Sun TV News - Teneycke part, la police entre en scène
Luc Lavoie.
Ottawa — Une importante secousse sismique a ébranlé la planète média lorsque Kory Teneycke, cet ancien porte-parole du premier ministre Stephen Harper qui voyait à la destinée du futur Sun TV News, a annoncé hier son départ de l'empire Quebecor. Cette démission, aussi fracassante qu'inattendue, survient alors que des allégations de comportement criminel fusent.
Kory Teneycke, un gourou des communications réputé pour son style abrasif et irrévérencieux, a reconnu qu'il était devenu pour Quebecor un paratonnerre s'attirant tellement de critiques qu'il mettait en danger la future chaîne d'information de l'empire, Sun TV News. Il tire donc sa révérence.
«Il est devenu de plus en plus clair que mon engagement dans le projet ne contribuerait qu'à enflammer davantage le débat et à envoyer une fausse image de ce que Sun TV News aspire à être. En outre, cela pourrait nuire considérablement à la perception du public vis-à-vis du réseau et même mettre en péril notre demande de licence», a-t-il dit lors d'une conférence de presse tenue à Ottawa, où il est basé. «J'espère que mon départ permettra de remettre les compteurs à zéro, d'abaisser la température et de tenir un débat plus rationnel sur l'octroi d'une licence à Sun TV News, un débat qui ne soit pas obscurci par les considérations politiques et les controverses.»
La chaîne Sun TV s'est fait refuser cet été, par le CRTC, la licence qu'elle convoitait et qui lui aurait garanti une distribution obligatoire à tous les abonnés du câble. Des rumeurs voulaient que le gouvernement nomme Luc Lavoie, de Quebecor, au CRTC. M. Lavoie, ancien porte-parole de Brian Mulroney, remplacera plutôt Kory Teneycke.
Allégations criminelles
Ce départ survient dans un contexte d'allégations criminelles. Le groupe américain Avaaz a déposé mardi une demande d'enquête à la police d'Ottawa et à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Ce groupe de gauche, qui a lancé une pétition en ligne pour dénoncer la création de la chaîne de Quebecor, prétend qu'elle a été trafiquée.
En effet, le 2 septembre dernier en soirée, des journalistes en règle basés à Ottawa, notamment Paul Wells, de Maclean's, et Kady O'Maley, de CBC, reçoivent des courriels confirmant leur inscription à la pétition alors qu'ils ne l'ont jamais signée. Le lendemain matin, dans les journaux de la chaîne Sun, Kory Teneycke signe une lettre ouverte soutenant que la pétition n'a aucune valeur puisque des noms fictifs y figurent. Il en cite plusieurs, dont celui de Snuffaluffagus, un personnage de Sesame Street.
Mais voilà: la liste des signataires n'est pas publique, note Kady O'Maley dans son blogue. La journaliste se demande comment M. Teneycke a pu y avoir accès et traquer les farceurs. M. Teneycke admet alors qu'il dispose d'une «source» qui s'est amusée à ajouter des noms fictifs pour tester la fiabilité de la pétition. Le groupe Avaaz entreprend des vérifications et constate que tous les faux signataires, autant Snuffaluffagus que les journalistes connus, ont été ajoutés à partir de la même adresse IP localisée à Ottawa et utilisant le fournisseur Rogers.
Le départ de M. Teneycke est-il relié à cette demande d'enquête policière? Chez Quebecor, on se refuse à tout commentaire. «Ni Quebecor ni ses filiales ne font l'objet de quelque poursuite que ce soit de la part d'Avaaz. Il s'agit encore une fois d'une rumeur non fondée, a fait savoir le porte-parole, Serge Sasseville. Je vous réitère que nous ne ferons aucun commentaire sur le départ de M. Teneycke.»
Dans un courriel, M. Teneycke a écrit au Devoir: «Je n'ai jamais inscrit le nom de qui que ce soit sur la pétition d'Avaaz.»
Chez Avaaz, on estime quand même que cette démission, au lendemain du dépôt de la requête à la police, relève de la «coïncidence suspecte». La veille encore, un communiqué de presse de Quebecor annonçait la présence de Kory Teneycke le lendemain à Winnipeg, avec le maire, pour une annonce importante. Il est plutôt resté à Ottawa pour livrer sa déclaration de cinq minutes. Il n'a répondu à aucune question.
Avaaz demande que la police force Rogers à dévoiler l'identité de l'utilisateur de l'adresse IP fautive le 2 septembre, entre 11 heures et 19 heures. Avaaz estime qu'il y a eu vol d'identité. La police d'Ottawa a confirmé la réception de la demande et étudie s'il y a matière à enquête.
Avaaz qualifie de «victoire» le départ de M. Teneycke. «La démission de l'ancien spin doctor du premier ministre à la tête d'une des entreprises médiatiques les plus puissantes du Canada constitue une victoire dans cette guerre contre l'établissement de médias politiquement teintés au Canada», écrit le directeur exécutif d'Avaaz, Ricken Patel. «La démocratie américaine a été empoisonnée par ces médias politiquement teintés et leur propagande biaisée. Tout cet épisode démontre que les Canadiens n'en veulent pas.»
La pétition d'Avaaz s'opposant à la création de Sun TV a été signée jusqu'à présent par plus de 80 000 personnes. Elle a permis à l'organisme de recueillir plus de 110 000 $ en vue d'une poursuite judiciaire. Quebecor l'a menacé d'une poursuite si la pétition n'était pas retirée.
Mea culpa
L'arrivée de M. Teneycke à Quebecor, quelques mois après qu'il eut quitté l'entourage de Stephen Harper, avait été controversée. Il ne se gênait pas pour en remettre une couche, parlant de Sun TV comme d'un réseau qui serait conservateur et différent de ses concurrents «complaisants». «J'ai contribué moi-même à la dégradation de ce débat», a-t-il d'ailleurs reconnu hier.
Le vice-président au développement de Quebecor Média était aussi le patron de l'équipe de journalistes politiques basés à Ottawa (Sun, Le Journal de Québec, QMI, TVA). À son arrivée, trois correspondants parlementaires aguerris s'étaient fait montrer la porte. Là encore, M. Teneycke reconnaît qu'un passage si rapide du politique au médiatique n'était peut-être pas une bonne idée. «Un tel passage rapide du monde politique à la direction d'un bureau dont le mandat est de couvrir ce même gouvernement pour lequel vous avez travaillé créait une perception évidente et a rendu inconfortables bien des gens dans le milieu des médias.»
M. Teneycke n'en pense pas moins que plusieurs faussetés ont été véhiculées à propos de Sun TV, notamment que le travail journalistique y serait détourné à des fins partisanes. Par communiqué de presse, le président de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, a remercié son ancien bras droit «pour l'excellent travail qu'il a effectué pour notre entreprise et nous lui souhaitons la meilleure des chances dans ses projets futurs».
Kory Teneycke, un gourou des communications réputé pour son style abrasif et irrévérencieux, a reconnu qu'il était devenu pour Quebecor un paratonnerre s'attirant tellement de critiques qu'il mettait en danger la future chaîne d'information de l'empire, Sun TV News. Il tire donc sa révérence.
«Il est devenu de plus en plus clair que mon engagement dans le projet ne contribuerait qu'à enflammer davantage le débat et à envoyer une fausse image de ce que Sun TV News aspire à être. En outre, cela pourrait nuire considérablement à la perception du public vis-à-vis du réseau et même mettre en péril notre demande de licence», a-t-il dit lors d'une conférence de presse tenue à Ottawa, où il est basé. «J'espère que mon départ permettra de remettre les compteurs à zéro, d'abaisser la température et de tenir un débat plus rationnel sur l'octroi d'une licence à Sun TV News, un débat qui ne soit pas obscurci par les considérations politiques et les controverses.»
La chaîne Sun TV s'est fait refuser cet été, par le CRTC, la licence qu'elle convoitait et qui lui aurait garanti une distribution obligatoire à tous les abonnés du câble. Des rumeurs voulaient que le gouvernement nomme Luc Lavoie, de Quebecor, au CRTC. M. Lavoie, ancien porte-parole de Brian Mulroney, remplacera plutôt Kory Teneycke.
Allégations criminelles
Ce départ survient dans un contexte d'allégations criminelles. Le groupe américain Avaaz a déposé mardi une demande d'enquête à la police d'Ottawa et à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Ce groupe de gauche, qui a lancé une pétition en ligne pour dénoncer la création de la chaîne de Quebecor, prétend qu'elle a été trafiquée.
En effet, le 2 septembre dernier en soirée, des journalistes en règle basés à Ottawa, notamment Paul Wells, de Maclean's, et Kady O'Maley, de CBC, reçoivent des courriels confirmant leur inscription à la pétition alors qu'ils ne l'ont jamais signée. Le lendemain matin, dans les journaux de la chaîne Sun, Kory Teneycke signe une lettre ouverte soutenant que la pétition n'a aucune valeur puisque des noms fictifs y figurent. Il en cite plusieurs, dont celui de Snuffaluffagus, un personnage de Sesame Street.
Mais voilà: la liste des signataires n'est pas publique, note Kady O'Maley dans son blogue. La journaliste se demande comment M. Teneycke a pu y avoir accès et traquer les farceurs. M. Teneycke admet alors qu'il dispose d'une «source» qui s'est amusée à ajouter des noms fictifs pour tester la fiabilité de la pétition. Le groupe Avaaz entreprend des vérifications et constate que tous les faux signataires, autant Snuffaluffagus que les journalistes connus, ont été ajoutés à partir de la même adresse IP localisée à Ottawa et utilisant le fournisseur Rogers.
Le départ de M. Teneycke est-il relié à cette demande d'enquête policière? Chez Quebecor, on se refuse à tout commentaire. «Ni Quebecor ni ses filiales ne font l'objet de quelque poursuite que ce soit de la part d'Avaaz. Il s'agit encore une fois d'une rumeur non fondée, a fait savoir le porte-parole, Serge Sasseville. Je vous réitère que nous ne ferons aucun commentaire sur le départ de M. Teneycke.»
Dans un courriel, M. Teneycke a écrit au Devoir: «Je n'ai jamais inscrit le nom de qui que ce soit sur la pétition d'Avaaz.»
Chez Avaaz, on estime quand même que cette démission, au lendemain du dépôt de la requête à la police, relève de la «coïncidence suspecte». La veille encore, un communiqué de presse de Quebecor annonçait la présence de Kory Teneycke le lendemain à Winnipeg, avec le maire, pour une annonce importante. Il est plutôt resté à Ottawa pour livrer sa déclaration de cinq minutes. Il n'a répondu à aucune question.
Avaaz demande que la police force Rogers à dévoiler l'identité de l'utilisateur de l'adresse IP fautive le 2 septembre, entre 11 heures et 19 heures. Avaaz estime qu'il y a eu vol d'identité. La police d'Ottawa a confirmé la réception de la demande et étudie s'il y a matière à enquête.
Avaaz qualifie de «victoire» le départ de M. Teneycke. «La démission de l'ancien spin doctor du premier ministre à la tête d'une des entreprises médiatiques les plus puissantes du Canada constitue une victoire dans cette guerre contre l'établissement de médias politiquement teintés au Canada», écrit le directeur exécutif d'Avaaz, Ricken Patel. «La démocratie américaine a été empoisonnée par ces médias politiquement teintés et leur propagande biaisée. Tout cet épisode démontre que les Canadiens n'en veulent pas.»
La pétition d'Avaaz s'opposant à la création de Sun TV a été signée jusqu'à présent par plus de 80 000 personnes. Elle a permis à l'organisme de recueillir plus de 110 000 $ en vue d'une poursuite judiciaire. Quebecor l'a menacé d'une poursuite si la pétition n'était pas retirée.
Mea culpa
L'arrivée de M. Teneycke à Quebecor, quelques mois après qu'il eut quitté l'entourage de Stephen Harper, avait été controversée. Il ne se gênait pas pour en remettre une couche, parlant de Sun TV comme d'un réseau qui serait conservateur et différent de ses concurrents «complaisants». «J'ai contribué moi-même à la dégradation de ce débat», a-t-il d'ailleurs reconnu hier.
Le vice-président au développement de Quebecor Média était aussi le patron de l'équipe de journalistes politiques basés à Ottawa (Sun, Le Journal de Québec, QMI, TVA). À son arrivée, trois correspondants parlementaires aguerris s'étaient fait montrer la porte. Là encore, M. Teneycke reconnaît qu'un passage si rapide du politique au médiatique n'était peut-être pas une bonne idée. «Un tel passage rapide du monde politique à la direction d'un bureau dont le mandat est de couvrir ce même gouvernement pour lequel vous avez travaillé créait une perception évidente et a rendu inconfortables bien des gens dans le milieu des médias.»
M. Teneycke n'en pense pas moins que plusieurs faussetés ont été véhiculées à propos de Sun TV, notamment que le travail journalistique y serait détourné à des fins partisanes. Par communiqué de presse, le président de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, a remercié son ancien bras droit «pour l'excellent travail qu'il a effectué pour notre entreprise et nous lui souhaitons la meilleure des chances dans ses projets futurs».
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