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L'enquête leur va si bien

Un demi-millier de professionnels sont attendus dès aujourd'hui à Genève dans le but de relancer le journalisme d'investigation

Stéphane Baillargeon   22 avril 2010  Médias
Des centaines de reporters du monde participent à Genève à une conférence internationale sur le journalisme d'investigation. «On leur demande au fond d'oublier la compétition et d'ouvrir leur boîte à outils pour les autres journalistes et pour les étudiants», dit un des organisateurs.

Quand les horloges et les montres suisses marqueront 7h30, ce matin, le jeune Roberto Saviano (il a 31 ans) ouvrira le bal en racontant son enquête sur les structures économiques et territoriales de la mafia napolitaine. La fouille dangereuse a permis la publication de plusieurs articles et d'un livre intitulé Gomorra, déjà vendu à cinq millions d'exemplaires. M. Saviano vit maintenant sous protection policière. Il est considéré comme un héros national en Italie.

Demain matin, ce sera au tour de l'Américain Seymour «Cy» Hersh, un héros des journaux. Il a dévoilé le scandale entourant le massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam et celui de la prison d'Abou Ghraib pendant la guerre en Irak.

Dimanche, Mountader Al Zaïdi parlera de son patient travail auprès de la population irakienne. Le reporter s'est rendu célèbre en lançant deux souliers vers le président George W. Bush...

Cette crème de la crème des reporters-enquêteurs se réunit à Genève dans les prochains jours, dans le cadre de la sixième Conférence mondiale sur le journalisme d'investigation. La dernière rencontre a eu lieu à Lillehammer en 2008. On attend des centaines de participants venus de dizaines de pays, au bord du lac Léman, pour descendre au fond des choses. Certains arriveront avec un peu de retard en raison des perturbations du trafic aérien vers l'Europe.

«C'est bel et bien une conférence mondiale», explique Roland Rossier, vice-président de la Conférence, joint hier par téléphone en Suisse. «Paradoxalement, le journalisme d'enquête ne se porte pas si bien dans les pays riches alors qu'il se développe ailleurs. En Inde, en Chine, au Brésil, même en Afrique, des journalistes pratiquent l'enquête et arrivent à en vivre en fonctionnant par réseaux, en partageant leur savoir-faire.»

Il note aussi que certaines chaînes de télévision continuent à financer la pratique dérangeante, comme le montre Radio-Canada ici. «On a des participants du Canada anglais, mais moins de gens du Québec et c'est un peu dommage», dit encore M. Rossier.

Une fois le scoop diffusé, il est aussi sympathique de voir les collègues partager généreusement leurs techniques. «On leur demande au fond d'oublier la compétition et d'ouvrir leur boîte à outils pour les autres journalistes et pour les étudiants, dit l'organisateur. À mon sens, tous les journalistes devraient pratiquer l'enquête sous une forme ou une autre, à un degré ou un autre. Évidemment, ce travail coûte plus cher parce qu'il prend plus de temps.»

Roland Rossier rappelle alors que de vieux modèles existent, fonctionnent encore très bien et seront exposés à Genève. Celui du Canard enchaîné par exemple, un journal baveux à souhait qui caquette depuis un siècle, sans pub, et qui dégage maintenant près de 10 millions de bénéfices nets par année. Il y a aussi de nouveaux modèles, comme celui de ProPublica, aux États-Unis, un site Internet lié à une fondation, qui vient de recevoir un prestigieux prix Pulitzer. Les directeurs de ces deux publications participent à la conférence.

On peut suivre les débats en ligne sur le site de la Conférence (gijc2010.ch).
 
 
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