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Libre opinion - La confusion québécoise des sentiments et états d'âme

Jean-Serge Baribeau - Sociologue des médias  28 décembre 2010  Médias
Cela fait longtemps que je reste ébaubi et «désorienté» (dans le sens littéral du terme) lorsque des Québécois, interrogés (à la télé ou ailleurs) sur la valeur d'un événement artistique, social, intellectuel ou culturel, livrent le fond de leur «profonde» pensée en s'écriant, tout ravis: «J'adore!» Souventes fois, ces mêmes personnes ajouteront, superlativement, que le show était «super» ou «hyper-bon», ou «génial» ou «écœurant» (au sens «québécisé» du terme).

J'aimerais faire une étude minutieuse et rigoureuse pour mesurer la quantité de «j'adore» qui, pendant une même émission, sortent de la bouche d'une grande et expérimentée animatrice radiophonique comme Christiane Charette.

En fait, je trouve bizarre qu'il y ait tant d'adoration (du veau gras ou de nous-mêmes?) dans un Québec de plus en plus laïque et plutôt «païen». Après tout, adorer, c'est, selon le Robert, «rendre un culte à Dieu, une divinité ou un symbole divin».

J'ajouterais à cela deux brèves réflexions.

La première: pour moi qui suis en faveur de la laïcité, pour moi, ancien croyant très convaincu, l'adoration reste quand même une pratique sacrée et religieuse. Évidemment, le verbe «adorer» peut, de toute évidence, devenir un superlatif capable de faire état d'une passion quasi totalitaire, sinon incontrôlable.

La seconde: comment se fait-il que parmi ceux et celles qui adorent, qui voient partout du «super» et de l'«hyper» et qui «trippent au boutte», les jeunes soient significativement plus nombreux (je pense le dire sans «âgisme» ou «jeunisme»)? Et comment se fait-il qu'ils soient ceux et celles qui, lorsqu'on les interroge sur certains de leurs sentiments ou préférences, vont utiliser des mots comme «genre» ou «comme»? S'ils aiment une personne ou un spectacle, ils vont souvent dire: «Je l'aime beaucoup, genre» ou «comme»; et «elle (ou il) me plaît beaucoup, comme» (ou «genre»).

En fait, la société québécoise reste perfidement et chafouinement marquée par son passé judéo-chrétien. Et, qui plus est, je suis inquiet et dérouté lorsque j'entends des personnes de tous âges qui oscillent entre les superlatifs les plus radicaux et les atténuements «bémolisants» de leurs passions, idées, perceptions et émotions lorsqu'ils utilisent profusément le «comme» et le «genre».

Deux choses sont claires pour moi: Noël est une fête judéo-chrétienne. Et moi, le laïciste, je ne tolérerai pas que la dimension religieuse et «sacrée» soit sacrifiée sur l'autel de la «correctitude» intellectuelle et politique. Cela, c'est clair, très clair. C'est même limpide!

Aussi, je trouve que le langage contradictoire utilisé de manière systématique et régulière est le signe d'une confusion majeure, plus sociétale que sociale. Il est aussi le signe d'un tragique désarroi! Et cela m'attriste!

 
 
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  • Monsieur Pogo - Inscrit
    28 décembre 2010 08 h 51
    Sens et connotation
    Mon cher monsieur, j’ai grand peine à partager votre émoi : vous devez bien être le seul Canadien-français que le qualificatif écoeurant désoriente (sic), parce qu’il y a belle lurette que son usage au Québec sous un registre populaire lui a fait perdre sa connotation péjorative.
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  • Lise Moga - Inscrite
    28 décembre 2010 09 h 14
    Comdannés à la divinité!
    "L'adoration" couramment exprimée, met peut-être en évidence que pour tout être humain, un dieu subsiste en lui, quelles que soient les grandes opérations d'élagage entreprises.
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  • Raphaël Labrosse - Abonné
    28 décembre 2010 09 h 51
    À cheval...
    Je vous trouve très chatouilleux... sur les bords. « J'adore », je continuerai à l'employer dans le sens « païen » même si je suis chrétien. Ajoutons ceci : Noël une fête judéo-chrétienne, vous dite? Là je ne vous comprends pas. Elle n'a rien à voir avec le judaïsme, je pense. À la rigueur, païenne et chrétienne, si on peut dire. Sans rancune.
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  • Geoffroi - Abonné
    28 décembre 2010 10 h 03
    Confusion bienfaite
    Ce n'est pas un "langage contradictoire", cela fait parti de notre héritage. Est-ce que ceux qui "sacrent" font preuve de "confusion majeure". Non, même que ça fait souvent du bien.
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  • Jean-Serge Baribeau - Abonné
    28 décembre 2010 10 h 08
    ÉCOEURANT ne m'écoeure pas!
    MONSIEUR POGO!

    Ce qui m'irrite et me fatigue, c'est l'abus des superlatifs divers, lequel va de pair avec une «bémolisation» de la pensée, basée sur la surutilisation des mots «genre» et «comme». Je n'ai aucun problème avec le mot «écoeurant» pris dans le sens positif plutôt que dans le sens péjoratif.

    Respectueusement!

    JSB
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  • Jean-Charles Morin - Inscrit
    28 décembre 2010 14 h 32
    Des états d'âme superficiels.
    Un chroniqueur du Devoir faisait récemment remarquer que durant les Fêtes, lors de réunions de famille, on tendait de plus en plus à éviter les grands thèmes de discussion sociaux et politiques pour ne plus parler que de la pluie et du beau temps, afin d'éviter tout affrontement acrimonieux et toute controverse menant à de vaines querelles.

    Dans le sillage de cette rectitude insipide, les Québécois vont se passionner jusqu'à l'adoration pour des causes anodines qu'ils savent sans portée réelle, par exemple telle vedette populaire eu tel club de hockey professionnel. On aime s'impliquer et s'engager corps et âme du moment que cela ne porte pas vraiment à conséquence. Comme si l'enflure verbale qui caractérise l' "engagement" passionnel pour la cause en question va de pair avec sa vacuité et son insignifiance.

    Qui les Québécois cherchent-ils ainsi à abuser, sinon eux-mêmes au premier chef. Combien de fois avons-nous entendu, en évoquant la lassitude et du désenchantement des Québécois qui ne veulent plus entendre parler de rien, que ceux-ci sont passés à "autre chose". Sauf qu'on ne précise jamais à quoi cet "autre chose" fait vraiment référence.

    Le Québec, à l'instar de Christiane Charette, pourra continuer de "tripper" jusqu'au délire pour tout ce qui passe dans l'air du temps. Il vient d'entrer de reculons dans l'ère de l'Autruche...
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  • France Marcotte - Abonnée
    28 décembre 2010 19 h 10
    Banaliser la passion
    À ceux pour qui tout est super, hyper et adorable, donc rien, on peut préfèrer les sensibles pour qui il en faut beaucoup avant de seulement qualifier quelque chose de "bien" ou de "très bien". Quand ils disent ces mots, c'est la fête, et on est certain que c'est sincère; il leur reste beaucoup de vocabulaire pour exprimer la palette de tous leurs sentiments. Tant pis pour ceux qui, par vanité, se privent de ce plaisir; ils ont fait leur choix: faire étalage d'une passion dont ils croient se réserver ainsi la priorité et l'exclusivité mais qu'ils finissent par ne plus ressentir.
    Pendant ce temps, les sensibles éprouvent d'immenses plaisirs, dans la parcimonie...sans bémol et sans despotisme.
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  • Lauréanne Daneau - Abonnée
    29 décembre 2010 00 h 08
    Quel est vôtre public cible?
    Monsieur,
    Vous m'avez faite sourire avec vôtre plaidoyer pour un meilleur parler. Il y a tout de même une question qui me reste: à qui est-ce que vous vous adressez? Aux jeunes, aux animateurs expérimentés, à toute la société? Il me semble que votre article aurait gagné en substance si vous aviez visé moins large.
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