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Médias - Enquêtes en tous genres

Paul Cauchon   10 mai 2010  Médias
Est-ce que le journalisme d'enquête est la véritable planche de salut des médias en crise? L'idée circule de plus en plus, alors que se tenait à la fin avril, à Genève, une grande conférence sur le journalisme d'investigation.

Des centaines de journalistes provenant de plusieurs pays ont discuté pendant quelques jours de sujets «brûlants», échangeant des trucs de métier. Comment contourner les censures gouvernementales, par exemple (j'ignore si le contrôle de l'information exercé par le gouvernement Harper faisait partie des débats...), comment enquêter auprès de la mafia, comment percer les secrets du Vatican (eh oui!), comment venir en aide aux médias africains qui manquent de moyens pour réaliser de grandes enquêtes...

Roberto Saviano, auteur de la grande enquête sur la mafia napolitaine avec Gomorra, était une des stars invitées. Seymour Hersh, vedette du New Yorker dont les enquêtes retentissantes ne se comptent plus (de la révélation du massacre de My Lai au Vietnam en 1969 à ses articles de 2004 sur la prison d'Abou Ghraïb) est venu expliquer que, pour contourner les tentatives de lui faire révéler ses sources, il organise toujours ses réunions par téléphone, ne conserve aucun nom sur ses ordinateurs et possède un bureau secret à l'extérieur du New Yorker...

Le journalisme d'enquête est une sorte de fantasme perpétuel dans la profession, et particulièrement chez les jeunes journalistes. Trente ans plus tard, il n'est pas inutile de revoir le film All The President's Men pour analyser la façon de travailler des deux journalistes du Washington Post qui avaient dévoilé le scandale du Watergate: passer un temps fou à battre le pavé, multiplier les rencontres inutiles, se faire raccrocher la ligne au nez des centaines de fois, rencontrer des dizaines de témoins pour tenter désespérément de les faire parler, passer des journées entières à la bibliothèque pour recouper des données (aujourd'hui, ce serait des journées sur Internet), le tout pendant non pas deux semaines, mais bien pendant deux ou trois ans! Tout cela avec l'appui d'une source secrète, mais surtout avec l'appui d'un éditeur qui a fait preuve d'une patience exceptionnelle.

Mais le principal sujet de cette conférence était bien celui-ci: à l'heure de la crise perpétuelle dans les médias, comment financer de telles enquêtes?

Question simple, réponses multiples et complexes.

Pour plusieurs observateurs, le journalisme d'investigation devrait avoir un brillant avenir. Pourquoi? Parce que plus personne ne veut payer pour des informations que l'on trouve gratuitement partout sur Internet. Mais on serait prêt à payer pour les médias qui offrent une véritable plus-value.

La qualité de l'information est également un des principaux sujets du Groupe de travail sur le journalisme dirigé par Dominique Payette au Québec cette année, à la demande du ministère de la Culture et des Communications. À une époque où l'information consiste, dans plusieurs sites Internet, à dresser la liste des vedettes les plus sexy et à livrer des conseils de jardinage, il y a lieu de se demander, en effet, comment revaloriser le travail journalistique plus «costaud» et plus dérangeant.

Les médias peuvent trouver leur profit à faire des enquêtes en profondeur, ne serait-ce que pour la renommée et le prestige, mais ce sont également des entreprises commerciales, toujours tentées de diminuer leurs ressources en période difficile.

Dans certains pays, mais particulièrement aux États-Unis, se développe actuellement le modèle du journalisme à but non lucratif financé par des fondations. Le modèle qui fait rêver est celui de ProPublica, cette salle de nouvelles indépendante sur le Web qui se consacre uniquement au journalisme d'enquête, créée par un ancien du Wall Street Journal, qui regroupe plus de 30 journalistes, et qui met son travail à la disposition des organismes de presse traditionnels.

ProPublica, comme d'autres groupes similaires, est financé par des fondations. Au Québec et au Canada, on a de la difficulté à imaginer que de grands philanthropes puissent faire preuve d'une telle générosité envers le journalisme, au même titre que certains d'entre eux soutiennent des organismes en santé, en science ou en culture. Mais on peut bien rêver...

Une autre possibilité consiste à regrouper les forces de quelques médias différents pour mener de grandes enquêtes. Chez nous, il s'agit là d'un véritable défi lancé à des entreprises habituellement en farouche concurrence. Sans parler des différences idéologiques entre les médias. On pourrait donc croire qu'il s'agit d'une mission impossible. Mais sur le terrain, d'un point de vue individuel, certains journalistes de médias habituellement concurrents échangent parfois des informations, et coordonnent leurs efforts pour «sortir» un scandale. Une voie à explorer?

****

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 10 mai 2010 07h20
    Le vrai problème: l'autocensure

    Le vrai scandale l'information au Québec, la véritable honte, c'est l'autocensure.

    Depuis un quart de siècle, l'information est dominée par la rectitude politique, un véritable cancer qui ronge le coeur même de notre démocratie (le sida a sans doute été la première grosse histoire censurée par la rectitude)

    Dans le but de protéger les groupes dits "opprimés", on s'autocensure, on retient, on cache de l'information concernant ces groupes sous prétexte que pareille info pourrait alimenter les préjugés de la masse inculte contre ces groupes, voire même favoriser la haine! On prend les gens pour des caves à qui il ne faut pas tout dire: ils ne pourraient pas le digérer...Tsé, à Hérouxville sont pas aussi sophistiqués que sur le Plateau...

    Les journalistes, de peur de se faire accuser de racisme ou de sexisme, préfèrent tourner les coins ronds, ne pas tout dire, maquiller leur texte, afin d'échapper aux grands gourous qui en mènent très larges sur la scène publique.

    L'internet permet un peu de contourner l'obstacle. Mais en partie seulement puisque la radio, la télé et les journaux demeurent toujours les grands vecteurs de diffusion de l'information. Et faut se promener sur la grande toile pour voir à quel point la liberté d'expression peut être mince. A quel point les simples faits dérangent lorsqu'ils ne matchent pas avec les idées dominantes des beaux esprits.

    L'information ne repose plus sur les faits et leur pertinence dans les choix qu'on doit faire comme société, mais sur le poids-média du lobby qui se fait aller le clapet dans le but de placer SES chiffres, SES références, SON discours et SES solutions.

    Au lieu de contester la manipulation de ces lobbies, d'expliquer à leur public qui sont ces gens, sur quoi ils carburent, qui les financent et quel est leur agenda, bref au lieu de faire de l'information intelligente, on répète béatement tout ce qu'ils avancent, comme si c'étaient des vérités d'Évangile. Pour se défendre devant le boss, on montre la cassette: "regarde, il l'a dit"

  • Maltais Jean-Pierre
    Inscrit
    lundi 10 mai 2010 09h33
    Petites et grandes enquêtes
    Les enquêtes sont nécessaires, qu'elles soient grandes, moyennes ou petites.
    Dans ma région, les journalistes pourraient fouiller au moins deux dossiers.

    1- L'adoption du budget 2010 par Saguenay, prévoyant des hausses record de dépenses et de taxes; aucun document public de la ville ne mentionne l'existence de ces augmentations, encore moins leurs justifications. Les médias n'ont pas encore informé correctement la population là-dessus, à mon avis. Tout indique que la ville a réalisé une opération de désinformation, réussie jusqu'à aujourd'hui.

    2- Le projet de théâtre du Saguenay; la ville tient une consultation publique le 6 juin prochain. Des intervenants crédibles disent que l'information officielle disponible est erronée, incomplète et insatisfaisante.

    Les petites enquêtes des uns sont les grandes enquêtes des autres.

    Est-ce qu'un grand média peut enquêter sur un un petit dossier?

  • L'ex-Canard
    Inscrit
    lundi 10 mai 2010 10h28
    Le monde des non-dits
    Au-delà de cette pratique de l'autocensure, il y a des façons alternatives pour dire les choses qui dérangent et forcer les gens à s'interroger. Tomber dans l'intégrisme (i.e. la "pureté" de la profession) n'aidera pas à mon avis.

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