Avenir de la télévision - Le CRTC doit se porter garant du retour à l'ordre
André Provencher - Président de La Presse Télé et président du conseil de l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ)
20 novembre 2009
Médias
Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) entend depuis lundi dernier les points de vue et propositions des parties intéressées par la situation de la programmation locale et du financement des chaînes généralistes. Au cours de l'automne, le Fonds des médias du Canada mène aussi une vaste consultation sur les lignes directrices devant guider la gestion des fonds alloués au financement des émissions canadiennes.
Sans être liées directement, ces questions partagent certains traits communs, plutôt désarmants pour notre télévision nationale. En effet, le cadre généralement serein de notre système réglementaire se prête de plus en plus à des influences dignes du Far West pour la défense de positions et d'intérêts qui, à l'évidence, ne concordent pas toujours avec les objectifs inscrits dans la loi.
Fondements de la télévision
Depuis des mois, les parties qui s'affrontent autour de la redevance convoitée par les chaînes généralistes se livrent une guerre publicitaire sans merci et sans nuances. Il y a deux ans, certaines entreprises de distribution ont eu recours à un stratagème — également digne du Far West — pour forcer la refonte du Fonds canadien de télévision. En interrompant leurs contributions obligatoires à ce fonds, elles ont délibérément joué des bras pour imposer leur façon de penser.
Dans tous ces débats, souvent irrationnels, il ne faut pas perdre de vue les fondements et les réalités de notre télévision. Elle doit, conformément à la loi, servir principalement les objectifs des communautés anglophone et francophone du pays. Comme il se doit, la réglementation afférente impose des obligations, des responsabilités et des contraintes aux entreprises ayant obtenu le privilège d'une licence d'exploitation, soit de radiodiffusion, soit de distribution. Ni l'une ni l'autre de ces industries ne fonctionnent dans un contexte de libre marché. Tous les prétendants savent que les barrières à l'entrée sont fermes et qu'une licence se mérite en fonction des apports à l'enrichissement, à la qualité et à la diversité des services de programmation et de distribution.
Présence fondamentale
Cela dit, il est vraisemblable que l'autorité réglementaire ait pu, au fil du temps, prendre certaines décisions inadéquates ou inappropriées. Personne n'est parfait. Le plus souvent, néanmoins, elle a évité aux habitants du pays de véritables dérives, pilotant avec succès l'évolution de notre télévision vers la modernité et l'abondance des services offerts. C'est pourquoi le CRTC, et le gouvernement qui lui assure sa légitimité, doivent profiter des débats actuels pour réaffirmer haut et fort la pertinence de la réglementation et renforcer le rôle de l'institution. Le CRTC est le garant de l'intérêt public, mais aussi de l'ordre, de l'équilibre et du bon fonctionnement de nos services de programmation et de distribution.
Dans les décisions à venir, il est à souhaiter que le CRTC prenne acte des difficultés financières auxquelles se heurtent les chaînes de télévision généralistes, qu'elles soient publiques ou privées. Ces difficultés sont bien réelles, bien que leur niveau puisse différer grandement d'une entreprise à l'autre. Certaines, comme TVA, se tirent plutôt bien d'affaire. Quoi qu'il en soit, les chaînes généralistes constituent encore la principale source d'information et de divertissement au petit écran. Plus encore, elles incarnent la sauvegarde de la vitalité et de l'originalité de notre télévision. Leur présence est fondamentale, et il est clair que la vigueur de leurs contributions dépend de leur santé financière.
Télé créative
Le CRTC est donc appelé à définir les mesures qui pourront assurer aux citoyens un accès grandissant à des services de programmation de qualité, composée prioritairement d'émissions canadiennes. Et s'il doit pour y parvenir revoir les modèles d'affaires de l'industrie, qu'il le fasse avec le souci d'un financement stable, juste et équitable. Certains principes s'imposent toutefois: premièrement, les décisions à prendre sont guidées par l'intérêt public. Deuxièmement, l'argent des Canadiens, qu'il transite par les gouvernements ou par les entreprises de distribution, doit d'abord servir à financer la programmation d'émissions canadiennes. Troisièmement, les systèmes de radiodiffusion anglophone et francophone diffèrent et n'appellent pas des décisions symétriques. Quatrièmement, les rapports entre les parties prenantes du système de radiodiffusion doivent être justes et, au besoin, arbitrés par l'autorité réglementaire.
Au Québec, nous avons l'avantage d'une télévision qui s'est construite à notre image. Elle est créative, elle est distinctive, elle est fortement identitaire, elle est réussie, et elle fournit à des milliers de créateurs, d'artistes et d'artisans une occasion indispensable de faire valoir leurs talents exceptionnels. Par leurs investissements, leur savoir-faire et leur rôle d'entrepreneurs culturels, les producteurs indépendants font partie de cette recette gagnante. La plupart des chaînes de télévision et des distributeurs le reconnaissent d'emblée. Les décisions qui suivront les travaux du CRTC et la consultation du Fonds des médias du Canada doivent en faire autant.
Sans être liées directement, ces questions partagent certains traits communs, plutôt désarmants pour notre télévision nationale. En effet, le cadre généralement serein de notre système réglementaire se prête de plus en plus à des influences dignes du Far West pour la défense de positions et d'intérêts qui, à l'évidence, ne concordent pas toujours avec les objectifs inscrits dans la loi.
Fondements de la télévision
Depuis des mois, les parties qui s'affrontent autour de la redevance convoitée par les chaînes généralistes se livrent une guerre publicitaire sans merci et sans nuances. Il y a deux ans, certaines entreprises de distribution ont eu recours à un stratagème — également digne du Far West — pour forcer la refonte du Fonds canadien de télévision. En interrompant leurs contributions obligatoires à ce fonds, elles ont délibérément joué des bras pour imposer leur façon de penser.
Dans tous ces débats, souvent irrationnels, il ne faut pas perdre de vue les fondements et les réalités de notre télévision. Elle doit, conformément à la loi, servir principalement les objectifs des communautés anglophone et francophone du pays. Comme il se doit, la réglementation afférente impose des obligations, des responsabilités et des contraintes aux entreprises ayant obtenu le privilège d'une licence d'exploitation, soit de radiodiffusion, soit de distribution. Ni l'une ni l'autre de ces industries ne fonctionnent dans un contexte de libre marché. Tous les prétendants savent que les barrières à l'entrée sont fermes et qu'une licence se mérite en fonction des apports à l'enrichissement, à la qualité et à la diversité des services de programmation et de distribution.
Présence fondamentale
Cela dit, il est vraisemblable que l'autorité réglementaire ait pu, au fil du temps, prendre certaines décisions inadéquates ou inappropriées. Personne n'est parfait. Le plus souvent, néanmoins, elle a évité aux habitants du pays de véritables dérives, pilotant avec succès l'évolution de notre télévision vers la modernité et l'abondance des services offerts. C'est pourquoi le CRTC, et le gouvernement qui lui assure sa légitimité, doivent profiter des débats actuels pour réaffirmer haut et fort la pertinence de la réglementation et renforcer le rôle de l'institution. Le CRTC est le garant de l'intérêt public, mais aussi de l'ordre, de l'équilibre et du bon fonctionnement de nos services de programmation et de distribution.
Dans les décisions à venir, il est à souhaiter que le CRTC prenne acte des difficultés financières auxquelles se heurtent les chaînes de télévision généralistes, qu'elles soient publiques ou privées. Ces difficultés sont bien réelles, bien que leur niveau puisse différer grandement d'une entreprise à l'autre. Certaines, comme TVA, se tirent plutôt bien d'affaire. Quoi qu'il en soit, les chaînes généralistes constituent encore la principale source d'information et de divertissement au petit écran. Plus encore, elles incarnent la sauvegarde de la vitalité et de l'originalité de notre télévision. Leur présence est fondamentale, et il est clair que la vigueur de leurs contributions dépend de leur santé financière.
Télé créative
Le CRTC est donc appelé à définir les mesures qui pourront assurer aux citoyens un accès grandissant à des services de programmation de qualité, composée prioritairement d'émissions canadiennes. Et s'il doit pour y parvenir revoir les modèles d'affaires de l'industrie, qu'il le fasse avec le souci d'un financement stable, juste et équitable. Certains principes s'imposent toutefois: premièrement, les décisions à prendre sont guidées par l'intérêt public. Deuxièmement, l'argent des Canadiens, qu'il transite par les gouvernements ou par les entreprises de distribution, doit d'abord servir à financer la programmation d'émissions canadiennes. Troisièmement, les systèmes de radiodiffusion anglophone et francophone diffèrent et n'appellent pas des décisions symétriques. Quatrièmement, les rapports entre les parties prenantes du système de radiodiffusion doivent être justes et, au besoin, arbitrés par l'autorité réglementaire.
Au Québec, nous avons l'avantage d'une télévision qui s'est construite à notre image. Elle est créative, elle est distinctive, elle est fortement identitaire, elle est réussie, et elle fournit à des milliers de créateurs, d'artistes et d'artisans une occasion indispensable de faire valoir leurs talents exceptionnels. Par leurs investissements, leur savoir-faire et leur rôle d'entrepreneurs culturels, les producteurs indépendants font partie de cette recette gagnante. La plupart des chaînes de télévision et des distributeurs le reconnaissent d'emblée. Les décisions qui suivront les travaux du CRTC et la consultation du Fonds des médias du Canada doivent en faire autant.
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