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    Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec - Une meute en crise

    Brian Myles du Devoir est élu président de la fédération

    16 novembre 2009 |Stéphane Baillargeon | Médias
    Brian Myles du Devoir, nouveau président de la FPJQ
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Brian Myles du Devoir, nouveau président de la FPJQ
    Le journaliste aime bien se présenter comme un chien de garde de la démocratie, de la liberté d'expression, du droit du public à l'information, de la vérité aussi. Que de belles et nobles valeurs. Seulement, les cerbères ont de moins en moins de dents et de jeu dans leur laisse. Les toutous de tous genres, du bon chien de poche au fin pisteur, ont passé la fin de semaine au congrès annuel de la Fédération des journalistes du Québec (FPJQ) à rapporter en meute des preuves de leur pénible situation.

    La course à la présidence concentrait les enjeux. Pour une première fois en quatre décennies, deux candidats s'affrontaient pour la position de tête. Le combat s'est terminé par l'élection de Brian Myles et de collègues qui promettent de s'impliquer plus fermement dans la défense des principes fondamentaux du journalisme et des intérêts des journalistes. Une troupe avec plus de mordant, quoi. M. Myles, qui travaille au Devoir depuis une quinzaine d'années, l'a emporté contre François Cardinal, journaliste de La Presse et chroniqueur de Radio-Canada.

    La Fédération regroupe les forces vives de la profession, les reporters, les photographes, comme les cadres de tous les médias. Environ 500 personnes, dont une centaine d'étudiants, ont participé aux rencontres et débats étalés sur trois jours, à Sherbrooke. Plus de 260 membres ont exercé leur droit de vote.

    «Il y a eu un débat démocratique, et nous en sortons rassemblés autour des grands principes de notre profession, a dit le nouveau président à son journal, la main qui le nourrit quoi, après son élection, hier matin. Nous nous entendons tous sur ces balises, la liberté d'expression et la liberté de presse, par exemple. Le débat portait sur la manière d'exprimer la défense de ces grandes idées sur la place publique. Une part des membres trouvait que la Fédération était assez frileuse depuis quelque temps.»

    Le président sortant, François Bourque, chroniqueur au Soleil, a choqué avec certaines positions, notamment dans le cadre du conflit de travail au Journal de Montréal. Quand des députés de l'Assemblée nationale ont voulu boycotter le quotidien en lock-out, il a exprimé ses réserves au nom de la liberté de presse.

    «Comme d'autres, j'estime que François Bourque a brisé son devoir de neutralité, a dit M. Myles samedi, dans son discours de candidat. À mon humble avis, la FPJQ aurait dû [...] ne pas s'en mêler. Comme président, j'entends respecter ce principe de neutralité. Que nous soyons pigistes, salariés, cadres, la neutralité, c'est la condition première qui nous permettra de retrouver notre unité.»

    La frustration des membres de la FPJQ pourrait avoir eu raison de l'autre candidat, avalisé comme dauphin par le président sortant. Pendant un temps, François Cardinal a affronté Martin Bisaillon, un «lockouté» du Journal de Montréal qui s'est retiré de la course à quelque jours du vote après la révélation de commentaires disgracieux sur ses patrons glanés depuis des mois dans ses interventions sur des sites de discussion. Un canidé mal élevé.

    Le nouveau président a répété que cette neutralité ne devait pas empêcher la FPJQ de «sonner l'alarme» et de «s'interroger» sur «la concentration de la presse et la convergence, les salles de presse atrophiées, un lockout ou une menace de lockout, la qualité ou la diversité de l'info». Deux nouveaux membres du conseil d'administration, Isabelle Richer de Radio-Canada et André Noël de La Presse, faisaient équipe derrière ce programme.

    Les tables rondes et les ateliers de samedi ont mis en évidence les effets concrets de certains de ces problèmes. Celui sur la très pénible situation des journalistes couvrant l'actualité locale en dehors des grands centres a multiplié les exemples sidérants de contrôle de l'information et de brimades de journalistes par des maires et des notables qui agissent comme des maîtres.

    Le président Myles promet de s'occuper de ce dossier en priorité. «Il faut aller au bâton assez vite et dénoncer ceux qui musellent les journalistes, qui bloquent l'accès à l'information», dit celui qui veut organiser une tournée des régions du Québec pour «écouter, consulter et continuer les débats».

    Bien d'autres aspects de la crise ont été abordés en groupe, de la situation pénible des pigistes à la possibilité d'obtenir de l'aide de l'État pour les médias. Certains ateliers manquaient toutefois de perspective critique. Celui sur la gratuité de l'information n'avait par exemple aucun représentant pour défendre cette option de diffusion, qui cumule déjà plus de la moitié des exemplaires des quotidiens lus en Espagne. En fait, très peu de commentaires entendus ont remis en question la qualité de l'information produite par certains médias québécois, ou simplement discuté du public qui délaisse les médias traditionnels.

    Bref, trop souvent, les chiens de garde jappaient entre eux et rongeaient leur os, aveuglés dans leurs niches. «J'ai l'impression d'assister à un congrès d'ouvriers de GM qui se lamentent parce que les autos ne se vendent plus, mais qui ne remettent jamais en question la qualité des chars qu'ils produisent eux-mêmes», a résumé un jeune loup qui en était à son premier... et son dernier congrès.












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