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Huis clos sur le Net - Le monde vu de Twitter et de Facebook

Cinq cobayes-journalistes s'isolent volontairement des médias traditionnels

Stéphane Baillargeon   26 janvier 2010  Médias
Comment va le monde vu de Twitter et de ses micromessages de 140 caractères, et pas un de plus? Et quand on le contemple à travers son réseau social Facebook?


Pour juger pratiquement l'information générée par ces nouvelles lorgnettes, cinq reporters-cobayes, dont un de Radio-Canada, vont se soumettre à une expérience originale la semaine prochaine, en France. Adieu Google News, exit les journaux, la radio et la télévision. Les collègues n'auront donc accès qu'à des gazouillis microblogués et à des pages facebookées.

Le quintette francophone d'Europe et du Canada va s'isoler physiquement du 1er au 5 février, dans un gîte rural du Périgord, foie gras et truffe noire en prime, enfin, on le lui souhaite. L'initiative des Radios francophones publiques est baptisée «Huis clos sur le Net».

Le reporter québécois Janic Tremblay, de la Première Chaîne de Radio-Canada, sera en compagnie de délégués de France Info, de France Inter, de la Radio Télévision Suisse et de La Première RTBF de Belgique. On pourra entendre ses commentaires tous les jours, pendant quatre minutes, dans le cadre de l'émission Maisonneuve en direct. Il livrera aussi ses impressions finales, en compagnie des autres participants, à Dimanche Magazine, son port d'attache radiophonique.

«L'idée, c'est de comprendre quelle représentation du monde on se fait à travers les réseaux sociaux, explique au Devoir Janic Tremblay. Nous allons tenter de faire le tri entre les informations très vite relayées et la surabondance d'humeur.»

À son arrivée dans le Périgord, comme les autres, M. Tremblay va recevoir un téléphone «ordinaire» et un ordinateur vierge de tout contenu. Il s'engagera alors à ne se relier au monde qu'à travers les gazouillis et les messages de Facebook. Il pourra par contre suivre une information jusqu'à sa première source. Si un «follower» ou un «ami» lui suggère par exemple un lien vers un article du Devoir, il pourra donc aller le lire, mais sans plus.

«Je vais quand même essayer de passer une journée en me contentant des 140 caractères, dit le reporter radio-canadien. Je fonctionnerais alors comme ceux qui s'alimentent à cette seule source, avec une nouvelle qui chasse constamment l'autre.»

Cette expérience de séquestration laisse un peu dubitative la professeure Colette Brin, du département d'information et de communication de l'Université Laval. «Il y a une volonté de démontrer la supériorité des médias traditionnels pour s'informer, note la spécialiste des rapports journalisme-société. Ça m'apparaît une évidence que les médias conventionnels sont des sources d'information et que les nouveaux médias n'en sont pas. C'est comme si on se disait: "On va utiliser le téléphone, mais on n'aura pas accès au bottin". En même temps, avec cette expérience, on utilise le côté gadget et saveur du jour pour faire jaser.»

Une étude du Pew Center des États-Unis diffusée la semaine dernière a montré que, pendant une semaine donnée, l'an dernier, plus de neuf nouvelles sur dix diffusées à Baltimore provenaient des sources traditionnelles. «Ça non plus, ce n'est pas une surprise, commente la professeure Brin. Il me semble maintenant important de comprendre comment utiliser les médias sociaux. Il faut poser un regard plus nuancé sur ces outils et l'usage qui en est fait.»

Tout ça pour quoi, alors? «Je crois que l'expérience du Périgord va démontrer que certains sujets sont plus traités que d'autres, parce que la clientèle des réseaux sociaux a ses particularités: elle est jeune, favorisée, scolarisée. Ses intérêts ne sont pas nécessairement représentatifs. Il y a un effet d'angle mort, comme dans les médias conventionnels, et j'espère que l'expérience de la séquestration va le démontrer avec un peu de nuance.»
 
 
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