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Réplique à Sami B. Chaouch, vice-président de V - Un juste prix pour la valeur de nos signaux

Hubert T. Lacroix - Président-directeur général de CBC/Radio-Canada  21 décembre 2009  Médias
Nous nous réjouissons de l'estime de Sami B. Chaouch pour CBC/Radio-Canada et de son intérêt envers la santé financière de la société d'État. Mais sa proposition d'exclure CBC/Radio-Canada d'un éventuel régime de compensation des signaux de télévision généraliste est d'abord et avant tout dans son propre intérêt. Tenter de faire un lien entre nos crédits parlementaires et notre droit à un juste prix pour la valeur de nos signaux, c'est très mal comprendre l'enjeu.

M. Chaouch écrit: «La télévision d'État doit-elle alors se financer par les redevances prélevées sur les câblodistributeurs et les consommateurs? Ce serait une mauvaise réponse pour plusieurs raisons: pourquoi faire peser sur les consommateurs du câble ou taxer indirectement les câblodistributeurs pour financer un "bien public" dont les bienfaits (et les coûts) devraient être supportés par l'ensemble des citoyens?»

Obtenir un juste prix pour ses signaux, être payé pour un service qu'on rend, ne constitue pas une taxe, contrairement à ce que l'industrie du câble et du satellite s'efforce de nous faire croire. Ce n'est pas une taxe quand les chaînes spécialisées, y compris les chaînes spécialisées américaines qui ne produisent aucun contenu canadien, reçoivent une compensation pour leurs services. Aucun autre secteur de l'économie, à part celui de la télévision généraliste, n'est privé du droit de recevoir une compensation pour ses services.

Le gouvernement et le CRTC ont reconnu il y a longtemps que les crédits parlementaires de CBC/Radio-Canada sont insuffisants pour lui permettre de remplir son mandat. Cela fait donc plusieurs dizaines d'années qu'ils nous demandent de recourir à la publicité pour trouver les fonds qui manquent, de sorte que les revenus commerciaux représentent aujourd'hui près de 40 % de notre budget. Voilà pourquoi la baisse des revenus publicitaires nuit autant au radiodiffuseur public qu'aux télévisions privées.

À lire M. Chaouch, nous pourrions croire qu'il s'attend à ce que nous continuions à donner gratuitement nos signaux parce que nous recevons des crédits parlementaires, de façon à ce que l'industrie du câble et du satellite puisse continuer à profiter de la vente de ces mêmes signaux.

Via Rail et Postes Canada font payer leurs services à leurs clients même si une bonne partie de leur budget provient des fonds publics. Toutes les sociétés d'État sont tenues d'équilibrer leur budget. Personne n'accepterait qu'un agent de voyages puisse facturer un billet à son client sans payer Via Rail en retour. Et pourtant, c'est exactement ce que font les entreprises de distribution par câble et par satellite actuellement. Elles facturent un ensemble de services à leurs clients et paient tous leurs fournisseurs, sauf les télévisions généralistes qui leur procurent pourtant la majorité du contenu original canadien recherché par les téléspectateurs aux heures de grande écoute.

M. Chaouch mentionne que CBC/Radio-Canada «peut et doit jouer un rôle majeur devant la puissance de production et d'envahissement culturel des États-Unis». C'est précisément ce qu'elle fait, en créant, par exemple, des séries originales dont les qualités innovatrices et audacieuses sont reconnues internationalement, et en diffusant des émissions de nouvelles et d'affaires publiques dans toutes les régions du pays.

Dans un contexte où le CRTC révise le système réglementaire pour permettre aux télévisions généralistes comme TVA et V de négocier avec les entreprises de distribution une compensation pour la valeur de leur signal, nier ce même droit à CBC/Radio-Canada reviendrait à prétendre que les services du radiodiffuseur public n'ont aucune valeur. Ceci entraînerait de très lourdes pertes pour la culture et la démocratie canadiennes.

*****

Hubert T. Lacroix - Président-directeur général de CBC/Radio-Canada
 
 
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