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Médias - Plus que du contenu, il faut du contexte

Paul Cauchon   30 novembre 2009  Médias
Avis à ceux qui croient au «retour du balancier» dans le monde des médias: la révolution est totale, et les journaux et la télévision ne reviendront jamais plus comme avant.

Comme l'affirme le New York Post: depuis l'apparition du rock'n'roll, il n'y a jamais eu un aussi grand fossé générationnel. La jeune génération est en train de radicalement changer les modes de consommation des médias.

C'est ce que soutient un rapport de Media Watch, un groupe de recherche créé par l'Agence France-Presse (AFP), qui suit les tendances et les innovations en matière de révolution numérique. Media Watch, c'est aussi un blogue, alimenté par des journalistes de l'AFP et des chercheurs, qui vient de publier une étude de 120 pages signée Éric Scherer et intitulée Context Is King (oui, bon, c'est un document en français, le titre est en anglais, mais vous savez comment nos cousins d'outre-mer anglicisent tout.).

Brillant portrait

Le document trace un brillant portrait des changements en cours dans le monde des médias. La valeur économique des médias traditionnels s'effondre, peut-on y lire, les grands médias généralistes sont remplacés par une foule de médias de niche, les suppressions d'emplois sont trois plus nombreuses dans le monde des médias que dans le reste de l'économie, les gouvernements sont pris de court, «dépassés par l'effondrement de l'écosystème médiatique» qui était en place, et les patrons de presse souhaitent un «retour du balancier», une «Restauration de l'ordre ancien» qui ne viendra pas.

De plus, de nouveaux joueurs viennent sans cesse grignoter le terrain autour des fournisseurs traditionnels d'information. Ces nouveaux joueurs ce ne sont pas seulement les médias sociaux de type Facebook et Twitter, mais ce sont aussi les grands groupes Internet qui veulent maintenant faire de l'information. AOL (America On Line), par exemple, compte déjà plus de 2000 journalistes à son service, et il entend devenir le plus grand producteur de contenus originaux sur le Web d'ici deux ans. Pour ne pas se laisser dépasser, Yahoo mise tout sur le développement de contenus d'information dans les 18 prochains mois, et MSN suit le train.

Ce ne sont là que quelques exemples. Le groupe Google, lui, prédit que, dans quelques années, il n'y aura plus de canaux de distribution distincts pour la télévision, la radio et le Web. Tout sera numérique. En ligne, il n'y aura plus différence entre ces médias, ou encore entre les journaux et les magazines qui offrent de la vidéo. Chaque usager construira sa propre chaîne d'information, par exemple en s'inscrivant à tous les flux de son choix.

L'accès à Internet, un droit

Du délire? Le rapport fait remarquer que la Finlande est devenue le premier pays à faire de l'accès à Internet un droit. Et en juin dernier, le premier ministre britannique a déclaré qu'Internet est devenu «aussi vital que l'eau ou le gaz». L'accès à Internet sera-t-il bientôt inscrit dans les chartes des droits?

C'est un rapport un peu étourdissant à lire, qui lance plusieurs idées. J'en retiens particulièrement deux. La première, c'est que «le contexte est maintenant roi». On a l'habitude de répéter que, sur le Web, les médias qui s'en tireront le mieux sont ceux qui mettront le contenu en avant. Mais si on veut attirer l'internaute, écrit Media Watch, il faut plutôt contextualiser le contenu. Il faut mettre en avant l'«éditorialisation», l'intelligence, la valeur ajoutée, la spécialisation, les liens. Il faut accompagner le public dans sa consommation d'information, en développant avec lui une relation de partenariat, en apportant des réponses à ses questions.

L'autre idée frappante, dans un registre très différent, c'est de voir à quel point le paiement sur Internet est une question complexe. Le rapport n'apporte pas de solutions claires: il décrit plutôt à quel point il s'agit d'une question délicate.

Le financement des sites d'information par la publicité atteint vite une limite. Dans la presse écrite et à la télévision traditionnelle, la publicité classique recule sans arrêt. Pour se financer, la plupart des grands médias songent donc à introduire des formules de paiement sur Internet. Plusieurs grands journaux l'ont d'ailleurs annoncé pour 2010. Mais leur volonté commence à flancher, soutient le rapport.

Car pour faire accepter à l'internaute un système de paiement, il faut que tout le monde le fasse en même temps. Si un acteur important de la grande Toile reste gratuit, les internautes navigueront vers les sites qui resteront gratuits. Autrement dit, «le premier qui dégaine [en imposant le paiement] est mort si tous les autres ne suivent pas», écrit le rapport.

De plus, le système ne peut pas fonctionner sur des contenus identiques aux autres et sans valeur ajoutée. Les entreprises prévoient donc maintenant des stratégies hybrides, en faisant payer à la pièce certains contenus ciblés, mais en laissant une partie de leur matériel circuler gratuitement. Et elles cherchent à développer de nouveaux services hors de leurs activités traditionnelles.






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