Médias - En attendant les redevances
Photo : Agence Reuters Andy Clark
Les Jeux olympiques de Vancouver ont été les jeux d’hiver les plus regardés depuis 15 ans.
Trois heures douze minutes tous les jours. C'est l'écoute moyenne de la télévision en 2009, telle qu'elle a été calculée dans 89 pays. C'est ce que nous apprenait une dépêche de l'AFP jeudi dernier, en se basant sur un rapport annuel de TV Worldwide.
Je ne dispose pas des chiffres pour chaque pays (on peut commander le rapport complet au coût de quelques milliers de dollars, ce qui dépasse les ressources de mon journal centenaire...), mais l'AFP nous apprenait que ces trois heures douze minutes représentent une augmentation de trois minutes par rapport à 2008.
Et la consommation de télévision est en hausse constante depuis 2004. La moyenne de trois heures douze est mondiale: pour la seule Amérique du Nord, l'écoute moyenne se situe plutôt à quatre heures quarante minutes. C'est vraiment beaucoup. Est-ce que le calcul tient compte de Météomédia ouvert pendant 15 minutes dans mon salon pendant que j'attends la météo du jour?
En fait, si la consommation de la télévision augmente, c'est aussi parce que l'offre augmente. Plus de chaînes, bien sûr, mais aussi une meilleure «expérience télévisuelle» comme on dit, depuis l'arrivée de la haute définition, et de la télé-cinéma-maison où votre fauteuil bouge au rythme des explosions qui se produisent dans le film du samedi soir.
Impossible de dire pour le moment si la télévision en 3D augmentera encore l'écoute. Anecdote: cette semaine, un réseau régional diffusera aux États-Unis, pour la première fois, un match de hockey en 3D, le match Islanders-Rangers au Madison Square Garden. Mais personne n'a encore de téléviseur 3D...
Dopée par les réseaux sociaux
Donc, si l'on comprend bien, Internet n'a pas tué l'écoute de la télévision? Le New York Times publiait récemment un article fort intéressant sur le sujet. Non seulement Internet n'a pas tué la télévision, mais l'écoute télévisuelle est maintenant dopée par les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.
Le journal remarquait que les Jeux olympiques de Vancouver ont été les Jeux d'hiver les plus regardés depuis 15 ans, que le SuperBowl a battu des records d'écoute et que l'écoute du dernier gala des Grammy était en hausse de 35 %. Explication: les gens commentent les émissions sur Facebook et Twitter en les regardant, et ils s'envoient des alertes quand il se produit un événement télévisuel inusité.
Prenant acte de la situation, le patron du réseau CBS a déclaré au journal qu'Internet est maintenant «avec nous, pas contre nous».
Les réseaux de télévision commencent à peine à entrevoir l'importance grandissante de «l'interactivité dans l'expérience télévisuelle», écrit le journal, et ils commencent, plutôt timidement, à tenter des expériences en ce sens. Pendant les Jeux de Vancouver, par exemple, NBC avait créé une petite application Internet qui permettait aux téléspectateurs de noter les patineurs sur leur ordinateur, et de comparer leurs notes avec d'autres fans.
Mais si les grands événements télévisuels semblent toujours aussi rassembleurs (surveillez bien les cotes d'écoute si le Canadien fait les séries...), les émissions régulières ont plus de difficulté à s'imposer auprès des auditoires traditionnels. Et les réseaux se plaignent de manquer d'argent, avec le déplacement de la publicité vers le Web et la hausse générale des coûts.
La télévision généraliste dans le rouge
Un rapport du CRTC rendu public jeudi dernier révélait justement que les revenus des stations généralistes au Canada avaient baissé de 8 % en moyenne l'année dernière. Au Canada anglais, la télévision généraliste est maintenant officiellement dans le rouge. Au Québec, sa marge bénéficiaire demeure de 5,5 %, mais ses revenus publicitaires ont diminué de 8,8 %.
Mais la télévision spécialisée, elle, continue à gagner de l'argent. Et pour les distributeurs de signaux télévisuels, c'est le pactole: leurs revenus ont augmenté de 10,7 % l'année dernière au Canada. Pour les distributeurs par satellite la hausse est de 7 %. Pour la distribution par câble, avec les quatre grands Vidéotron, Cogeco, Rogers et Shaw, la hausse est de 12 %, avec des revenus totaux qui atteignent 9,2 milliards. Vidéotron est d'ailleurs considéré comme le câblodistributeur le plus rentable du groupe.
Cet après-midi, le CRTC rendra justement une décision fort attendue, dans un dossier âprement discuté depuis des années: faut-il imposer une redevance aux abonnés du câble et du satellite, pour venir en aide aux télévisions généralistes, alors que les télévisions spécialisées, elles, reçoivent un tel montant des abonnés?
À la lumière du rapport financier de la semaine dernière, on peut supposer que le CRTC finira par céder aux demandes des généralistes. Si c'est le cas, il faut souhaiter que les généralistes proposent de meilleures émissions pour alimenter toute cette boulimie télévisuelle.
***
pcauchon@ledevoir.com
Je ne dispose pas des chiffres pour chaque pays (on peut commander le rapport complet au coût de quelques milliers de dollars, ce qui dépasse les ressources de mon journal centenaire...), mais l'AFP nous apprenait que ces trois heures douze minutes représentent une augmentation de trois minutes par rapport à 2008.
Et la consommation de télévision est en hausse constante depuis 2004. La moyenne de trois heures douze est mondiale: pour la seule Amérique du Nord, l'écoute moyenne se situe plutôt à quatre heures quarante minutes. C'est vraiment beaucoup. Est-ce que le calcul tient compte de Météomédia ouvert pendant 15 minutes dans mon salon pendant que j'attends la météo du jour?
En fait, si la consommation de la télévision augmente, c'est aussi parce que l'offre augmente. Plus de chaînes, bien sûr, mais aussi une meilleure «expérience télévisuelle» comme on dit, depuis l'arrivée de la haute définition, et de la télé-cinéma-maison où votre fauteuil bouge au rythme des explosions qui se produisent dans le film du samedi soir.
Impossible de dire pour le moment si la télévision en 3D augmentera encore l'écoute. Anecdote: cette semaine, un réseau régional diffusera aux États-Unis, pour la première fois, un match de hockey en 3D, le match Islanders-Rangers au Madison Square Garden. Mais personne n'a encore de téléviseur 3D...
Dopée par les réseaux sociaux
Donc, si l'on comprend bien, Internet n'a pas tué l'écoute de la télévision? Le New York Times publiait récemment un article fort intéressant sur le sujet. Non seulement Internet n'a pas tué la télévision, mais l'écoute télévisuelle est maintenant dopée par les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.
Le journal remarquait que les Jeux olympiques de Vancouver ont été les Jeux d'hiver les plus regardés depuis 15 ans, que le SuperBowl a battu des records d'écoute et que l'écoute du dernier gala des Grammy était en hausse de 35 %. Explication: les gens commentent les émissions sur Facebook et Twitter en les regardant, et ils s'envoient des alertes quand il se produit un événement télévisuel inusité.
Prenant acte de la situation, le patron du réseau CBS a déclaré au journal qu'Internet est maintenant «avec nous, pas contre nous».
Les réseaux de télévision commencent à peine à entrevoir l'importance grandissante de «l'interactivité dans l'expérience télévisuelle», écrit le journal, et ils commencent, plutôt timidement, à tenter des expériences en ce sens. Pendant les Jeux de Vancouver, par exemple, NBC avait créé une petite application Internet qui permettait aux téléspectateurs de noter les patineurs sur leur ordinateur, et de comparer leurs notes avec d'autres fans.
Mais si les grands événements télévisuels semblent toujours aussi rassembleurs (surveillez bien les cotes d'écoute si le Canadien fait les séries...), les émissions régulières ont plus de difficulté à s'imposer auprès des auditoires traditionnels. Et les réseaux se plaignent de manquer d'argent, avec le déplacement de la publicité vers le Web et la hausse générale des coûts.
La télévision généraliste dans le rouge
Un rapport du CRTC rendu public jeudi dernier révélait justement que les revenus des stations généralistes au Canada avaient baissé de 8 % en moyenne l'année dernière. Au Canada anglais, la télévision généraliste est maintenant officiellement dans le rouge. Au Québec, sa marge bénéficiaire demeure de 5,5 %, mais ses revenus publicitaires ont diminué de 8,8 %.
Mais la télévision spécialisée, elle, continue à gagner de l'argent. Et pour les distributeurs de signaux télévisuels, c'est le pactole: leurs revenus ont augmenté de 10,7 % l'année dernière au Canada. Pour les distributeurs par satellite la hausse est de 7 %. Pour la distribution par câble, avec les quatre grands Vidéotron, Cogeco, Rogers et Shaw, la hausse est de 12 %, avec des revenus totaux qui atteignent 9,2 milliards. Vidéotron est d'ailleurs considéré comme le câblodistributeur le plus rentable du groupe.
Cet après-midi, le CRTC rendra justement une décision fort attendue, dans un dossier âprement discuté depuis des années: faut-il imposer une redevance aux abonnés du câble et du satellite, pour venir en aide aux télévisions généralistes, alors que les télévisions spécialisées, elles, reçoivent un tel montant des abonnés?
À la lumière du rapport financier de la semaine dernière, on peut supposer que le CRTC finira par céder aux demandes des généralistes. Si c'est le cas, il faut souhaiter que les généralistes proposent de meilleures émissions pour alimenter toute cette boulimie télévisuelle.
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pcauchon@ledevoir.com
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