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Un coup de coeur nommé Aveux

Fin d'une télésérie qui a passionné les Québécois

Stéphane Baillargeon   24 novembre 2009  Télévision
Le comédien Maxime Denommée incarne Simon/Carl, personnage principal de la télésérie Aveux.
Photo : Radio-Canada
Le comédien Maxime Denommée incarne Simon/Carl, personnage principal de la télésérie Aveux.
Radio-Canada diffuse ce soir la conclusion de sa mégamerveilleuse série Aveux, de loin la plus belle surprise de la rentrée automnale au petit écran. Retour sur une production hors norme avec l'auteur, Serge Boucher, et le réalisateur, Claude Desrosiers.

Le client a toujours raison, et le public, lui, n'a pas nécessairement tort. Même si, en votant avec sa télécommande, le bon peuple place immanquablement La Poule aux oeufs d'or ou Le Banquier parmi les émissions les plus regardées au Québec. Pour se réconcilier avec la justesse et l'intelligence du téléspectateur moyen, vous et nous quoi, il suffit d'aller lire les innombrables commentaires que suscite la série Aveux, une des plus admirables surprises de la télévision québécoise des dernières années.

Les exégètes du dimanche n'en finissent plus de décortiquer les enjeux d'Aveux autour de questions étriquées du genre: «Est-ce que Charles en sait plus qu'il ne le laisse paraître?» Les répondants en profitent souvent pour passer la pommade de long en large et le plumeau de haut en bas.

«Aveux est une magnifique série qui a le mérite de nous faire réfléchir sur notre soi-disant bonheur et nos relations avec chacun, écrivait avant-hier une téléspectatrice comblée, de son île des Soeurs. Encore une fois un gros merci.»

L'auteur d'Aveux, Serge Boucher, ne s'en cache pas: il se délecte de ces échanges surmultipliés. «Je suis juste heureux, dit-il. On a notre dose quotidienne de réactions positives, et ça fait franchement plaisir. Je suis particulièrement étonné par l'amas de spéculations autour de l'histoire.»

Dramaturge encensé (Motel Hélène, Natures mortes...), il vit sa première expérience à la télévision et mesure du même coup l'impact de ce média encore surpuissant. «Je suis très fier de cette série, confie-t-il. Je veux dire de ce qu'elle est devenue en passant de l'écriture à l'écran: une série rassembleuse, pour tous, qui se regarde en famille, à tous âges, qui parle au coeur du monde».

Le réalisateur Claude Desrosiers, pourtant habitué aux éloges populaires depuis la série Les Hauts et des Bas de Sophie Paquin, parle d'un engouement hors du commun. «On sent le buzz, dit-il. On sent que l'on touche quelque chose de beaucoup plus large.»

Serge Boucher raconte avoir été contacté par des maisons de production dès sa première pièce, en 1993. Il a longtemps refusé les avances parce qu'il n'avait «aucun projet» et attendait que «quelque chose [lui] parle dans le ventre». Il a rappelé un producteur en 2001 et abandonné son premier projet après six mois de travail. «J'ai décidé d'arrêter tout ça un vendredi soir, à cinq heures, au coin de Viger et de Saint-Hubert, dans mon auto, après une réunion. J'ai rappelé la maison trois semaines après pour annoncer que j'avais une nouvelle idée qui est devenue Aveux. Je suis parti d'une note que j'avais dans un cahier.»

Il a mis cinq ans à en venir à bout et il a choisi la série télé précisément parce que ce moyen d'expression lui permettait de raconter une saga familiale sur plusieurs heures. «Je ne voulais pas que mon passage à la télé soit un accident de parcours, dit-il. Je voulais que ce soit honnête et senti, comme mon théâtre, comme tout ce que j'ai à faire dans la vie. Je ne sais pas grand-chose, mais je sais où je dois être. Je veux dire que Simon/Carl me troublait assez pour que je puisse y consacrer bien des efforts.»


«Silences habités»

Simon/Carl est le personnage principal, incarné par Maxime Denommée. Les habitués le savent, et les autres n'ont qu'eux à blâmer pour cette ignorance (en attendant le coffret de DVD). Simon qui est devenu Carl est beau et triste à la fois et il appelle la compassion comme d'autres s'attirent les foudres. «C'est un petit poulet qu'on a le goût de serrer dans nos bras, dit le réalisateur. Il est attachant au premier regard.»

Tous les éléments font corps dans cette production, de la musique aux plans, mais les interprètes dirigés royalement comptent pour beaucoup, énormément, passionnément dans le succès. La mère, incarnée par Danielle Proulx, mériterait plusieurs prix à elle seule, et ils viendront certainement. «C'est un rôle très fort, ajoute M. Desrosiers. Il y a très peu d'actrices qui ont assez de culot pour jouer ce rôle.»

Serge Boucher aime répéter, un peu comme l'auteur américain John Dos Passos, que dans ses portraits pour le théâtre «même les paquets de cigarettes parlent plus fort que les personnages». Claude Desrosiers a conservé et à vrai dire amplifié ces silences bruissants. «J'ai lu le texte en boucle peut-être vingt ou trente fois, avant de commencer à tourner, dit-il. Je voulais le maîtriser sur le bout des doigts, entre autres parce qu'on tournait les scènes dans le désordre, en nous déplaçant de lieu en lieu. Je voulais aussi comprendre le sous-texte. Serge Boucher écrit de magnifiques dialogues réalistes, mais le plus important dort en dessous. Les personnages parlent de tondre le gazon, alors qu'ils retiennent d'immenses secrets. Leurs silences sont habités.»

Habités par des secrets, lentement avoués donc, comme dans le théâtre de Serge Boucher, également surchargé de rêves oubliés et de cauchemars enfouis. «J'ai l'impression de revisiter des lieux communs, avoue-t-il finalement. Aveux, c'est une histoire classique. Les secrets sont à la base des histoires depuis la nuit des temps. De la vie aussi. Les humains se fréquentent sans comprendre de quoi les autres sont en train de vivre ou de mourir. Ce problème m'obsède.» Claude Desrosiers cite alors une réplique répétée quelques fois par des personnages d'Aveux: «Si seulement on pouvait être dans la tête de ceux qu'on aime...»

La dernière belle grande lobotomie est pratiquée ce soir. «Ça aura été une magnifique série, mais toute bonne chose a une fin, a écrit il y a quelques jours un autre fan, sur le site de Radio-Canada. J'espère seulement que M. Boucher en écrira une autre pour la prochaine saison.»

Eh bien, non. Il n'y aura pas d'Aveux II, le dévoilement des secrets ne pouvant, ne devant servir qu'une seule fois, comme les allumettes. Seulement, Serge Boucher promet qu'il écrira à nouveau pour la télévision. L'auteur aussi a toujours raison...






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  • Bernard Gervais
    Abonné
    mardi 24 novembre 2009 01h50
    AVEUX : de la télévision à son meilleur !
    Ça faisait longtemps que Radio-Canada ne nous avait pas présenté une série dramatique aussi remarquable qu'AVEUX. L'intrigue est passionnante et ne nous laisse aucun répit (chaque phrase du texte est importente !). De plus, les comédiens, surtout Danielle Proulx, Maxime Denommée et Marie-Ginette Guay y sont remarquables !

    On m'avait déjà dit beaucoup de bien des oeuvres théâtrales de Serge Boucher (par exemple MÔTEL HÉLÈNE). Cependant, j'ignorais que celui-ci avait autant de talent.

    L'épisode de la semaine dernière m'a particulièrement secoué, notamment cette scène en flash-back nous montrant Carl, adolescent, avec Jean-Pierre à l'opéra. Ici, Boucher ose aborder le sujet plus que tabou des liens de complicité qui peuvent parfois s'établir entre un abuseur et sa victime...

    J'ai bien hâte de connaître la conclusion de cette série et souhaite, bien entendu, que Serge Boucher écrive à nouveau pour le petit écran !

  • Ginette Bertrand
    Inscrite
    mardi 24 novembre 2009 04h26
    Très heureuse de la décision de l'auteur
    On ne peut pas donner une suite à une série prenante et chargée d'émotions fortes comme Aveux sans risquer de tomber dans le téléroman gnan-gnan. L'auteur a mis cinq ans à l'écrire, et ça paraît. Chaque mot est pesé et significatif et, comme vous dites, "le plus important demeure en dessous". Le réalisateur et les comédiens l'ont parfaitement compris et rendu de façon magistrale. Ça donne des moments de grâce dont l'étirement viendrait tout gâcher.

  • Guy
    Inscrit
    mardi 24 novembre 2009 05h13
    Petit coquille
    Bonjour,
    Ce commentaire est seulement pour vous mentionner que c'est Carl qui est devenu Simon, et non l'inverse.

  • Pierre Lambert
    Abonné
    mardi 24 novembre 2009 08h26
    De la très grande télévision!
    Je partage grandement votre enthousiasme M. Baillargeon, rarement une série télé est venue me chercher aussi fortement qu'Aveux. Chaque mardi soir s'installait dans mon salon une atmosphère de grand-messe pour écouter l'épisode hebdomadaire. Pas de bruit et beaucoup de concentration pour ne pas échapper une parcelle d'image ou de dialogue, car dans cette émission, chaque seconde avait son importance dans le déroulement de l'intrigue. Je suis anxieux de voir la finale, mais déjà je peux dire que c'est la meilleure série télé que j'ai eu la chance de suivre. Bravo à toute l'équipe!

  • Pierre Schneider
    Abonné
    mardi 24 novembre 2009 09h27
    De la grande télé
    Je ne regarde pas beaucoup la télé, sauf les affaires publiques, mais j'avoue que je suis tombé un soir sur cette série et que j'ai été subjugué. Raison de plus pour ne pas couper dans les budgets alloués à la créativité québécoise.

  • Julie Auger
    Abonné
    mardi 24 novembre 2009 12h59
    Vivement le coffret!
    J'ai très hâte de pouvoir regarder cette série dans mon Indiana lointain...

  • Lorraine Guillet
    Abonnée
    mardi 24 novembre 2009 18h22
    attendre le dvd ou...?
    J'ai regardé le 1er épisode,eu droit à toutes les bandes-annonces, mais n'ai pu regarder les autres épisodes, étant occupée ailleurs le mardi.
    Ce soir, j'ai le choix de regarder la dernière pour savoir la fin et sauver du temps...ou attendre le dvd pour me l'offrir en rafale et m'en délecter à plein....Que faire!!!!!!

    L.Guillet, St-Lambert

  • Gilbert Morin
    Abonné
    mardi 24 novembre 2009 20h18
    Qulle belle émission, merci
    Je suis demeuré accroché à cette belle série. Les personnages sont bons et très bien joués. C'est la TV que j'adore. Bravo aux responsables et félicitations pour votre beau texte et qui rend justice aux artisants.

  • jeanseb roux
    Inscrit
    mercredi 25 novembre 2009 09h54
    calmons-nous
    je dois avouer que Aveux est une perle. réalisation, scénario et surtout, jeux d'acteurs. c'est captivant, vibrant, touchant.
    mais je me dois de dire que j'ai un problème à voir un journaliste écrire de la sorte dans un journal sérieux, qui plus est, le Devoir.
    mégamerveilleuse? Dramaturge encensé? dirigés royalement? belle grande lobotomie????
    si au moins ça servait le propos. Mégamerveilleuse???
    emballement ne donne pas droit de sortir de la petite rigueur journalistique...

  • Fernande Trottier
    Abonnée
    mercredi 25 novembre 2009 17h07
    Madame Lorraine - attendre le DVD...non!
    J'espère que vous avez regardé la dernière et qu'ensuite vous vous offrirez ce bijou en rafale... peut-être deux ou trois fois.. c'est selon !!

  • Jocelyn Delorme
    Abonné
    vendredi 27 novembre 2009 12h11
    Le bonheur cette série !
    Je suis en Gaspésie pour 2 semaines et j'avais programmé la fin de la série sur mon vidéo en souhaitant aucune panne d'électricité... Quel bonheur de constater que cette série est sur le Web de Radio-Canada! En région, on a besoin de se faire nourrir l'esprit ... Merci à Serge Boucher et à toute l'équipe pour leur investissement. Je vous en suis reconnaissante.
    M. Delorme

  • Henry Fleury
    Inscrit
    samedi 28 novembre 2009 06h46
    L'aveu manquant
    Pauline a-t-elle baisé ou non avec Jean-Pierre ? Si oui, c'est l'aveu manquant !

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