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    Pierre Karl Péladeau: l'art de la nuance?

    14 janvier 2011 |Jacques Lamarche - Sainte-Geneviève-de-Batiscan | Médias
    La réplique du président de Quebecor, Pierre Karl Pédaldeau, au chroniqueur du Devoir Gil Courtemanche, publiée samedi dernier, m'a heurté. Voilà un homme puissant, qui a hérité d'une immense fortune, qui a les moyens de rendre notre société plus juste et plus prospère, et qui, hélas, fait la guerre à sa ressource la plus précieuse, sa main-d'œuvre.

    Le jugement qu'il porte sur elle reflète un profond mépris et témoigne de vifs ressentiments envers le syndicalisme. Son discours tendancieux, farci de sophismes, laisse entendre que le succès économique est uniquement affaire de compétences patronales et que l'échec par contre découle de tyrannies syndicales.

    Toujours montrer du doigt les travailleurs pour expliquer les déboires financiers est réducteur et profondément injuste. Tant de facteurs sont en cause: la conjoncture, les changements technologiques et les nouvelles modes, la mondialisation et la concurrence accrue, la cupidité effrénée et la corruption, la hausse du coût du pétrole et des matières premières, l'usure du pouvoir! D'un homme d'affaires averti, nous sommes en droit d'en attendre plus!

    La prétention

    M. Péladeau voit surtout des colonnes de chiffres. Il juge les gens en termes de dollars à perdre ou à gagner, évalue leur comportement sur la base de son propre intérêt. En s'attaquant au monde du travail, en écrasant toute résistance syndicale, il croit assainir le milieu et aplanir la voie qui mène à la richesse. De fait, il contribue à creuser davantage le fossé entre les riches et les pauvres, à accentuer les écarts, déjà trop grands, entre les gens d'affaires et les gens ordinaires, à accroître la méfiance envers l'establishment économique et politique, bref à semer dans l'opinion des idées qui dressent les gens les uns contre les autres et gonflent les tensions sociales.

    Et que penser de cet argument qui cherche à subordonner «la liberté de choisir notre destin» ou encore «la pérennité de la nation» à la prospérité de ses entreprises! Quelle prétention! M. Péladeau n'a jamais reçu ce mandat. Sa mission consiste à faire de l'argent, celle de M. Courtemanche à militer en faveur du respect mutuel et d'un équitable partage, lequel exige une tout autre attitude, faite d'ouverture et de générosité. Ce Don Quichotte, qui nous ressemble et nous rassemble, plaide en faveur d'un enrichissement qui soit collectif et qui se fasse dans la considération et l'intérêt de tous. Il a raison.

    La Californie recèle de gens riches comme M. Péladeau, mais cet État est endetté jusqu'au cou et la pauvreté et la misère y sévissent. Les succès financiers de Quebecor ne garantissent rien, surtout s'ils se font sur le dos d'honnêtes travailleurs et au détriment d'un climat qui a fait du Québec une économie des plus prospères et une société des plus égalitaires.

    Cet homme ambitieux se sent investi du devoir de nous libérer d'un joug qui pèse sur notre société et notre avenir. Voilà un grand péril: qu'il nous entraîne dans une sombre idéologie du passé et qu'il creuse la tombe d'espoirs perdus, de droits bafoués, d'aspirations individuelles et collectives vaincues et disparues.

     
     
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