lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 01h13
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Médias - Ésotérisme expérimental

TVA glorifie l'infâme avec Rencontres paranormales. Au secours, Voltaire!

Stéphane Baillargeon   4 décembre 2010  Médias
<br />
Photo : Source TVA

C'est l'apparition mesmérisante de cette fin de saison d'automne à la télé québécoise. L'émission s'intitule Rencontres paranormales et elle ne propose que ça, finalement, bêtement et brutalement: que des manifestations de fantômes, des épiphanies d'esprit, des dialogues avec les morts; que des avatars de cet ennemi irrationnel et polymorphe que Voltaire appelait l'«infâme», ce mélange de fanatisme, d'intolérance et de superstition dont les Églises de son temps faisaient commerce depuis longtemps.

L'animatrice et productrice Chantal Lacroix a réussi à faire tourner et diffuser ces intrigantes rencontres à TVA. Deux émissions ont été proposées au cours des deux derniers jeudis. Il y en aura d'autres cet hiver. Le canevas est tout simple: le «médium» québécois Roger Mainville et son équipe de la firme Paracontacts organisent une séance de spiritisme dans un lieu réputé hanté.

Avant-hier, l'ouverture se faisait en compagnie du comédien-animateur André Robitaille dans un ancien manoir de Montréal transformé en discothèque. La séance a appelé à la table plusieurs esprits, dont celui des anciens proprios du XIXe siècle. Ils se sont déclarés choqués par les comportements cryptosexuels des nouveaux occupants. Le silence futur des morts a finalement été acheté par la promesse de jouer le requiem de Mozart en début de soirée olé olé. Montréal vaut bien une musique de messe...

Il y a toujours un truc


«C'est de la fumisterie», explique le psychologue François Filiatrault, membre des Sceptiques du Québec. Cet organisme démonte les farces et attrapes médiumniques comme le faisait le grand Oudini en son temps. «Ce n'est pas parce que tu n'as pas trouvé de truc qu'il n'y en a pas. Le magicien Luc Langevin montre des tours de magie pas mal plus extraordinaires, mais il n'a jamais dit qu'il n'y a pas de truc. Il y a toujours un truc...»

Un avertissement apparaît en début de diffusion des Rencontres paranormales: «À vous de vous faire une opinion.» O.K. C'est fait. «C'est nul, parce que ça n'existe pas, les fantômes», résume M. Filiatrault.

Le professeur Régis Olry, un médecin qui donne cet automne un cours sur les phénomènes paranormaux à l'Université du Québec à Trois-Rivières, ne tranche pas aussi sévèrement. Il n'en demeure pas moins dubitatif, à sa manière. «C'est le classique du spiritisme qui est montré là, avec les questionnements, la table, l'obscurité et tout, explique-t-il. Mais je ne juge pas, je n'approuve ni ne désapprouve. Quand André Robitaille dit qu'il n'a pas vu quelque chose actionner la table, je n'ai pas à remettre en doute sa croyance. Sauf que ça n'explique pas forcément l'hypothèse véhiculée dans la série. Dans ce domaine, il faut aussi distinguer l'observation de faits, leur validation et leur explication. Dans ce cas, on observe des faits, mais on ne les valide pas. On a l'impression de tourner en rond.»

Lui comme M. Filiatrault ne s'étonnent même pas de voir exploiter ce filon qui a toujours rapporté. D'autres ont souligné l'irresponsabilité de TVA, qui relaie de telles niaiseries.

«C'est une vaste infopub pour Paracontacts», dit le psychologue, en avertissant que Rencontres paranormales se positionne très bien pour recevoir le prix Fausses Sceptiques remis chaque année à la pire dérive obscurantiste. L'organisme offre aussi d'importants montants à quiconque pourra reproduire un phénomène paranormal en laboratoire. Bref, à l'émission C'est juste de la TV animée par André Robitaille, on enverrait celle-là au «réparateur» vite fait, bien fait, avec l'obligation d'en ressortir avec un minimum d'esprit critique.

Tutoyer les morts

La cause est donc entendue? Oui et non. D'abord, le combat contre l'infâme semble à recommencer éternellement. «Il faut y revenir sans cesse, dit encore M. Filiatrault. Il faut respecter les personnes et les témoignages. Mais il faut aussi rappeler qu'il n'y a pas de preuve scientifique et objective pour appuyer ces prétentions.»

La récurrence, la persistance et la mutation du genre deviennent alors intéressantes. Un cliché de ce monde de charlatans exige par exemple une apparence de scientificité. Les vendeurs d'élixir d'autrefois bonimentaient en invoquant de prétendues recherches savantes. Maintenant, l'équipe de Paracontacts (dont des sceptiques) daépose des bidules électroniques dans les pièces hantées et le boss lui-même mesure le champ électromagnétique à la décimale près. Puis après? Les chasseurs de fantômes refont même le coup de la bonne vieille photo spirite, avec un appareil numérique évidemment, pour être de son temps.

Certains détails amuseraient s'ils n'étaient pas simplement ridicules, voire grossiers. Passons sur le français bancal de M. Mainville. Le plus étrange est de l'entendre s'adresser aux esprits anglophones en français, y compris le fantôme de dame Elliott Torrance, épouse de sir Alexander, morte à Montréal en 1850. En plus, Roger les tutoie tous. Pas fin, fin...

Reste la question du pourquoi, de l'explication de la popularité des superstitions. La plus essentielle, finalement, une fois le malaise passé. M. Olry rappelle alors qu'une grande vague de spiritisme s'est emparée de l'Europe après la Première Guerre mondiale, les survivants cherchant ainsi à prendre contact avec les morts.

«Je n'ai pas l'impression d'une résurgence, dit-il. J'observe que de plus en plus de médias permettent de nourrir le monde de l'imagination avec ça. Les vampires sont très à la mode. Même en Europe, où on pense s'être débarrassé de la religion depuis plus longtemps, ce goût pour le magique et le paranormal persiste.»

Le spécialiste rappelle que douze millions d'Italiens consultent des cartomanciens chaque année. En estimation, il y a une vingtaine d'années, les Français auraient dépensé dix fois plus d'argent dans «les trucs de magie et de voyance» que le budget national de recherche scientifique.

«C'est toujours là. On ne semble pas capable d'évacuer cette croyance en un autre monde. Il y a une nécessité anthropologique et sociologique. En tout cas, depuis des millénaires, l'espèce humaine construit sa vie autour de la croyance en un autre monde. Ne serait-ce que pour cette raison, il faut bien s'y intéresser, même si ça n'existe pas.»
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Vincent Collard - Abonné
    4 décembre 2010 10 h 47
    Un historique chargé
    Peu désireux qu'on m'attaque même injustement en diffamation, car j'ai d'autres chats à fouetter, je m'abstiendrai d'utiliser pour décrire le personnage les deux vocables qui me viennent d'emblée à l'esprit.

    (Indice : le premier appartient à la langue soutenue, le second au joual, et tous deux contiennent dans l'ordre les lettres C, R et O.)

    Je vous invite simplement à faire une petite recherche au sujet de M. Mainville, dont le hasard m'a déjà fait croiser la route. Il a notamment fait l'objet d'une enquête de l'émission J.E., il y a une dizaine d'années. Une fois bien informé, chacun pourra juger par soi-même de l'expérience du monsieur en matière de mystification, ainsi que de toute l'étendue de sa probité morale et professionnelle.

    Détail amusant : le titre de votre article réfère à une émission des années 1980 animée par un certain Richard Glenn, qui fut aussi le voisin du «médium» dont il est ici question...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Dominique Provost - Abonné
    23 décembre 2010 10 h 59
    Réfutation détaillée
    Il y a un ami à moi, Dany Plouffe, qui a consacré un blogue à la réfutation des prétentions de ce Roger Mainville.

    Voir le lien

    http://paraenquete.com/2010/12/22/video-la-table-d

    Aussi, nous aimerions entrer en contact avec le précédent commentateur Vincent Collard. Il serait très apprécié si vous contactiez l'auteur du blogue!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
3 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012