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Questions d'image - Mauvaises nouvelles

Jean-Jacques Stréliski   8 novembre 2010  Médias
Mon entourage, railleur à souhait, vous confirmerait que je suis un hyper-consommateur de nouvelles sous tous les supports, formes et plateformes possibles. Ce même entourage vous confesserait aussi qu'à l'occasion je me courrouce un tantinet devant les nouvelles à la télévision.

Je suis, il est vrai, un peu drogué à la chose journalistique.

Mais, que voulez-vous, tel Obélix dans la potion magique, je suis véritablement tombé dedans lorsque j'étais petit. Sans vouloir vous dévoiler ma vie personnelle — je tente simplement d'éclairer mon propos —, je suis né dans un journal. Bon d'accord, l'image est un peu forte, je le concède, car je suppose que vous êtes déjà en train de m'imaginer nouveau-né braillant, maculé d'encre fraîche, langé et roulé, tel un fish and chips, dans un Daily Mirror londonien, abandonné sur le parvis d'une église angevine en attente des bons offices d'une charitable dame patronnesse.

Non, la réalité est beaucoup plus simple. Mon journaliste de père fit jadis partie de l'équipe de direction d'un de ces nombreux quotidiens régionaux qui firent la gloire de la France journalistique d'après-guerre. J'ai donc eu le loisir, dès mon plus jeune âge, de découvrir et de côtoyer un monde à mes yeux fascinant: le monde de la presse. D'où un goût prononcé chez moi pour les choses de l'information. D'où un penchant marqué pour la critique de tout ce qui touche le domaine, évidemment.

Vous me pardonnerez ce long aparté personnel, mais bref, il est exact que je me fâche de plus en plus devant... le bulletin de nouvelles. Je m'en désintéresse assez pour le zapper au bout de dix minutes et retourner à mon ordinateur.

Je m'ennuie devant les nouvelles, je n'apprends plus rien. On ne m'informe plus, on ne m'éclaire plus (ça prend trop de temps, éclairer). Il existe pourtant une kyrielle d'excellents et d'excellentes journalistes pour cela. À la place, j'assiste, indolent, à un défilé de jeunes gens qui, visiblement «passionnés» par la minute trente de sujet à livrer, attendent fébrilement le temps fort de leur topo: leur sortie d'écran. Intense moment de célébrité où ils nous balancent théâtralement leur identité sur un ton de «Maman, t'as vu, je passe à la télé»: «Ici Julie Durand-Dupont à Saint-Glinglin-les-Deux-Cascades!»

Rajoutez un saucissonnage étourdissant d'innombrables pubs pour des hôtels de Québec, les autopromotions pour d'autres émissions d'information (frustrant!), l'indispensable météo de Vancouver et d'Inuvik, sans oublier le dernier résultat du Canadien. Et bonsoir, messieurs dames!

L'évidente vision marketing d'un produit d'information de ce type lui confère chaque soir davantage son aspect obsolète.

L'impression nette de tout ceci n'a plus rien à voir avec l'idée qu'on peut se faire d'un bon téléjournal, un moment jadis sacré. Il est 21 h ou 22 h, dans mon cas. Ma tête se vide d'une journée folle et je m'offre encore ce luxe d'une heure de télévision. Ma seule et unique heure de télé.

Je comprends bien qu'entre 18 h et mon JT, se sont succédé moult émissions d'actualité continue, d'analyses, d'enquêtes, de correspondances à l'étranger, de débats sur toutes sortes de tribunes, de documentaires, etc. Autant de produits qui viennent proprement cannibaliser le JT pour le réduire en un «digest» bien indigeste.

Mais alors à quoi sert désormais un téléjournal?

D'autant que, pour garder ou attirer des téléspectateurs, on donne volontiers dans la facilité, le voyeurisme et le sensationnel. Le fait divers a pris toute la place. On dirait — sans cynisme — qu'on a hâte de voir un prochain tremblement de terre ou un prochain sauvetage de mineurs, qui permettent, comme ce fut le cas dernièrement, de redonner de la pertinence à la télévision.

Même les télévisions publiques ou généralistes sont tombées dans ce piège, et parfois à leur corps défendant. Simplement parce qu'il faut «montrer» autre chose que le Web ne pourrait pas «montrer». Faire aussi vite que le Web, etc. Tout cela est simpliste. Rien ne peut plus rivaliser avec l'instantanéité et la diversité des sources de la toile. Et ce que recherche l'internaute, il le trouve spontanément, avec toute la profondeur voulue, selon ses attentes.

Dans ce fouillis inextricable, dans leurs formes de pseudo «shows d'infos», les journaux télévisés perdent toute crédibilité. Plus important, ils risquent du même coup d'y perdre et leur statut et leur raison d'être.

S'il vous plaît, je veux un autre téléjournal.

Ce que l'auditoire recherche, c'est du contenu et de la profondeur. Un angle différent, un point de vue. Et il y a encore un public pour cela. Comme il y a encore des lecteurs (et de plus en plus), Dieu merci, pour lire ce journal, format Web ou format papier.

Ou, qui comme moi, lisent les deux. Excusez-moi. Maudite potion!

Jean-Jacques Stréliski est professeur associé à HEC Montréal, spécialiste en stratégie d'images.
 
 
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  • Alain Brunet
    Abonné
    lundi 8 novembre 2010 06h34
    Trop cher pour ce qu'on endure
    Enfin! Il faut leur dire le plus souvent possible. Ce n'est plus tout a fait un journal mais plutôt un spectacle, la vérité n'est pas questionné...
    Merci
    A.B.

  • Fabien Nadeau
    Inscrit
    lundi 8 novembre 2010 07h35
    Que de mots!
    Je me désole, moi aussi, devant les gouttes sensationalistes d'information qui ne sont souvent qu'une promotion déguisée... Mais je ne voudrais pas de Monsieur Stréliski comme journaliste: quelle orgie de mots. Il ne devrait pas se présenter comme un spécialiste en stratégie d'image, mais comme un entonnoir de mots!

    Pour revenir au sujet, je pense qu'on a ajouté un quatrième "S" à l'information: sexe, scandale, sport, oui, mais aussi stimulation. Je déteste qu'on essaie de me faire partager des élans de révolte "Les trottoirs sont glissants, c'est-y effrayant!"...

    N'oublions pas que les émissions de nouvelles sont commanditées, et qu'on peut leur couper les vivres en zappant, tout simplement.

  • Lacaille
    Abonné
    lundi 8 novembre 2010 07h40
    Très mauvaises nouvelles
    Vous avez bien raison de vous plaindre du Téléjournal qui m'impose une heure ennuyeuse d'écoute (la seule, pour moi aussi)et avec de moins en moins de contenu. Tout sauf des nouvelles. J'envie et je regarde souvent les nouvelles françaises données dans un bulletin de 20 minutes sans publicité. Les hôtels Jaro, je m'en fiche. Je m'informe sur Al-Jazeera et la BBC et surtout sur des sites internet où l'analyse et la critique nous aident à nous faire une idée. Les médias électroniques cherchent à nous divertir, ce qui étymologiquement veut dire, nous faire sortir de notre chemin. Ils nous amènent dans le monde du spectacle, alors que la réalité nous échappe. Merci pour ce texte éclairant.

  • François Dugal
    Abonné
    lundi 8 novembre 2010 08h57
    J.J. a raison
    Le fait divers qui côtoie les horreurs de la guerre au même niveau, le TJ descend vers l'abime sans fond de l'insignifiance.
    Moi aussi, je rage dans cet océan de superficialité.
    Et que dire de la speakerine figée dans son fixatif capillaire!

  • Jacques Bouliane
    Abonné
    lundi 8 novembre 2010 13h19
    En plein dans le mille!
    Et, pourrait-on avoir, une fois par jour un téléjournal, simple, sans artifice, avec tout le monde assis, pour qu'on puisse discuter d'un sujet en profondeur, sans s'en tenir aux lieux communs, et sans servir de "teaser" (agace..) pour Enquète ou La Facture ?

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    lundi 8 novembre 2010 13h31
    Le problème de la télé
    Le problème avec la télé, c'est que nous y voyons que des gens en train de faire de la télé. Braquez vers moi deux caméras de télé, une dizaine de projecteurs, et demandez-moi de faire mon show en me laissant entendre que je dois battre la compétition en termes de cotes d'écoute, et je vous assure que je ferai, moi aussi, un show des plus coincé.

    Mais il y a un bon moment que j'ai arrêté de me plaindre de ce que l'on voit à la télé, parce que je ne la regarde plus depuis une quinzaine d'années.

  • Nicole Faucher
    Abonné
    lundi 8 novembre 2010 21h06
    Répétition à outrance
    Vous avez raison. On ne nous apprend plus rien ! Même les quelques émissions intéressantes sont entrecoupées d'une répétition des prochaines nouvelles ! Vite, une bonne émission pour discuter de ce sujet !!!

  • France Marcotte
    Abonnée
    lundi 8 novembre 2010 22h33
    Captifs
    Quand on ne s'informe que par le bulletin de nouvelles de la télé, ce qui a longtemps été la tradition pour plusieurs, on ne se rend pas compte de sa vacuité; c'est un spectacle qui se tient et on ne ressent pas de manque. Avec le recul que donne une source d'information plus complète et qui va au fond des choses, on réalise le danger de ne s'en remettre qu'aux informations télévisées, c'est carrément de la manipulation pour un public captif et pressé. Ce n'est pas qu'ennuyeux, c'est tordu et nocif. Je frémis à l'idée qu'on puisse s'en tenir au téléjournal pour être informé. Celui qui n'a pas le temps et ne se donne pas la peine est une proie.

  • Liliane
    Abonnée
    lundi 8 novembre 2010 23h11
    on nous prend pour des valises
    il y a quelques temps, quelqu'un débattait le fait que nous avions trop d'informations, depuis, il y en a davantage mais ça ne change rien... le lendemain, autant d'informations et rien ne reste dans l'esprit... on est en train de nous habituer à ne plus réfléchir... à oublier notre histoire et les capacités de juger...pas besoin... la télé fera des rétrospectives expéditives ... tout est mâché et superficiel... on ne donne à ce bon peuple que nous sommes l'occasion de penser à ce qu'on nous dit...
    la fatigue que j'éprouve est partagée et ça me fait du bien...
    Merci pour vos mots qui m'ont rejoints.
    Je lis le papier quotidien de ce journal, je lis des commentaires et je vois un TJ quelques fois par semaine. Sans enthousiasme. Contrariée souvent. je crois finalement que ces émissions ne sont pas faites pour nous...

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