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Fonds des médias du Canada - James Moore voulait plus pour les nouveaux médias

La passion pour Twitter et YouTube du ministre du Patrimoine a-t-elle nui à la télévision?

Stéphane Baillargeon   31 mars 2010  Médias
La passion du ministre du Patrimoine canadien, James Moore, pour son téléphone cellulaire, Facebook, YouTube et Twitter explique la mutation du mode de financement de la production télé au Canada, très favorable aux nouveaux médias. C'est du moins le lien de causalité que propose la porte-parole du petit empire médiatique Astral, directement touché par la refonte des règles.

Le ministre du Patrimoine canadien a annoncé vendredi qu'il injectait 350 millions de dollars dans le Fonds des médias du Canada. De cette somme, 114 millions iront à des productions francophones, avec l'obligation de lier la moitié de l'enveloppe à des contenus connexes qui devront être diffusés sur au moins une autre plateforme. Le Fonds favorisera les jeux vidéo, les épisodes mobiles ou Web, la vidéo sur demande et les sites Internet. Par contre, la diffusion simultanée sur Internet ne sera pas admissible au soutien financier.

«Il y a encore un mois, l'industrie entendait que le Fonds ne prendrait pas cette option intégrale vers les nouveaux médias», dit Judith Brosseau, vice-présidente principale à la programmation et aux communications de Canal D, d'Historia et de Séries+, des chaînes liées à Astral Media. «À mon avis, ça vient directement du ministre, qui a clairement exprimé ce choix, notamment dans un communiqué en mars 2009. C'est une volonté politique. [...] C'est aussi une volonté personnelle. M. Moore est très jeune; il a 32 ans et est fan des nouveaux médias. Il consomme beaucoup de sport et d'information sur son téléphone. Il croit donc, à tort ou à raison, que son comportement est un étalon du reste du pays.»

Le Fonds des médias du Canada remplace les Fonds des nouveaux médias et le Fonds canadien de télévision. Mme Brosseau souligne que l'injection de 350 millions est une bonne chose, même sans augmentation budgétaire entre 2009 et 2010. Elle se réjouit aussi des 27 millions de dollars qui appuieront directement un volet expérimental numérique et interactif.

Une mesure mur à mur

«Nous sommes pour le virage numérique, poursuit-elle. Mais cet automne, lors des consultations, l'ensemble de l'industrie a demandé au gouvernement de bien négocier ce virage. Un documentaire n'a pas nécessairement besoin d'un supplément Web. Par contre, une série jeunesse peut se déployer facilement sur Internet ou en mode interactif. Nous réclamions aussi d'y aller mollo, d'expérimenter. On se retrouve plutôt avec une mesure mur à mur.»

Elle donne un exemple concret. En supposant que l'enveloppe documentaire soit de quatre millions, une moitié devra être liée aux productions dérivées pour les nouveaux médias. «Si j'y consacre 10 % de ces deux millions, ça fait 200 000 $ et autant d'argent qui ne va pas à la télé», dit la vice-présidente.

En plus, comme elle le souligne, tous cherchent le modèle d'affaires sur Internet et personne ne l'a encore trouvé. La télé, elle, continue de faire les preuves de son immense pouvoir d'attraction. «Les heures d'écoute augmentent, dit la vice-présidente. Le Web est important, on le sait tous. Le gouvernement n'avait qu'à créer une enveloppe réelle et autonome pour soutenir les nouveaux médias s'il tient tant à le faire.»
 
 
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