Médias - Ici Radio-Gesca (encore !)
Les employés de Radio-Canada se plaignent de la convergence
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
René Homier-Roy, animateur de l’émission C’est bien meilleur le matin
Certains vendredis, en deux cases horaires de la Première Chaîne de Radio-Canada (RC), en moins de quatre heures, on peut entendre au moins cinq journalistes de La Presse, une propriété du Groupe Gesca. On répète: cinq, soit plus d'un à l'heure. L'émission C'est bien meilleur le matin reçoit une éditorialiste (Michèle Boisvert, présente chaque jour à 7h25) et une chroniqueuse de la scène municipale (Nathalie Collard). Ensuite, Christiane Charette enchaîne avec une chroniqueuse culturelle (Nathalie Petrowski) et deux critiques de cinéma («les deux Marc», Cassivi et Lussier).
Ce qui fait déjà beaucoup. Certains vendredis en rajoutent. Parfois, René Homier-Roy appelle François Gagnon, de la section des sports du quotidien. Parfois, Mme Charette reçoit un journaliste de la salle, Michèle Ouimet revenant d'Afghanistan, par exemple.
Ce qui fait trop, selon la chroniqueuse Sophie Durocher, qui a écrit dans 24 heures que la société d'État devient Radio-Gesca. Évidemment, son jupon dépasse. Mme Durocher est employée par Quebecor, le grand rival médiatique de RC. Comme son mari, l'omnicommentateur Richard Martineau, elle s'active sur plusieurs tribunes de l'empire, convergeant à qui mieux mieux, concentrant au pur sucre le concept d'idéologue organique.
Reste que l'accusation de convergence a porté et fait jaser. Les deux directions concernées l'ont balayée cette semaine (voir Le Devoir du mardi
11 mai): celle de Gesca en expliquant que le rayonnement découle de l'excellence de ses employés; celle de Radio-Canada en disant que sa programmation fait de la place à de multiples voix, dont celles de Gesca et du Devoir (y compris avec l'auteur de ses lignes), et que, de toute manière, les auditeurs ne se soucient pas de cette question.
800 cas en une année...
Les employés de la boîte, eux, s'y intéressent de près. Radio-Canada/CBC subit des compressions importantes depuis des années. Des centaines de salariés ont été remerciés l'an dernier, dont plusieurs dizaines de journalistes. Le syndicat les représentant s'inquiète donc de voir tant de collaborateurs externes payés par la maison en difficulté financière. D'autant plus que le problème ne se limite pas à Montréal. Des liens jugés «étrangement privilégiés» rapprochent aussi l'antenne de Québec de Radio-Canada et Le Soleil, un autre quotidien du Groupe Gesca.
«Ça se pourrait que ça vole des jobs, commente Alex Levasseur, président du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC-CSN). Quand une éditorialiste de La Presse fait une chronique de trois minutes à l'émission de René Homier-Roy, on peut se dire qu'évidemment on n'embaucherait pas quelqu'un à temps plein pour faire ça. Par contre, on peut bien dire que nous avons du monde à l'interne pour faire ça. Gérald Fillion n'est pas le seul journaliste de Radio-Canada capable de parler d'économie de façon intelligente. Là, on préfère aller dans le privé. Ça commence à être un peu exagéré et ça ressemble à de la connivence.»
Dans ce cas précis, le fait que la collaboratrice en question se contente souvent de citer un extrait de son propre journal ne fait que troubler davantage les eaux boueuses. En somme, fait remarquer une employée contractuelle de la radio d'État, «Radio-Canada paye une éditorialiste de La Presse pour faire la promotion de son journal en ondes». On repassera pour l'objectivité externe. Ou la logique commerciale. Ou le gros bon sens...
«Pourrait-on imaginer l'inverse? demande la recherchiste de la SRC, qui désire taire son identité. Pourrait-on imaginer que chaque jour La Presse publie une chronique de Gérald Fillion vantant un reportage de Radio-Canada? On dépasse les limites du bon sens avec certaines collaborations et les employés de La Presse qui viennent de renégocier durement leur propre convention devraient comprendre ça.»
Des centaines de collaborateurs
La nouvelle convention collective du SCRC spécifie que le syndicat représente toutes les personnes présentes en ondes comme celles préparant les émissions, même les contractuelles. Or, en 2007-2008, le Syndicat a repéré 800 collaborations lui échappant.
«À Montréal, on nous a écartés [de beaucoup d'embauches], explique le président Levasseur, lui-même reporter télé à Québec. Nous avons réussi à régler le problème dans les régions où tout le monde en ondes a un contrat. On trouve ça particulièrement inquiétant de voir le nombre de prestations que d'autres journalistes d'autres médias viennent faire dans notre média, à la télé ou à la radio, sans respecter notre convention collective.»
La dernière, adoptée en décembre 2009, dit noir sur blanc: «La Société Radio-Canada s'engage à utiliser en priorité ses employés permanents pour présenter, expliquer et mettre en perspective l'actualité.» L'annexe Q ajoute cependant que «les parties reconnaissent qu'elles n'ont pas réussi à s'entendre sur le statut et le titre d'emploi des "collaborateurs-invités" embauchés de façon régulière et que la présente entente ne règle pas leur cas...»
Le président Levasseur se questionne en plus sur le rôle que joueraient ces collaborateurs en cas de conflit de travail. Son organisme a déposé des plaintes devant le Conseil canadien des relations industrielles au sujet de cas précis, ceux des trois collaborateurs à l'émission Le Club des ex et ceux des médecins de RDI santé.
«Nous avons déposé des griefs, rencontré la direction à maintes reprises, tenté une médiation pour régler le problème, dit-il finalement. La direction propose de verser des cotisations syndicales pour régler le problème. Ça ne règle pas le problème de fond des collaborations, tellement nombreuses qu'elles laissent croire à des ententes secrètes...»
Ce qui fait déjà beaucoup. Certains vendredis en rajoutent. Parfois, René Homier-Roy appelle François Gagnon, de la section des sports du quotidien. Parfois, Mme Charette reçoit un journaliste de la salle, Michèle Ouimet revenant d'Afghanistan, par exemple.
Ce qui fait trop, selon la chroniqueuse Sophie Durocher, qui a écrit dans 24 heures que la société d'État devient Radio-Gesca. Évidemment, son jupon dépasse. Mme Durocher est employée par Quebecor, le grand rival médiatique de RC. Comme son mari, l'omnicommentateur Richard Martineau, elle s'active sur plusieurs tribunes de l'empire, convergeant à qui mieux mieux, concentrant au pur sucre le concept d'idéologue organique.
Reste que l'accusation de convergence a porté et fait jaser. Les deux directions concernées l'ont balayée cette semaine (voir Le Devoir du mardi
11 mai): celle de Gesca en expliquant que le rayonnement découle de l'excellence de ses employés; celle de Radio-Canada en disant que sa programmation fait de la place à de multiples voix, dont celles de Gesca et du Devoir (y compris avec l'auteur de ses lignes), et que, de toute manière, les auditeurs ne se soucient pas de cette question.
800 cas en une année...
Les employés de la boîte, eux, s'y intéressent de près. Radio-Canada/CBC subit des compressions importantes depuis des années. Des centaines de salariés ont été remerciés l'an dernier, dont plusieurs dizaines de journalistes. Le syndicat les représentant s'inquiète donc de voir tant de collaborateurs externes payés par la maison en difficulté financière. D'autant plus que le problème ne se limite pas à Montréal. Des liens jugés «étrangement privilégiés» rapprochent aussi l'antenne de Québec de Radio-Canada et Le Soleil, un autre quotidien du Groupe Gesca.
«Ça se pourrait que ça vole des jobs, commente Alex Levasseur, président du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC-CSN). Quand une éditorialiste de La Presse fait une chronique de trois minutes à l'émission de René Homier-Roy, on peut se dire qu'évidemment on n'embaucherait pas quelqu'un à temps plein pour faire ça. Par contre, on peut bien dire que nous avons du monde à l'interne pour faire ça. Gérald Fillion n'est pas le seul journaliste de Radio-Canada capable de parler d'économie de façon intelligente. Là, on préfère aller dans le privé. Ça commence à être un peu exagéré et ça ressemble à de la connivence.»
Dans ce cas précis, le fait que la collaboratrice en question se contente souvent de citer un extrait de son propre journal ne fait que troubler davantage les eaux boueuses. En somme, fait remarquer une employée contractuelle de la radio d'État, «Radio-Canada paye une éditorialiste de La Presse pour faire la promotion de son journal en ondes». On repassera pour l'objectivité externe. Ou la logique commerciale. Ou le gros bon sens...
«Pourrait-on imaginer l'inverse? demande la recherchiste de la SRC, qui désire taire son identité. Pourrait-on imaginer que chaque jour La Presse publie une chronique de Gérald Fillion vantant un reportage de Radio-Canada? On dépasse les limites du bon sens avec certaines collaborations et les employés de La Presse qui viennent de renégocier durement leur propre convention devraient comprendre ça.»
Des centaines de collaborateurs
La nouvelle convention collective du SCRC spécifie que le syndicat représente toutes les personnes présentes en ondes comme celles préparant les émissions, même les contractuelles. Or, en 2007-2008, le Syndicat a repéré 800 collaborations lui échappant.
«À Montréal, on nous a écartés [de beaucoup d'embauches], explique le président Levasseur, lui-même reporter télé à Québec. Nous avons réussi à régler le problème dans les régions où tout le monde en ondes a un contrat. On trouve ça particulièrement inquiétant de voir le nombre de prestations que d'autres journalistes d'autres médias viennent faire dans notre média, à la télé ou à la radio, sans respecter notre convention collective.»
La dernière, adoptée en décembre 2009, dit noir sur blanc: «La Société Radio-Canada s'engage à utiliser en priorité ses employés permanents pour présenter, expliquer et mettre en perspective l'actualité.» L'annexe Q ajoute cependant que «les parties reconnaissent qu'elles n'ont pas réussi à s'entendre sur le statut et le titre d'emploi des "collaborateurs-invités" embauchés de façon régulière et que la présente entente ne règle pas leur cas...»
Le président Levasseur se questionne en plus sur le rôle que joueraient ces collaborateurs en cas de conflit de travail. Son organisme a déposé des plaintes devant le Conseil canadien des relations industrielles au sujet de cas précis, ceux des trois collaborateurs à l'émission Le Club des ex et ceux des médecins de RDI santé.
«Nous avons déposé des griefs, rencontré la direction à maintes reprises, tenté une médiation pour régler le problème, dit-il finalement. La direction propose de verser des cotisations syndicales pour régler le problème. Ça ne règle pas le problème de fond des collaborations, tellement nombreuses qu'elles laissent croire à des ententes secrètes...»
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