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Le déclin prévisible de Facebook

Hervé Fischer - Président de la Fédération internationale des associations de multimédia et auteur du Choc du numérique (VLB, 2001)  11 décembre 2010  Médias
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Photo : Christian Tiffet

Qui oserait nier aujourd'hui l'importance des médias sociaux? Ils nous apparaissent comme des incontournables, que la contamination virale nourrit sans cesse. Nous courons entre Myspace, Youtube, Facebook, Classmates, Twitter, etc., anxieux d'être présents partout. Le fondateur de Linkedln (70 millions d'usagers), Reid Hoffman, a affirmé que «Myspace, c'est le bar, Facebook, c'est le barbecue au fond du jardin, et Linkeldln, c'est le bureau».

Et ces médias sociaux se sont multipliés: Flickr, Myheritage, Trombi, Last.fm, Plexo aux États-Unis, Viadeo en France, Xing en Allemagne, Jobssip en Espagne, Renren Xiaonei en Chine (une imitation de Facebook qui se traduit ainsi: les gens sur le campus), et même en Afrique, sur téléphone mobile, iYam.mobi, lancé par Fritz Ekwoge.

Facebook lui-même, qui a juste six ans d'existence, semble augmenter son nombre d'usagers d'un million par trimestre, à en croire les chiffres faramineux et non vérifiables qui sont annoncés, atteignant les 600 millions en cette fin de 2010. Un Canadien sur deux s'y serait inscrit, au point où l'on parle du Canada «as a Facebook Nation». Et ses revenus, de près de 635 millions en 2009, devraient atteindre le milliard pour 2010.

Selon l'Institut américain Hitwise, Facebook pourrait se prévaloir de 3 % de visiteurs uniques de plus que Google et de plus de pages vues.

Simultanément, l'annonce du réseau Google me est encore une fois reportée. Facebook constituerait, dit-on, 25 % du trafic d'Internet aux États-Unis.

Effet de mode


Alors que le désir de socialiser, tout comme le le sentiment de solitude de nos masses individualistes, ne risque pas de diminuer, comment peut-on annoncer aujourd'hui le déclin prévisible de Facebook? Il y a bien des raisons à cela.

Facebook est d'abord un réseau d'adolescents en quête d'amis — c'est devenu une sorte de compétition d'en afficher toujours plus —, et comme tous les engouements auxquels s'identifient successivement les générations de jeunes, avec des modes vestimentaires, des groupes musicaux ou des danses, la génération Facebook va vieillir et passer la main. On entend déjà de plus jeunes déclarer que «Facebook, c'est plate!».

Nous observons la même éphémérité dans la succession des modes pour les outils numériques. Ainsi, les montres digitales, qui avaient envahi à juste titre le marché, en sont quasiment disparues aujourd'hui. La mode est revenue aux grandes aiguilles sur de larges cadrans. On ne parle quasiment plus du jeu Second Life, qui avait tant de succès il y a trois ans, avec sa spéculation foncière, et qui battait sa propre monnaie, convertible en dollars. Chacun voulait y créer son avatar, tandis que les grandes institutions et les multinationales y investissaient pour ouvrir des vitrines et des commerces.

Manque de confiance

Malgré le goût actuel pour la transparence et l'authenticité, les réseaux d'amis tels que Facebook provoquent de plus en plus de méfiance. Il est vrai qu'en exhibant ainsi leur vie privée, beaucoup de jeunes se fichent ingénument eux-mêmes, et que ces données personnelles sont aussitôt utilisables, pour le meilleur et pour le pire. Une enquête récente menée par Iligo, une agence française d'analyse des comportements des consommateurs, révèle que 80 % des internautes n'ont pas confiance dans la politique de confidentialité des médias sociaux qu'ils utilisent.

Dans le cas de Facebook, le plus en vue, de nombreuses polémiques ont obligé ses dirigeants à reculer et à faire d'apparentes concessions. Il n'en demeure pas moins qu'il est compliqué d'en sortir et que, si vous y parvenez, le site vous «rassure» en vous indiquant que si vous changez d'avis et voulez plus tard vous réinscrire, vous y retrouverez aussitôt toutes les données personnelles que vous y avez mises — celles que précisément vous venez d'essayer d'effacer définitivement pour protéger votre vie privée et votre avenir! Ces deux faces de Facebook, l'une de gentille convivialité, l'autre d'exploitation commerciale sournoise de ces données privées, sont terriblement contradictoires.

Contradictions

Tim Berners-Lee, l'inventeur du Web, voici juste 25 ans, vient de publier une mise en garde insistante sur le «caractère fermé» de la plateforme Facebook. Nous ajouterons que malgré l'annonce récente de Facebook d'offrir désormais un mode d'échange facile, rapide et convivial, qui allait rendre obsolète le «vieux courriel», ce réseau n'offre guère d'innovations sur le plan de ses fonctionnalités. En outre, il manque de profondeur, se consacrant à des échanges superficiels et sans contenus.

Je vois mal, enfin, comment cette plateforme surmontera encore longtemps la contradiction évidente entre les relations naïves d'adolescents et les usages adultes corporatifs ou professionnels, tels que les campagnes politiques, commerciales, humanitaires, les débats littéraires, scientifiques, historiques, universitaires, etc. Voilà encore deux faces de Facebook qui ne s'accordent pas. Les clientèles ne sont pas les mêmes, les activités non plus, et cette plateforme est manifestement trop large pour ne pas apparaître bientôt fragile et non pertinente.

En outre, l'abus commercial constamment menaçant de l'exploitation des données personnelles, qui incite beaucoup d'utilisateurs à quitter Facebook, a suscité une initiative alternative, celle de Diaspora à New York, en mai 2010, qui propose une plateforme en logiciel libre avec code source ouvert, permettant à tous les usagers de contrôler les orientations, les politiques et les usages du site.

Segmentation

Les médias sociaux ne disparaîtront certainement pas, mais ils vont se segmenter davantage, pour mieux répondre à des besoins plus spécifiques de groupes plus définis. Et dans la lutte entre les empires numériques Microsoft, Google et Facebook, c'est ce dernier qui est manifestement le plus fragile, malgré l'excès de ses succès actuels, ou plutôt à cause de cet engouement superficiel et non structuré. Les communications sans contenu sont comme l'eau, qui se répand successivement en vases communicants.

Autre métaphore: les contaminations virales sont comme les bancs de poissons ou les volées de perroquets, elles se déplacent rapidement et en bloc. L'avenir prochain de Facebook est plus qu'incertain. Entraîné par son succès, on ne voit pas comment il pourrait se reconfigurer en ciblant mieux ses objectifs et ses fonctionnalités avant de perdre les faveurs de la prochaine vague d'adolescents et des usagers adultes qui s'y sont accrochés.


 
 
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  • PKM
    Inscrit
    samedi 11 décembre 2010 11h35
    C'est l'usager qui décide
    Peu importe que 90 % des usagers se servent de Facebook pour échanger des propos futiles. Comme il importe peu que la majorité des abonnés au téléphone n'ait rien d'important à dire. Pour ma part, j'utilise Facebook pour échanger des idées portant sur des sujets d'intérêt public ou pour publier des articles qui peuvent être lu par des gens de tous les continents. Je n'y étale pas ma vie privée. Si d,autres le font, tant pis pour eux. Je ne vois pas pourquoi Facebook ou tout autre média du même type serait voué à pérécliter ou à disparaître sous prétexte que certains en font un «mauvais» usage.

  • Marc Lemieux
    Inscrit
    samedi 11 décembre 2010 17h06
    A vendre?
    Il a intérêt à le vendre avant que ça ne vaille plus rien sauf des dettes! Il a copié le concept c'est normal qu'il n'en maitrise pas toutes subtilités, avoir ouvert la vie privée était tuer son fond de commerce, erreur stratégique monumentale.

    Les millionnaires accidentels? Sortir avec des filles trop belles pour soi, les automobiles qui coutent le prix de maisons, trouver que la première classe c'est pour les pauvres de ces gens car un jet offre la liberté et est un instrument social plus efficace, encore faut il en avoir conscience, tout cela si on est n'est pas né dedans il faut être fait pour. Lui est un pauvre rouquin, un Madoff de l'internet et il est l'exemple qu'on est ou qu'on le peut, mais qu'on ne devient pas.

    Contrairement à Bill Gates il n'est pas gestionnaire mais informaticien, vend le lui donc! Et va ne rien faire comme avec la loterie

  • Etienne Goyer
    Inscrit
    dimanche 12 décembre 2010 12h37
    M. Fischer, sur quel Facebook êtes-vous?
    "Facebook est d'abord un réseau d'adolescents en quête d'amis [...]"

    Je me demande sur quel Facebook M. Fischer est inscrit. Bien sûr, les adolescent y sont nombreux, et leurs propos souvent futiles. Mais encore?

    La mi-trentaine, universitaire de classe moyenne, deux enfants. C'est moi. Je pense un bon 30% de mon temps sur le web spécifiquement sur Facebook. Pourtant, je ne correspond pas du tout au stéréotype véhiculé par Fischer.

    Des adolescent un peu nunuche, j'en ai dans mon réseau, oui. Surtout de la famille, et les enfants des amis. En grande majorité, mes "amis" Facebook sont des collègues et des ex-collègues, de la famille élargie, des anciens compagnons de classe et des amis du monde "réel". Je n'utilise pas Facebook pour m'en faire, je l'utilise pour reprendre contact avec ceux que j'ai déjà.

    Les communications sur Facebook serait sans contenu? Pas les miennes. On en fait bien ce qu'on veut. Contrairement à l'adage, sur les réseaux sociaux, le médium n'est *pas* le message. En tout cas, pas toujours!

    Au final, l'analyse de Fischer m'apparaît très superficiel. Je n'ai pas d'illusion sur le caractère passager de Facebook (il sera supplanté un jour, c'est certain). Mais pour le moment, chaque nouvelle inscription en augmente l'attrait, et le réseau est en voie de devenir, de facto, le plus grand répertoire de personne sur le web.

  • Guy Jr
    Inscrit
    mardi 14 décembre 2010 20h34
    Réflexion sur les réseaux sociaux
    Encore ce week-end, j’ai eu le plaisir de fêter Noel avec mes amis à Québec. Certains m’ont demandé pourquoi je n’étais pas encore su Facebook. Ma réponse ressemble souvent à celle-ci : le jeune américain nouvellement millionnaire ayant créé ce site se fout pas mal de nos informations personnelles et de nos données confidentielles. Ces réseaux sociaux sont prêts à vendre nos adresses courriels et nos numéros de téléphone aux agences marketing de ce monde. Cela me dérange !

    Quand je suis à un party avec mes ami-e-s, ce que j’aime c’est cet échange sur nos vies personnelles qui fait que j’écoute l’autre et que j’apprécie que l’autre m’écoute. On appelle ça : aimer ses amis. Savoir que telle est enceinte, qu’une autre aimerait l’être, qu’une autre a des problèmes avec ses enfants, qu’un bon chum est amoureux mais qu’il ne peut pas le dire, ou encore juste écouter ce qui se passe dans la vie d’un ami qu’on ne voit pas assez souvent.

    Donc, Facebook, Twitter et autres réseaux me désolent. Pour mon amoureuse, c’est le contenu inutile et superficiel de ces réseaux sociaux qui la décourage. Pour moi, c’est le non respect de la Charte des droits et libertés du Canada que notre pays défend depuis 1982. Cela vous fait sourire, mais ça me dérange de savoir qu’une compagnie de vente puisse m’appeler chez moi alors que mon numéro de téléphone n’est affiché dans AUCUN annuaire!

    Je suis donc en accord avec cet article d’Hervé Fischer publié dans Le Devoir de samedi dernier. Sa pensée est bien élaborée et son point de vue rejoint le mien sur les aspects adolescents, non respect de la vie privée et l’abus commercial des réseaux sociaux.
    Guy Junior

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