Encore une tuile pour Radio-Canada
L'enveloppe d'aide à la production originale est réduite de 10 %
Ça va encore plus mal pour Radio-Canada/CBC. La société d'État voit réduite d'environ 10 % son enveloppe d'aide à la production originale du Fonds des médias du Canada.
La conséquence se fera sentir à l'antenne puisque la télévision publique devra supprimer de ses horaires anglais et français l'équivalent d'une cinquantaine d'heures de programmation. La perte pourrait comprendre une série dramatique complète, une vingtaine d'heures d'émissions jeunesse et une quinzaine d'heures de documentaires.
La Société Radio-Canada (SRC) a appris la semaine dernière (et dévoilé hier) que le financement versé en 2010-2011 par le Fonds des médias du Canada (FMC) serait réduit de 12,6 millions de dollars, pour passer à 96,5 millions, par rapport à ce que lui versaient les ancêtres du FMC, le Fonds canadien de télévision et le Fonds des nouveaux médias. Au total, le financement de Radio-Canada chute de 3,7 millions et celui de son pendant anglophone, la CBC, de 8,9 millions.
«Il y a plusieurs options possibles. On peut diminuer les coûts de nos productions, mais il y a une limite à le faire. On peut aussi passer plus de reprises», a déclaré le vice-président principal des services français, Sylvain Lafrance, en entrevue à La Presse canadienne. «Il y a beaucoup de stratégies de grille qu'on peut adopter. Mais l'impact le plus important dans le fond, d'un côté ou de l'autre, c'est que c'est de l'argent qui ne va plus dans le contenu canadien.»
Cette nouvelle tuile tombe sur une SRC déjà affaiblie par d'autres mauvaises nouvelles au cours des derniers mois. Des pertes de revenus ont forcé Radio-Canada/CBC à remercier 800 personnes (dont 335 au service français) en 2009. De plus, la télévision généraliste a appris le mois dernier qu'elle ne pourra pas entrer dans la possible ronde de négociations avec les distributeurs de signaux par câble ou par satellite pour l'obtention de redevances.
«Radio-Canada, que ce soit le réseau français ou anglais, demeure le diffuseur qui place à l'antenne le plus d'émissions originales canadiennes, avec une valeur culturelle assez importante. Si Radio-Canada ne peut pas en faire autant qu'avant, évidemment ce sera une perte en termes culturels, de contenu pour les jeunes, de sujets documentaires, etc.», commente Daniel Giroux, directeur du Centre d'études sur les médias de l'Université Laval. Cela dit, il n'a pas commenté le détail des informations concernant le FMC, les jugeant incomplètes. «La dernière perte s'ajoute à d'autres compressions. Déjà, on remarque plus de reprises qu'avant à Radio-Canada. Le contenu s'émousse, perd de sa qualité, parce que les ressources s'amenuisent.»
Au total, le Fonds des médias du Canada a 350 millions de dollars à distribuer à compter du 1er avril. Les enveloppes versées aux réseaux privés ne sont pas encore connues.
Radio-Canada et la CBC bénéficiaient auparavant d'une subvention protégée garantissant leur financement. Le gouvernement de Stephen Harper a souhaité mettre fin à ce privilège. Le FMC est administré par un conseil d'administration indépendant, formé de représentants nommés par le gouvernement. Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, n'était pas disponible hier pour commenter la réduction imposée à l'enveloppe radiocanadienne.
Faut-il même établir un lien entre le gouvernement conservateur et les déboires multiples de la SRC? Le directeur Giroux refuse les amalgames qui lieraient par exemple l'idéologie réputée antiradiocanadienne du gouvernement à la décision récente du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) concernant les redevances.
«D'ailleurs, ce n'est pas demain que les télés généralistes privées vont commencer à toucher des redevances des câblos, dit-il. On s'en va devant la cour et on ira en Cour suprême. Radio-Canada a réagi à la décision, c'est normal, mais moi, je n'y ai rien vu de scandaleux.»
Dans un communiqué diffusé hier, le président-directeur général du conseil d'administration de Radio-Canada, Hubert Lacroix, se dit déçu de constater que le Fonds n'a pas suivi les règles qui, selon lui, avaient été établies. À son avis, le Fonds aurait mieux fait d'agir de façon à attirer davantage d'auditoires vers du contenu original produit au pays.
Daniel Giroux, de l'Université Laval, rappelle que le réseau public du Canada est moins financé par l'État que ses systèmes frères de plusieurs pays occidentaux. La cotisation par habitant s'élevait à 34 $ l'an dernier, soit moins de 10 cents par jour. En France, le versement a augmenté à 77 $ par habitant après la décision de retirer les publicités des ondes de France Télévision. La BBC, pour sa part, recevait 124 $ l'an dernier par citoyen britannique.
«En Europe, dans beaucoup de pays, on apporte un plus grand soin à soutenir les services publics, dit-il. Ici, on est dans un cadre nord-américain où les réseaux publics ne reçoivent pas beaucoup de soutien de l'État.»
***
Avec La Presse canadienne
La conséquence se fera sentir à l'antenne puisque la télévision publique devra supprimer de ses horaires anglais et français l'équivalent d'une cinquantaine d'heures de programmation. La perte pourrait comprendre une série dramatique complète, une vingtaine d'heures d'émissions jeunesse et une quinzaine d'heures de documentaires.
La Société Radio-Canada (SRC) a appris la semaine dernière (et dévoilé hier) que le financement versé en 2010-2011 par le Fonds des médias du Canada (FMC) serait réduit de 12,6 millions de dollars, pour passer à 96,5 millions, par rapport à ce que lui versaient les ancêtres du FMC, le Fonds canadien de télévision et le Fonds des nouveaux médias. Au total, le financement de Radio-Canada chute de 3,7 millions et celui de son pendant anglophone, la CBC, de 8,9 millions.
«Il y a plusieurs options possibles. On peut diminuer les coûts de nos productions, mais il y a une limite à le faire. On peut aussi passer plus de reprises», a déclaré le vice-président principal des services français, Sylvain Lafrance, en entrevue à La Presse canadienne. «Il y a beaucoup de stratégies de grille qu'on peut adopter. Mais l'impact le plus important dans le fond, d'un côté ou de l'autre, c'est que c'est de l'argent qui ne va plus dans le contenu canadien.»
Cette nouvelle tuile tombe sur une SRC déjà affaiblie par d'autres mauvaises nouvelles au cours des derniers mois. Des pertes de revenus ont forcé Radio-Canada/CBC à remercier 800 personnes (dont 335 au service français) en 2009. De plus, la télévision généraliste a appris le mois dernier qu'elle ne pourra pas entrer dans la possible ronde de négociations avec les distributeurs de signaux par câble ou par satellite pour l'obtention de redevances.
«Radio-Canada, que ce soit le réseau français ou anglais, demeure le diffuseur qui place à l'antenne le plus d'émissions originales canadiennes, avec une valeur culturelle assez importante. Si Radio-Canada ne peut pas en faire autant qu'avant, évidemment ce sera une perte en termes culturels, de contenu pour les jeunes, de sujets documentaires, etc.», commente Daniel Giroux, directeur du Centre d'études sur les médias de l'Université Laval. Cela dit, il n'a pas commenté le détail des informations concernant le FMC, les jugeant incomplètes. «La dernière perte s'ajoute à d'autres compressions. Déjà, on remarque plus de reprises qu'avant à Radio-Canada. Le contenu s'émousse, perd de sa qualité, parce que les ressources s'amenuisent.»
Au total, le Fonds des médias du Canada a 350 millions de dollars à distribuer à compter du 1er avril. Les enveloppes versées aux réseaux privés ne sont pas encore connues.
Radio-Canada et la CBC bénéficiaient auparavant d'une subvention protégée garantissant leur financement. Le gouvernement de Stephen Harper a souhaité mettre fin à ce privilège. Le FMC est administré par un conseil d'administration indépendant, formé de représentants nommés par le gouvernement. Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, n'était pas disponible hier pour commenter la réduction imposée à l'enveloppe radiocanadienne.
Faut-il même établir un lien entre le gouvernement conservateur et les déboires multiples de la SRC? Le directeur Giroux refuse les amalgames qui lieraient par exemple l'idéologie réputée antiradiocanadienne du gouvernement à la décision récente du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) concernant les redevances.
«D'ailleurs, ce n'est pas demain que les télés généralistes privées vont commencer à toucher des redevances des câblos, dit-il. On s'en va devant la cour et on ira en Cour suprême. Radio-Canada a réagi à la décision, c'est normal, mais moi, je n'y ai rien vu de scandaleux.»
Dans un communiqué diffusé hier, le président-directeur général du conseil d'administration de Radio-Canada, Hubert Lacroix, se dit déçu de constater que le Fonds n'a pas suivi les règles qui, selon lui, avaient été établies. À son avis, le Fonds aurait mieux fait d'agir de façon à attirer davantage d'auditoires vers du contenu original produit au pays.
Daniel Giroux, de l'Université Laval, rappelle que le réseau public du Canada est moins financé par l'État que ses systèmes frères de plusieurs pays occidentaux. La cotisation par habitant s'élevait à 34 $ l'an dernier, soit moins de 10 cents par jour. En France, le versement a augmenté à 77 $ par habitant après la décision de retirer les publicités des ondes de France Télévision. La BBC, pour sa part, recevait 124 $ l'an dernier par citoyen britannique.
«En Europe, dans beaucoup de pays, on apporte un plus grand soin à soutenir les services publics, dit-il. Ici, on est dans un cadre nord-américain où les réseaux publics ne reçoivent pas beaucoup de soutien de l'État.»
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Avec La Presse canadienne
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