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Médias - Un bref coup d'oeil sur l'avenir

Stéphane Baillargeon   28 janvier 2010  Médias
Bernard Descôteaux croit que les journaux, enfin, certains, vont réussir à se transformer de «newspapers» en «news enterprises».
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Bernard Descôteaux croit que les journaux, enfin, certains, vont réussir à se transformer de «newspapers» en «news enterprises».
Le directeur du Devoir explique quelle place peuvent occuper les journaux, et surtout les journaux de qualité, «sur la planète Internet». Et pourquoi son propre journal se porte plutôt bien, dans les circonstances.

Ça va mal, et c'est le patron qui le dit. Enfin, ça va mal pour la presse écrite quotidienne, mais pas si mal, merci, pour Le Devoir, et c'est le patron de ce journal maintenant centenaire qui le dit.

Bernard Descôteaux prononçait hier une conférence devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Il y décrit 2008 et 2009 comme d'horribles années pour la presse américaine et ne cache pas les graves problèmes de l'industrie au Canada comme au Québec, sous les coups combinés de la baisse du lectorat et de la chute des revenus publicitaires.

Cela constaté, son propre journal s'en tire mieux, notamment parce que la publicité ne constitue pas la part décisive de ses revenus. Mieux, le lectorat du Devoir augmente, et le directeur «ose croire» qu'il y a là une preuve de son utilité pour s'y retrouver dans «la déferlante d'informations quotidiennes», mais aussi pour «trouver un sens» aux événements.

N'empêche, tous les joueurs de cette vieille et (parfois) noble industrie doivent faire face à la tempête. «La question à laquelle il faut répondre est simple: quelle place peuvent occuper les journaux sur la planète Internet? note le directeur. Il n'y a pas ici de réponse évidente et, surtout, pas de réponse certaine. La seule chose certaine est qu'il ne faut pas rester passif.»

M. Descôteaux rappelle alors que, «dans la réalité», les lecteurs de journaux subventionnent la gratuité offerte à tous sur le Web. Cette option casse-gueule affaiblit les entreprises de presse, qui vacillent et perdent pied. Le Devoir, lui, a choisi le modèle inverse dès 2001. Il compte maintenant environ 3000 abonnés électroniques payants, qui se trouvent donc à contribuer de manière positive aux revenus de l'entreprise.

«Vous comprendrez ma satisfaction de voir le modèle du Devoir cité dans une récente étude faite pour l'American Press Institute sur la monétisation des contenus sur Internet, dit encore M. Descôteaux. De voir aussi le magnat Rupert Murdoch et l'éditeur du New York Times confesser leur erreur et admettre que tout ne peut plus être gratuit.»

Faire marche arrière ne sera pas facile, mais M. Descôteaux croit que les journaux, enfin, certains, vont réussir à se transformer de «newspapers» en «news enterprises», en producteurs de contenus diffusés sur plusieurs plateformes.

«Je ne suis pas de ceux qui désespèrent. Au contraire! La presse écrite est forcée par la révolution Internet à se repenser. Il ne sert à rien d'être nostalgique. Il faut y voir une occasion de se réinventer. [...] Support papier ou support électronique? Disons que c'est là une question secondaire, l'important étant la pérennité même du concept de journal, surtout celui de journal de qualité qui informe et nourrit le débat, et est à ce titre un auxiliaire indispensable de la démocratie. En ce sens, et c'est ma réponse, les journaux ne sont pas une espèce en voie de disparition. On peut croire en leur avenir.»
 
 
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  • Esseghir Amine - Inscrit
    28 janvier 2010 06 h 03
    Pas de problèmes, on peut encore refaire le monde...
    Excellente et tout aussi rassurante analyse pour les journalistes qui pourraient commencer à douter, voire à désespérer, en voyant tous les démembrements de leur métiers se décliner en sites web, en blog, en alertes et en messages, le tout gratuit et donc financer par la seule publicité qui à terme redéfini le métier ; au mieux comme action de communication, au pire comme du mercenariat. Internet peut faire peur certes, mais il peut aussi donner du ressort. C’est une évidence, mais il est utile de la répéter : ce qui prime c’est la qualité de l’information et les lecteurs, téléspectateurs ou internautes ne sont pas dupes. Les marketeurs ont recyclé un terme stupide, contenu, pour appeler tout ce qui est proposé sur le net, y compris l’information. Le terme contenu a été vendu ou du moins a été vendu un temps, avant que les opinions ne se réveillent et dès lors nous permettent aujourd’hui de rêver. Des journalistes artisans qui créent leur propre journal et qui s’approprient les plateformes multiples parce qu’ils ont cette possibilité et cette capacité rare de fournir une information crédible et des analyses de qualité. En France l’expérience Mediapart donne une idée de ce que pourrait être en partie le journalisme de demain, au Québec ruefrontenac , le site des journalistes du journal de Montréal en lock out, indique bien qu’une autre forme de journalisme est encore possible, Le Devoir rappelle un siècle après sa création, qu’un journalisme artisanal - avec tout ce que ce terme possède comme noblesse – est la seule manière de faire notre métier.
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  • France Marcotte - Abonnée
    28 janvier 2010 13 h 37
    Le Devoir en Rose des vents
    "... le lectorat du Devoir augmente, et le directeur «ose croire» qu'il y a là une preuve de son utilité pour s'y retrouver dans «la déferlante d'informations quotidiennes», mais aussi pour «trouver un sens» aux événements". Oui, et chercher un sens aux événements, c'est justement ce que plusieurs médias évitent de faire, faisant du lecteur, de l'auditeur, un consommateur d'information, balotté dans tous les sens, facile à manipuler, sans ancrage dans sa propre société, impuissant à la transformer. Se donner l'opportunité de trouver un sens aux événements, c'est désormais ainsi que s'exprime une véritable liberté d'expression.
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  • Pierre François Gagnon - Inscrit
    28 janvier 2010 14 h 12
    Le Devoir et/ou Agoravox ?!...
    Néanmoins, les modèles du Devoir et d'Agoravox pourraient produire une formule hybride mieux à même de prospérer à l'avenir, par exemple sur la plateforme unique que préfigure le iPad quand il aura surmonté ses déficiences initiales.
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