Médias - Ésotérisme expérimental
TVA glorifie l'infâme avec Rencontres paranormales. Au secours, Voltaire!
Photo : Source TVA
C'est l'apparition mesmérisante de cette fin de saison d'automne à la télé québécoise. L'émission s'intitule Rencontres paranormales et elle ne propose que ça, finalement, bêtement et brutalement: que des manifestations de fantômes, des épiphanies d'esprit, des dialogues avec les morts; que des avatars de cet ennemi irrationnel et polymorphe que Voltaire appelait l'«infâme», ce mélange de fanatisme, d'intolérance et de superstition dont les Églises de son temps faisaient commerce depuis longtemps.
L'animatrice et productrice Chantal Lacroix a réussi à faire tourner et diffuser ces intrigantes rencontres à TVA. Deux émissions ont été proposées au cours des deux derniers jeudis. Il y en aura d'autres cet hiver. Le canevas est tout simple: le «médium» québécois Roger Mainville et son équipe de la firme Paracontacts organisent une séance de spiritisme dans un lieu réputé hanté.
Avant-hier, l'ouverture se faisait en compagnie du comédien-animateur André Robitaille dans un ancien manoir de Montréal transformé en discothèque. La séance a appelé à la table plusieurs esprits, dont celui des anciens proprios du XIXe siècle. Ils se sont déclarés choqués par les comportements cryptosexuels des nouveaux occupants. Le silence futur des morts a finalement été acheté par la promesse de jouer le requiem de Mozart en début de soirée olé olé. Montréal vaut bien une musique de messe...
Il y a toujours un truc
«C'est de la fumisterie», explique le psychologue François Filiatrault, membre des Sceptiques du Québec. Cet organisme démonte les farces et attrapes médiumniques comme le faisait le grand Oudini en son temps. «Ce n'est pas parce que tu n'as pas trouvé de truc qu'il n'y en a pas. Le magicien Luc Langevin montre des tours de magie pas mal plus extraordinaires, mais il n'a jamais dit qu'il n'y a pas de truc. Il y a toujours un truc...»
Un avertissement apparaît en début de diffusion des Rencontres paranormales: «À vous de vous faire une opinion.» O.K. C'est fait. «C'est nul, parce que ça n'existe pas, les fantômes», résume M. Filiatrault.
Le professeur Régis Olry, un médecin qui donne cet automne un cours sur les phénomènes paranormaux à l'Université du Québec à Trois-Rivières, ne tranche pas aussi sévèrement. Il n'en demeure pas moins dubitatif, à sa manière. «C'est le classique du spiritisme qui est montré là, avec les questionnements, la table, l'obscurité et tout, explique-t-il. Mais je ne juge pas, je n'approuve ni ne désapprouve. Quand André Robitaille dit qu'il n'a pas vu quelque chose actionner la table, je n'ai pas à remettre en doute sa croyance. Sauf que ça n'explique pas forcément l'hypothèse véhiculée dans la série. Dans ce domaine, il faut aussi distinguer l'observation de faits, leur validation et leur explication. Dans ce cas, on observe des faits, mais on ne les valide pas. On a l'impression de tourner en rond.»
Lui comme M. Filiatrault ne s'étonnent même pas de voir exploiter ce filon qui a toujours rapporté. D'autres ont souligné l'irresponsabilité de TVA, qui relaie de telles niaiseries.
«C'est une vaste infopub pour Paracontacts», dit le psychologue, en avertissant que Rencontres paranormales se positionne très bien pour recevoir le prix Fausses Sceptiques remis chaque année à la pire dérive obscurantiste. L'organisme offre aussi d'importants montants à quiconque pourra reproduire un phénomène paranormal en laboratoire. Bref, à l'émission C'est juste de la TV animée par André Robitaille, on enverrait celle-là au «réparateur» vite fait, bien fait, avec l'obligation d'en ressortir avec un minimum d'esprit critique.
Tutoyer les morts
La cause est donc entendue? Oui et non. D'abord, le combat contre l'infâme semble à recommencer éternellement. «Il faut y revenir sans cesse, dit encore M. Filiatrault. Il faut respecter les personnes et les témoignages. Mais il faut aussi rappeler qu'il n'y a pas de preuve scientifique et objective pour appuyer ces prétentions.»
La récurrence, la persistance et la mutation du genre deviennent alors intéressantes. Un cliché de ce monde de charlatans exige par exemple une apparence de scientificité. Les vendeurs d'élixir d'autrefois bonimentaient en invoquant de prétendues recherches savantes. Maintenant, l'équipe de Paracontacts (dont des sceptiques) daépose des bidules électroniques dans les pièces hantées et le boss lui-même mesure le champ électromagnétique à la décimale près. Puis après? Les chasseurs de fantômes refont même le coup de la bonne vieille photo spirite, avec un appareil numérique évidemment, pour être de son temps.
Certains détails amuseraient s'ils n'étaient pas simplement ridicules, voire grossiers. Passons sur le français bancal de M. Mainville. Le plus étrange est de l'entendre s'adresser aux esprits anglophones en français, y compris le fantôme de dame Elliott Torrance, épouse de sir Alexander, morte à Montréal en 1850. En plus, Roger les tutoie tous. Pas fin, fin...
Reste la question du pourquoi, de l'explication de la popularité des superstitions. La plus essentielle, finalement, une fois le malaise passé. M. Olry rappelle alors qu'une grande vague de spiritisme s'est emparée de l'Europe après la Première Guerre mondiale, les survivants cherchant ainsi à prendre contact avec les morts.
«Je n'ai pas l'impression d'une résurgence, dit-il. J'observe que de plus en plus de médias permettent de nourrir le monde de l'imagination avec ça. Les vampires sont très à la mode. Même en Europe, où on pense s'être débarrassé de la religion depuis plus longtemps, ce goût pour le magique et le paranormal persiste.»
Le spécialiste rappelle que douze millions d'Italiens consultent des cartomanciens chaque année. En estimation, il y a une vingtaine d'années, les Français auraient dépensé dix fois plus d'argent dans «les trucs de magie et de voyance» que le budget national de recherche scientifique.
«C'est toujours là. On ne semble pas capable d'évacuer cette croyance en un autre monde. Il y a une nécessité anthropologique et sociologique. En tout cas, depuis des millénaires, l'espèce humaine construit sa vie autour de la croyance en un autre monde. Ne serait-ce que pour cette raison, il faut bien s'y intéresser, même si ça n'existe pas.»
L'animatrice et productrice Chantal Lacroix a réussi à faire tourner et diffuser ces intrigantes rencontres à TVA. Deux émissions ont été proposées au cours des deux derniers jeudis. Il y en aura d'autres cet hiver. Le canevas est tout simple: le «médium» québécois Roger Mainville et son équipe de la firme Paracontacts organisent une séance de spiritisme dans un lieu réputé hanté.
Avant-hier, l'ouverture se faisait en compagnie du comédien-animateur André Robitaille dans un ancien manoir de Montréal transformé en discothèque. La séance a appelé à la table plusieurs esprits, dont celui des anciens proprios du XIXe siècle. Ils se sont déclarés choqués par les comportements cryptosexuels des nouveaux occupants. Le silence futur des morts a finalement été acheté par la promesse de jouer le requiem de Mozart en début de soirée olé olé. Montréal vaut bien une musique de messe...
Il y a toujours un truc
«C'est de la fumisterie», explique le psychologue François Filiatrault, membre des Sceptiques du Québec. Cet organisme démonte les farces et attrapes médiumniques comme le faisait le grand Oudini en son temps. «Ce n'est pas parce que tu n'as pas trouvé de truc qu'il n'y en a pas. Le magicien Luc Langevin montre des tours de magie pas mal plus extraordinaires, mais il n'a jamais dit qu'il n'y a pas de truc. Il y a toujours un truc...»
Un avertissement apparaît en début de diffusion des Rencontres paranormales: «À vous de vous faire une opinion.» O.K. C'est fait. «C'est nul, parce que ça n'existe pas, les fantômes», résume M. Filiatrault.
Le professeur Régis Olry, un médecin qui donne cet automne un cours sur les phénomènes paranormaux à l'Université du Québec à Trois-Rivières, ne tranche pas aussi sévèrement. Il n'en demeure pas moins dubitatif, à sa manière. «C'est le classique du spiritisme qui est montré là, avec les questionnements, la table, l'obscurité et tout, explique-t-il. Mais je ne juge pas, je n'approuve ni ne désapprouve. Quand André Robitaille dit qu'il n'a pas vu quelque chose actionner la table, je n'ai pas à remettre en doute sa croyance. Sauf que ça n'explique pas forcément l'hypothèse véhiculée dans la série. Dans ce domaine, il faut aussi distinguer l'observation de faits, leur validation et leur explication. Dans ce cas, on observe des faits, mais on ne les valide pas. On a l'impression de tourner en rond.»
Lui comme M. Filiatrault ne s'étonnent même pas de voir exploiter ce filon qui a toujours rapporté. D'autres ont souligné l'irresponsabilité de TVA, qui relaie de telles niaiseries.
«C'est une vaste infopub pour Paracontacts», dit le psychologue, en avertissant que Rencontres paranormales se positionne très bien pour recevoir le prix Fausses Sceptiques remis chaque année à la pire dérive obscurantiste. L'organisme offre aussi d'importants montants à quiconque pourra reproduire un phénomène paranormal en laboratoire. Bref, à l'émission C'est juste de la TV animée par André Robitaille, on enverrait celle-là au «réparateur» vite fait, bien fait, avec l'obligation d'en ressortir avec un minimum d'esprit critique.
Tutoyer les morts
La cause est donc entendue? Oui et non. D'abord, le combat contre l'infâme semble à recommencer éternellement. «Il faut y revenir sans cesse, dit encore M. Filiatrault. Il faut respecter les personnes et les témoignages. Mais il faut aussi rappeler qu'il n'y a pas de preuve scientifique et objective pour appuyer ces prétentions.»
La récurrence, la persistance et la mutation du genre deviennent alors intéressantes. Un cliché de ce monde de charlatans exige par exemple une apparence de scientificité. Les vendeurs d'élixir d'autrefois bonimentaient en invoquant de prétendues recherches savantes. Maintenant, l'équipe de Paracontacts (dont des sceptiques) daépose des bidules électroniques dans les pièces hantées et le boss lui-même mesure le champ électromagnétique à la décimale près. Puis après? Les chasseurs de fantômes refont même le coup de la bonne vieille photo spirite, avec un appareil numérique évidemment, pour être de son temps.
Certains détails amuseraient s'ils n'étaient pas simplement ridicules, voire grossiers. Passons sur le français bancal de M. Mainville. Le plus étrange est de l'entendre s'adresser aux esprits anglophones en français, y compris le fantôme de dame Elliott Torrance, épouse de sir Alexander, morte à Montréal en 1850. En plus, Roger les tutoie tous. Pas fin, fin...
Reste la question du pourquoi, de l'explication de la popularité des superstitions. La plus essentielle, finalement, une fois le malaise passé. M. Olry rappelle alors qu'une grande vague de spiritisme s'est emparée de l'Europe après la Première Guerre mondiale, les survivants cherchant ainsi à prendre contact avec les morts.
«Je n'ai pas l'impression d'une résurgence, dit-il. J'observe que de plus en plus de médias permettent de nourrir le monde de l'imagination avec ça. Les vampires sont très à la mode. Même en Europe, où on pense s'être débarrassé de la religion depuis plus longtemps, ce goût pour le magique et le paranormal persiste.»
Le spécialiste rappelle que douze millions d'Italiens consultent des cartomanciens chaque année. En estimation, il y a une vingtaine d'années, les Français auraient dépensé dix fois plus d'argent dans «les trucs de magie et de voyance» que le budget national de recherche scientifique.
«C'est toujours là. On ne semble pas capable d'évacuer cette croyance en un autre monde. Il y a une nécessité anthropologique et sociologique. En tout cas, depuis des millénaires, l'espèce humaine construit sa vie autour de la croyance en un autre monde. Ne serait-ce que pour cette raison, il faut bien s'y intéresser, même si ça n'existe pas.»
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