Congrès 2010 des sciences humaines - L'internaute américain moyen s'informe en... 3 minutes, 6 secondes
Photo : Agence France-Presse Justin Sullivan
92 % de la population américaine sondée par le Pew s’abreuvent à de multiples plateformes et à peine 17 % du lot lisent un journal sur une base quotidienne.
En moyenne, l'internaute américain, tous âges et toutes conditions confondus, consacre trois minutes et six secondes à une séance de consommation d'informations dématérialisées. On répète: trois minutes et six secondes, alors que le temps de lecture moyen d'un bon vieux journal papier mesuré en 2008 était d'environ une demi-heure les jours de semaine et d'un peu plus de cinquante minutes le week-end.
Les temps changent, le monde bascule et le Centre de recherche Pew suit les révolutions à la trace. Amy Mitchell, directrice du projet de recherche pour l'excellence en journalisme de la fondation basée à Washington, a révélé cette donnée sur la vitesse de consommation de l'info hier, dans sa présentation au Congrès 2010 des sciences humaines à l'Université Concordia. La discussion, sur le thème de «L'avenir de l'information et du journalisme à l'ère d'Internet et de la mobilité», soulignait le centenaire du Devoir.
«Si les internautes restent trois minutes sur un site, ça devient évidemment plus difficile de capter leur attention, de leur faire lire un long reportage, a commenté Mme Mitchell, en ajoutant qu'à peine le tiers de la population consulte plusieurs sites d'information quotidiennement. Cette habitude aura un impact énorme sur la façon de présenter l'information, de l'écrire, de la morceler même, pour capter l'intérêt, encourager les clics.»
Les manchettes
Les données de la recherche sur les tendances de consommation de l'information aux États-Unis révèlent aussi que le temps de fréquentation n'augmente pas pour les sites spécialisés, en santé ou en relations internationales par exemple. Là encore, les gens lisent les manchettes et ne cliquent à peu près pas sur les hyperliens. «Les sites fortement teintés politiquement sont les seuls où les gens s'attardent davantage et même longtemps, a encore expliqué la directrice. Les internautes y vont plusieurs fois par jour et y restent trois fois plus longtemps.»
Le cofondateur et rédacteur en chef du nouveau média français Rue89, Pascal Riché, a confirmé le portrait de l'accélération: son site est consulté pendant environ quatre minutes en moyenne. On ne voit pas pourquoi ce serait très différent au Québec avec Cyberpresse ou ledevoir.com. «Seulement, sur le iPhone, le soir, vers 23h, la moyenne de consultation passe à 20 minutes», a noté M. Riché.
Mme Mitchell a alors suggéré de distinguer les médias plus sérieux, auxquels on prend le temps de s'abonner pour son iPhone ou son iPad, des autres sources vite consommées.
C'est que l'idée d'une monosource d'information est morte. En fait, 92 % de la population américaine sondée par le Pew s'abreuvent à de multiples plateformes et à peine 17 % du lot lisent un journal sur une base quotidienne.
«Les gens distinguent bien la valeur des différentes sources, ajoute Mme Mitchell. Ils savent ce que la télé peut leur donner et où trouver de l'info internationale sur le Net.»
Par contre, le tiers d'entre eux seulement ont un site préféré et 57 %, de deux à cinq sources. Seulement 3 % de la population en consulte dix ou plus. Et à peu près personne ne souhaite payer pour quoi que ce soit du genre...
Le Devoir fait exception en réussissant à vendre son contenu Internet. Michel Venne, fondateur de l'Institut du Nouveau Monde et animateur de la rencontre, a demandé au directeur de l'information de ce journal centenaire ce qui changeait pour le journalisme produit pour de multiples plateformes.
«Ça change la vitesse de réaction, a répondu Roland-Yves Carignan. On doit lancer l'info brute sur le Net, la vérifier le plus rapidement possible et la corriger ensuite, y compris pour la version papier. Ça change aussi la perspective: il vaut mieux préparer la couverture, pour préempter l'information plus vite qu'avant, afin d'offrir de la profondeur à la couverture instantanée.»
Et tout ça pour trois minutes six secondes de consultation, évidemment...
Les temps changent, le monde bascule et le Centre de recherche Pew suit les révolutions à la trace. Amy Mitchell, directrice du projet de recherche pour l'excellence en journalisme de la fondation basée à Washington, a révélé cette donnée sur la vitesse de consommation de l'info hier, dans sa présentation au Congrès 2010 des sciences humaines à l'Université Concordia. La discussion, sur le thème de «L'avenir de l'information et du journalisme à l'ère d'Internet et de la mobilité», soulignait le centenaire du Devoir.
«Si les internautes restent trois minutes sur un site, ça devient évidemment plus difficile de capter leur attention, de leur faire lire un long reportage, a commenté Mme Mitchell, en ajoutant qu'à peine le tiers de la population consulte plusieurs sites d'information quotidiennement. Cette habitude aura un impact énorme sur la façon de présenter l'information, de l'écrire, de la morceler même, pour capter l'intérêt, encourager les clics.»
Les manchettes
Les données de la recherche sur les tendances de consommation de l'information aux États-Unis révèlent aussi que le temps de fréquentation n'augmente pas pour les sites spécialisés, en santé ou en relations internationales par exemple. Là encore, les gens lisent les manchettes et ne cliquent à peu près pas sur les hyperliens. «Les sites fortement teintés politiquement sont les seuls où les gens s'attardent davantage et même longtemps, a encore expliqué la directrice. Les internautes y vont plusieurs fois par jour et y restent trois fois plus longtemps.»
Le cofondateur et rédacteur en chef du nouveau média français Rue89, Pascal Riché, a confirmé le portrait de l'accélération: son site est consulté pendant environ quatre minutes en moyenne. On ne voit pas pourquoi ce serait très différent au Québec avec Cyberpresse ou ledevoir.com. «Seulement, sur le iPhone, le soir, vers 23h, la moyenne de consultation passe à 20 minutes», a noté M. Riché.
Mme Mitchell a alors suggéré de distinguer les médias plus sérieux, auxquels on prend le temps de s'abonner pour son iPhone ou son iPad, des autres sources vite consommées.
C'est que l'idée d'une monosource d'information est morte. En fait, 92 % de la population américaine sondée par le Pew s'abreuvent à de multiples plateformes et à peine 17 % du lot lisent un journal sur une base quotidienne.
«Les gens distinguent bien la valeur des différentes sources, ajoute Mme Mitchell. Ils savent ce que la télé peut leur donner et où trouver de l'info internationale sur le Net.»
Par contre, le tiers d'entre eux seulement ont un site préféré et 57 %, de deux à cinq sources. Seulement 3 % de la population en consulte dix ou plus. Et à peu près personne ne souhaite payer pour quoi que ce soit du genre...
Le Devoir fait exception en réussissant à vendre son contenu Internet. Michel Venne, fondateur de l'Institut du Nouveau Monde et animateur de la rencontre, a demandé au directeur de l'information de ce journal centenaire ce qui changeait pour le journalisme produit pour de multiples plateformes.
«Ça change la vitesse de réaction, a répondu Roland-Yves Carignan. On doit lancer l'info brute sur le Net, la vérifier le plus rapidement possible et la corriger ensuite, y compris pour la version papier. Ça change aussi la perspective: il vaut mieux préparer la couverture, pour préempter l'information plus vite qu'avant, afin d'offrir de la profondeur à la couverture instantanée.»
Et tout ça pour trois minutes six secondes de consultation, évidemment...
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