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    Entendre Le Devoir au travail

    Les tonalités et sonorités de l'heure de tombée ont été captées

    10 février 2010 |Fabien Deglise | Médias
    Photo: Olivier Zuida - Le Devoir
    Depuis 100 ans, Le Devoir se lit. Mais désormais, on peut aussi l'écouter travailler. Dans le cadre d'un nouveau projet d'enregistrement d'ambiances sonores de lieux caractéristiques du patrimoine québécois, l'Institut de recherche-création en arts et technologies médiatiques Hexagram vient en effet de mettre en boîte, pour la postérité, les sonorités produites par la salle de rédaction du quotidien fondé en 1910 par Henri Bourassa. Et ce, à l'approche de l'heure de tombée.

    Le quotidien montréalais, sis au 9e étage de l'immeuble Caron, à l'angle des rues de Bleury et Président-Kennedy, est le premier parmi plusieurs lieux marquants du Québec à se faire ainsi tailler le portrait auditif par l'équipe du professeur Mario Côté, de l'École des arts visuels et médiatiques de l'Université du Québec à Montréal, pilote du projet sonomémoriel, baptisé ARC-PHONO. Un extrait de quatre minutes est offert aux oreilles de nos lecteurs sur le site du Devoir (www.ledevoir.com) dans la version électronique de cet article.

    Capter l'essence sonore du Devoir. L'exercice n'a pas été une sinécure pour les gardiens de la mémoire sonore du Québec, qui ont passé une journée complète, en janvier dernier, dans la salle de rédaction du quotidien afin d'en saisir la génétique auditive. Au total, 75 minutes d'enregistrement ont été effectuées. Après montage, nettoyage — pour faire disparaître les bruits blancs — et mise en forme, deux blocs de cinq à huit minutes devraient être conservés. L'un pour témoigner de l'ambiance sonore qui accompagne la planification du journal du lendemain et l'autre pour plonger dans la frénésie qui accompagne généralement sa production dans les minutes qui précèdent l'heure de tombée.

    «La plus grande difficulté a consisté à trouver le bon emplacement pour le micro, résume Mario Côté, afin d'avoir un enregistrement qui témoigne d'une ambiance générale du lieu», et ce, tout en évitant les conversations localisables qui viennent apporter de la distraction dans une ambiance sonore. Et la chose est loin d'être facile à atteindre dans une salle de rédaction ouverte et bavarde comme celle du Devoir.

    Bruits et mots

    Ce qu'il en reste? Le brouhaha de voix masculines et féminines, les bruits des machines liées au lieu, comme les claviers d'ordinateur — qui depuis belle lurette ont remplacé les machines à écrire —, les sonneries de téléphone, l'imprimante... Puis, il y a des mots qui arrivent par bribes: «collègues d'Ottawa», «première édition», «CIA», «non, non, c'est juste de dire», «trouver une photo», «on va attendre son papier», «mon texte», «il a commencé à 10h», «Ville lumière»... Le tout recouvert par quelques rires, toussotements de saison, mais pas par des bruits de pas. «Vous avez un tapis incroyable qui absorbe efficacement ces bruits», s'est d'ailleurs étonné Martin Hurtubise, le preneur de sons, lors de son passage dans les locaux du Devoir.

    Cette ambiance sonore va, du coup, alimenter à l'avenir une vaste base de données en cours de formation, qui va renfermer les sons émanant de plusieurs grands bâtiments et institutions du Québec. Ces enregistrements pourront être utilisés, avec autorisation, comme fonds sonores pour des créations artistiques, des films et des documentaires. Entre autres. «Actuellement, une grande quantité de fonds sonores que nous utilisons ici nous viennent de la BBC, dit M. Côté. Or ces ambiances ne témoignent pas totalement de nos environnements bâtis nord-américains et encore moins du caractère francophone qui est le nôtre.»

    Au cours des dernières années, le projet ARC-PHONO s'est rendu célèbre chez les amateurs de sons pour avoir capté l'ambiance sonore de plusieurs bâtiments de Montréal avant qu'ils ne disparaissent: le hall de la Bibliothèque centrale de Montréal, qui a eu pignon sur rue Sherbrooke pendant des années, est du nombre, tout comme le club de curling d'Outremont, la salle de bingo Préfontaine ou encore le débarcadère de la Station centrale. Un article a d'ailleurs été consacré à cette étonnante conservation de la mémoire sonore de la ville dans nos pages le 5 décembre dernier.

    Entendre la salle de rédaction du Devoir

    Photos Olivier Zuida, Le Devoir













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