Médias - Des idées pour régler la crise des médias ?
Photo : Agence France-Presse Bertrand Langlois
En France, tous les moyens sont bons pour intéresser les jeunes à la lecture des journaux.
Gros contrat pour Dominique Payette. Et long contrat. Car l'ancienne journaliste de Radio-Canada, devenue professeure à l'Université Laval, a plus d'un an pour remettre un rapport sur l'état de la presse et du journalisme.
Il y a une semaine, la ministre de la Culture et des Communications lui a confié la présidence d'une commission d'étude sur la presse. Le champ d'études pourrait être vaste: la concentration des médias, la formation des journalistes, le statut des pigistes, les difficultés économiques de la presse, les moyens dont dispose le Conseil de presse, le droit d'auteur sur Internet; bref, il y a de quoi s'occuper!
Bonne chance, Mme Payette!
On souhaite la meilleure des chances à Mme Payette. Car pour mener à bien son travail, sa commission d'étude pourra consulter plusieurs rapports écrits depuis 20 ans sur le rôle des médias, rapports qui ont tous fini sur les tablettes.
En 2003, par exemple, le comité des communes de Patrimoine Canada remettait un rapport sur les médias, qui demandait que le gouvernement publie un énoncé «clair et sans équivoque» sur la propriété croisée des médias. Le rapport a été enterré avec la campagne électorale qui a porté les conservateurs au pouvoir.
La même année, à la demande du ministère québécois de la Culture et des Communications, la journaliste et professeure Armande Saint-Jean remettait un rapport sur les médias, qui recommandait, par exemple, de créer un Conseil de l'information, qui aurait géré un fonds d'aide aux médias indépendants. Une proposition controversée.
Ce rapport proposait aussi d'adopter une Loi de l'information, pour obliger les entreprises de presse à adopter un code d'éthique. Enterrement de première classe là aussi, par le gouvernement péquiste de l'époque.
Mme Payette pourra aussi consulter le rapport de la table de concertation sur la qualité de langue dans les médias, qui remettait il y a six ans au gouvernement une série de recommandations très générales et bon enfant, du genre «il faut sensibiliser les médias à l'importance du français».
L'année dernière, c'est le Conseil de presse du Québec qui remettait un rapport après une longue tournée régionale. Cette tournée avait constaté les dérives du sensationnalisme dans les médias, et elle témoignait des difficultés des régions éloignées à avoir accès à une information complète. Car si dans les grandes villes on discute des effets de la surabondance d'informations sur Internet, dans certains villages québécois, on en est encore à se demander pourquoi on n'arrive pas à obtenir un accès rapide à Internet, sinon un accès tout court!
Personne n'a trop semblé s'émouvoir de ce rapport à Québec.
L'indispensable volonté politique
Pour travailler plus rapidement, Mme Payette pourra toutefois examiner ce qui se fait à l'étranger. Et constater que, pour faire bouger les choses, ça prend d'abord et avant tout une ferme volonté politique.
Aux États-Unis, un comité sénatorial a tenu des audiences en mai dernier sur l'avenir des journaux. C'est le sénateur John Kerry, donc un élu, qui a lancé ce débat et présidé le comité. Il faut dire que M. Kerry, représentant du Massachusetts, était fort inquiet de la possible disparition du Boston Globe. Qu'une grande ville comme Boston soit privée de son grand journal lui est apparu, avec raison, comme une véritable menace à la démocratie, à la liberté d'expression et à la libre circulation des idées.
Selon les comptes rendus que j'ai consultés, les discussions semblent avoir surtout porté sur la mise en place de mesures très concrètes pour aider la presse. Par exemple, permettre aux entreprises de transformer les journaux en compagnies à but non lucratif, pour qu'ils soient moins dépendants de la course aux profits et de la sacro-sainte rentabilité. Donner congé de taxes aux éditeurs de journaux. Ou encore, accorder un crédit d'impôt aux citoyens qui achètent un journal!
Aux dernières nouvelles, le gouvernement américain ne semble pas avoir bougé sur le sujet.
Le gouvernement français, lui, est allé beaucoup plus loin. Après avoir tenu l'année dernière des états généraux sur la presse, le gouvernement Sarkozy lançait, en janvier dernier, tout un train de mesures: report d'une hausse de tarifs postaux pour soulager les journaux, soutien à la distribution, engagement de l'État à doubler ses dépenses de communications institutionnelles dans la presse écrite, création d'un statut d'éditeur en ligne, et ainsi de suite. Un plan de trois ans, dans lequel sont engagés des centaines de millions d'euros.
La mesure la plus étonnante, lancée à la fin octobre: une campagne d'abonnement gratuit pour un an à un quotidien, pour les 18-24 ans. Le gouvernement français s'était engagé à soutenir 200 000 abonnements, et la campagne a connu un succès fou, semble-t-il.
On pensera ce que l'on veut de ces mesures, force est de constater que l'on peut faire preuve d'imagination sans intervenir directement dans le contenu des médias. Encore faut-il avoir la volonté de bouger.
Il y a une semaine, la ministre de la Culture et des Communications lui a confié la présidence d'une commission d'étude sur la presse. Le champ d'études pourrait être vaste: la concentration des médias, la formation des journalistes, le statut des pigistes, les difficultés économiques de la presse, les moyens dont dispose le Conseil de presse, le droit d'auteur sur Internet; bref, il y a de quoi s'occuper!
Bonne chance, Mme Payette!
On souhaite la meilleure des chances à Mme Payette. Car pour mener à bien son travail, sa commission d'étude pourra consulter plusieurs rapports écrits depuis 20 ans sur le rôle des médias, rapports qui ont tous fini sur les tablettes.
En 2003, par exemple, le comité des communes de Patrimoine Canada remettait un rapport sur les médias, qui demandait que le gouvernement publie un énoncé «clair et sans équivoque» sur la propriété croisée des médias. Le rapport a été enterré avec la campagne électorale qui a porté les conservateurs au pouvoir.
La même année, à la demande du ministère québécois de la Culture et des Communications, la journaliste et professeure Armande Saint-Jean remettait un rapport sur les médias, qui recommandait, par exemple, de créer un Conseil de l'information, qui aurait géré un fonds d'aide aux médias indépendants. Une proposition controversée.
Ce rapport proposait aussi d'adopter une Loi de l'information, pour obliger les entreprises de presse à adopter un code d'éthique. Enterrement de première classe là aussi, par le gouvernement péquiste de l'époque.
Mme Payette pourra aussi consulter le rapport de la table de concertation sur la qualité de langue dans les médias, qui remettait il y a six ans au gouvernement une série de recommandations très générales et bon enfant, du genre «il faut sensibiliser les médias à l'importance du français».
L'année dernière, c'est le Conseil de presse du Québec qui remettait un rapport après une longue tournée régionale. Cette tournée avait constaté les dérives du sensationnalisme dans les médias, et elle témoignait des difficultés des régions éloignées à avoir accès à une information complète. Car si dans les grandes villes on discute des effets de la surabondance d'informations sur Internet, dans certains villages québécois, on en est encore à se demander pourquoi on n'arrive pas à obtenir un accès rapide à Internet, sinon un accès tout court!
Personne n'a trop semblé s'émouvoir de ce rapport à Québec.
L'indispensable volonté politique
Pour travailler plus rapidement, Mme Payette pourra toutefois examiner ce qui se fait à l'étranger. Et constater que, pour faire bouger les choses, ça prend d'abord et avant tout une ferme volonté politique.
Aux États-Unis, un comité sénatorial a tenu des audiences en mai dernier sur l'avenir des journaux. C'est le sénateur John Kerry, donc un élu, qui a lancé ce débat et présidé le comité. Il faut dire que M. Kerry, représentant du Massachusetts, était fort inquiet de la possible disparition du Boston Globe. Qu'une grande ville comme Boston soit privée de son grand journal lui est apparu, avec raison, comme une véritable menace à la démocratie, à la liberté d'expression et à la libre circulation des idées.
Selon les comptes rendus que j'ai consultés, les discussions semblent avoir surtout porté sur la mise en place de mesures très concrètes pour aider la presse. Par exemple, permettre aux entreprises de transformer les journaux en compagnies à but non lucratif, pour qu'ils soient moins dépendants de la course aux profits et de la sacro-sainte rentabilité. Donner congé de taxes aux éditeurs de journaux. Ou encore, accorder un crédit d'impôt aux citoyens qui achètent un journal!
Aux dernières nouvelles, le gouvernement américain ne semble pas avoir bougé sur le sujet.
Le gouvernement français, lui, est allé beaucoup plus loin. Après avoir tenu l'année dernière des états généraux sur la presse, le gouvernement Sarkozy lançait, en janvier dernier, tout un train de mesures: report d'une hausse de tarifs postaux pour soulager les journaux, soutien à la distribution, engagement de l'État à doubler ses dépenses de communications institutionnelles dans la presse écrite, création d'un statut d'éditeur en ligne, et ainsi de suite. Un plan de trois ans, dans lequel sont engagés des centaines de millions d'euros.
La mesure la plus étonnante, lancée à la fin octobre: une campagne d'abonnement gratuit pour un an à un quotidien, pour les 18-24 ans. Le gouvernement français s'était engagé à soutenir 200 000 abonnements, et la campagne a connu un succès fou, semble-t-il.
On pensera ce que l'on veut de ces mesures, force est de constater que l'on peut faire preuve d'imagination sans intervenir directement dans le contenu des médias. Encore faut-il avoir la volonté de bouger.
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