revanche, prévoit le rapport, plusieurs avantages seront rattachés au nouveau statut, et toute une mécanique lui fera prendre vie.

    C'est ici, hélas, que les bémols se manifestent. Car si le groupe de travail dresse un portrait assez juste du paysage médiatique, ses recommandations ne se soucient guère de la participation des entreprises et font fi de la réalité économique. Comment par exemple envisager la mise en place d'un contrat type pour les journalistes indépendants, sur le modèle de ce qui existe pour les artistes, alors qu'il y a une réelle disparité entre les entreprises de presse?

    De même, le rapport entend réserver la publicité gouvernementale et les avis légaux aux seules entreprises membres du Conseil de presse, déserté par Quebecor et d'autres entreprises ces dernières années. Cela sera-t-il suffisant pour les faire revenir? La publicité gouvernementale est en chute libre et les annonces judiciaires ont pris, comme tant d'autres, le chemin d'Internet!

    Notons encore que l'argent de la TVQ sur la vente des journaux serait mieux employé s'il servait à financer leur coûteuse distribution plutôt qu'à créer des bourses pour les journalistes, comme il est proposé... On devine toutefois que les recommandations qui nécessitent un investissement public — pour créer un Fonds pour le journalisme, financer le Conseil de presse ou hausser le budget de Télé-Québec — se heurteront à un argument implacable: la crise des finances publiques.

    La ministre des Communications Christine St-Pierre a accueilli ce rapport avec l'enthousiasme de la journaliste qu'elle fut. «Tout s['y] tient», disait-elle hier à la radio de Radio-Canada. Il est loin d'être acquis que ses collègues ministres-qui-n'ont-pas-été-journalistes se réjouiront autant.

    ***

    * La soussignée signalera donc sa participation à un volet des travaux — une discussion sur la formation — du groupe de travail sujet de cet éditorial.












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