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L'information en déroute

Lise Payette   13 novembre 2009  Médias
Chaque jour, je constate que les journaux sont de plus en plus minces. Les journalistes du Journal de Montréal continuent de faire le trottoir, victimes d'un lock-out qui aura bientôt un an, et ceux de La Presse sont menacés de mise à pied définitive à compter du 1er décembre prochain à moins d'accepter des conditions de travail nettement moins intéressantes que celles qu'ils connaissent maintenant. La récession fait sournoisement ses ravages et les journaux existants ont du mal à remplir leurs pages de publicité. Pourtant, nous vivons une période où l'information est plus essentielle que jamais.

La démocratie est bafouée ici même. Nous ne sommes même pas sûrs que les élections que nos politiciens multiplient à volonté servent vraiment notre intérêt et pas seulement celui de ceux qui en abusent. Les valeurs que nous nous sommes données sont régulièrement remises en question. La corruption s'est installée à plusieurs niveaux de nos administrations et nous n'arrivons pas à faire entendre raison à notre gouvernement, qui refuse de mettre sur pied une commission d'enquête afin que nous puissions faire le ménage qui s'impose dans nos institutions.

Attention, je ne dis pas qu'on manque de nouvelles. On en a même plus qu'on en souhaite souvent. Les chaînes de télévision qui sont consacrées aux nouvelles nous en servent 24 heures sur 24. Elles sont toutes servies à la même sauce, sans saveur particulière, et surtout, sans accompagnement. Souvent, elles servent à faire du remplissage entre les plages publicitaires. Elles ne sont jamais accompagnées d'une analyse solide. Jamais. On ne vous dira jamais pourquoi la révolte a eu lieu. On vous dira seulement qu'il y a eu 200 morts. Point à la ligne.

La nouvelle, le fait froid, ne manque pas. Il m'arrive même de penser qu'il y en a trop. Ce qui manque, c'est l'information. L'information et la nouvelle, ce n'est pas tout à fait la même chose, me semble-t-il. Je fais partie de ceux qui veulent savoir POURQUOI la révolte a eu lieu et COMMENT ils vont s'en sortir. QUI pourra contenir le mouvement si nécessaire et surtout COMMENT on envisage la suite des choses. Ce qui nous a menés là et comment on entend faire le suivi.

Je m'attendais, par exemple, à ce que les journalistes de l'émission Enquête de Radio-Canada continuent à fouiller les dossiers de corruption qu'ils avaient découverts, ou à ce que l'équipe de TVA, qui ne voulait pas être en reste, soulève aussi les tapis pour savoir enfin ce que certains balayaient dessous depuis des années. Rien de tout cela n'a eu lieu. Chacun a repris son train-train. Quelqu'un quelque part a dû décider qu'on ne pouvait pas faire deux émissions de suite sur le même sujet. En information comme ailleurs, paraît-il, il ne suffit pas d'être pertinent, il faut faire de la variété pour ce pauvre public qui aime tant les choses faciles.

La nouvelle quotidienne

Les élections municipales ont eu lieu le 1er novembre dernier et depuis, un silence de plomb s'est abattu sur le monde municipal. Les journalistes ont tourné le dos aux dossiers chauds qui nous avaient donné l'envie de reprendre nos choses en main et ils ont retrouvé la routine. Jean Charest peut dormir tranquille, c'est lui qui a raison. Les citoyens n'ont pas de mémoire et les journalistes courent toujours après la dernière nouvelle, celle qui va faire la manchette aujourd'hui et qui sera morte demain matin. La roue tourne. Elle ne s'arrête jamais.

J'ai pensé pendant un moment que la police allait tenir une conférence de presse pour nous expliquer comment elle entendait procéder pour faire toute la lumière sur les accusations de corruption qui traînaient dans le paysage. Niet. Rien. La police est totalement secrète. Elle pourrait tout au plus nous expliquer qu'elle ne peut rien dire, car ça nuirait à l'enquête.

Depuis le 1er novembre, les diversions n'ont pas manqué. La nouvelle a repris toute la place. Le gouvernement a même pu compter sur la PPP pour nous aider à changer de sujet de conversation... La PPP (c'est-à-dire la Petite Pandémie Providentielle) avec ses files d'attente, ses ratés, ses changements d'horaire, sa pénurie de vaccins, ses injustices et ses quelques morts, a permis au plus ennuyant des ministres du gouvernement d'occuper autant de temps d'antenne qu'une rock star. Les journaux en ont fait une vedette. Même avec ce mauvais acteur, le fameux vaccin est devenu le numéro un du palmarès. La corruption a pris sagement son trou. C'est à peine si les passe-droits réservés aux «happy few» de l'Hôpital juif de Montréal ou à Claude Dubois et sa famille ont soulevé l'indignation.

Ce qui fait qu'on est de moins en moins surpris quand un drame tourne au comique, comme il est arrivé à l'ADQ cette semaine. Ce parti semble avoir l'art de se couper les jambes lui-même. Il se peut que l'ADQ ne survive pas. Ça n'empêchera pas la prochaine nouvelle de venir prendre toute la place bien avant qu'on ait eu le temps de comprendre ce qui s'est passé à l'ADQ... Le cimetière des nouvelles est plein.






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Vos réactions

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  • Jacques Lalonde
    Abonné
    vendredi 13 novembre 2009 13h09
    Une distinction fondamentale
    Vous avez bien raison de faire la distinction entre l'information et la nouvelle. Je lis Le Devoir parce que je veux avoir accès à l'information. Quant à la télévision et aux émissions truffées de messages publicitaires, je préfère les reportages étoffés et méprise le pareil au même des émissions de nouvelles des diverses chaînes.

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net

  • Brun Bernard
    Inscrit
    vendredi 13 novembre 2009 13h14
    Pas que ça...
    ...en écoutant ou en lisant la presse d'ici, on voit que les références proviennent en grande majorité des journaux français et étranger. Et Libé par-ci, AFP par là, Nouvel-obs par-ici etc...On n'a pas de problème avec la bonne information. Puis vous avez Médiapart de Plenel et consorts. Non, vraiment je ne vois pas la crise là-dedans. Peut-être pour la tendance à être ouvert dans La Presse puis le reste, là où on ose dire ce qu'on nedit pas ailleurs. Ne vous inquiétez pas, il n'y a que le pire qui part mais le Web est là. Merci Internet et le blogueurs la nouvelle presse de demain.

  • Christina Berryman
    Abonnée
    vendredi 13 novembre 2009 13h21
    Petit peuple, petite nation née pour un petit pain et menée par un petit politicien
    Les cotes d'écoute d'Occupation double le disent, l'humeur est au didertissement plus que léger...nous sommes en direct dans le lit de chose et chose et nous rêvons de la prise d'un sein ou d'une main dans les culottes en direct! Et Jean et ses manipulateurs le savent. Il faut que cela aille plus mal avant d'aller mieux. Merci pour votre analyse réactive madame Payette sur notre passivité proverbiale...j'entends les mêmes remarques dans mon entourage depuis des semaines.

  • René Lasanté
    Inscrit
    vendredi 13 novembre 2009 13h28
    Déficit de démocratie et information.
    Vous avez raison Madame Payette de souligner le côté artificiel du traitement de l'information ici au Québec.
    L'impression générale qui ressort dans la façon dont on traite de l'information dans notre société, c'est que nous ne voulons pas en général aller trop loin dans l'analyse des faits.
    En réalité, le traitement de l'information ressemble beaucoup à la mentalité de la majorité des Québécois: le laisser-faire est toujours le mieux vu.
    Les Québécois se disent qu'ils n'ont pas besoin d'en savoir tant que ça tant et aussi longtemps qu'ils se sentent confortables et non menacés dans leur petite vie quotidienne.
    Le fameux Confort et Indifférence de Denys Arcand reste toujours présent dans mon esprit.
    La grande question est de savoir si nous vivons dans une société vraiment démocratique?
    A dormir au gaz profondément comme nous le faisons collectivement, les ennemis politiques du Québec sont morts de rire actuellement!

  • Yvon Roy
    Abonnée
    vendredi 13 novembre 2009 13h49
    morgue
    Il est aussi beaucoup de dossiers qui vont à la morgue en Information. Mais c'est le mois des morts après tout...

  • Mathilde François
    Inscrite
    vendredi 13 novembre 2009 16h49
    Hélas vrai
    Je vois les choses à peu près de la même manière que vous, Mme Payette.

    Et j'avoue éprouver de plus en plus de difficulté à canaliser ma colère, immense, profonde, de manière « constructive »...

  • Pierre Zwngli
    Inscrit
    vendredi 13 novembre 2009 17h18
    À quoi bon ?
    À quoi bon aider les médias si c'est pour dire toujours la même chose.

    Voir le fait que Jacques Brassard n'ait plus de chronique au Quotidien du Saguenay parce qu'il a osé critiquer Steven Guilbeault et les fonctionnaires qui prennent ses analyses de non scientifique (il a commencé la théologie sans la finir) pour argent comptant...

  • Hugues St-Pierre
    Inscrit
    vendredi 13 novembre 2009 17h36
    Dernier recours pour l'indépendance: la rue!
    Mme Payette,

    Vous ratez ici l'occasion de pousser efficacement sur la cause de votre vie. Sachant maintenant que la néomonarchie canadian ne donnera jamais d'ouverture aux élus de complaisance, ni à Qc ni à Tawa, vous auriez dû signaler que les vrais indépendantistes prennent le relais dans la rue. Si tous les béniouioui qui vous encensent ici passaient réellement à l'action avec nous, nous ne limiterions pas notre action à faire Booh! à la Couronne... Dès que des milliers de Québécois viendront ensemble dans la rue, le Québec adviendra, libre! Ça vous rappelle quelque chose? Rejoignez-nous sur Vigile.net et renflouez votre argumentaire: votre tribune a de l'influence.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    vendredi 13 novembre 2009 17h40
    Copier-coller
    L'opinion de monsieur Lalonde que je partage entièrement. Bravo madame Payette ! J'en suis à fermer la radio (Radio-Can) pour me protéger de tant de placotage stérile.

    Claude L'Heureux, Québec

  • L'ex-Canard
    Inscrit
    vendredi 13 novembre 2009 17h45
    Pas du nouveau non plus
    Le problème de la pollution croissante de notre environnement "mental" (publicité et "nouvelles") est reconnu depuis longtemps, e.g. Neil Postman et Adbusters. Leur campagne de Media Carta reconnait que la tâche de nettoyage de cet environnement mental est aussi gigantesque que celle de notre environnement physique. Pas sûr si la révolution des médias sociaux va permettre d'y voir plus clair. Une analyse à fonds de la part du Devoir "Libre de penser" serait pertinente.

  • Benoit Barko
    Inscrit
    vendredi 13 novembre 2009 18h00
    Lisez Mme Anne-Marie Gingras sur ce sujet
    Justement le livre Médias et Démocratie LE GRAND MALENTENDU parle précisement sur ce sujet.

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    vendredi 13 novembre 2009 18h34
    Internet comme source d'information
    Internet, c'est comme un sol qu'il faut décontaminer avant de faire pousser des légumes dedans.

    Laissez-moi rire des infos venant des blogueurs, j'en suis plié en quatre. Jusqu'où peut-on être insignifiant ? Oui, ça peut servir à cela. On ne devient pas une source crédible parce qu'on écrit quelque chose. On ne devient pas un journaliste parce qu'on lit les journaux web du monde dans son sous-sol. La qualité, ça se paye.

    ...

  • Fernande Trottier
    Abonnée
    vendredi 13 novembre 2009 19h20
    Les passe-droits...
    Je trouve inacceptable et révoltant que des vaccins aient été donnés à des personnes qui ont été incapables de respecter les consignes. Si une personne avait volé le vaccin de l'enfant de
    Claude Dubois, comment aurait-il réagi ? C'est exactement ce qu'il a fait, voler le vaccin d'un petit enfant... que l'on s'appelle C.D., JoBleau ou que l'on soit des donateurs, à moins d'être
    un malade chronique, il n'y a personne de plus important qu'un autre; seules les infirmières ont plus de valeur que tout le monde en ce moment, car ce sont elles qui tiennent l'aiguille et qui vaccinent... F. Trottier

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    samedi 14 novembre 2009 15h25
    Petit peuple...
    Un peuple qui s'accroche encore désespérément au passé a droit au vocable de "petit peuple"! Heureusement que ce n'est plus le cas pour l'ensemble de la population du Québec.

  • Lallier N.p
    Inscrite
    samedi 14 novembre 2009 15h53
    Vaut mieux s'abstenir !
    Pour une fois je vous donnes raison.
    J'ai des questions sans réponse suite a la nouvelle comme vous dites.
    Question no 1 Les morts de cette semaine du H1N1 étaient-ils vaccinés ?
    Question no 2 si oui depuis combien de jour ?

    Question no 3 ont-il eu une autopsie sur ces personnes décédé du H1N1?
    Question no 4 que révèle les autopsies si il y a eu autopsie?
    4 questions qui pourraient remplir les tabloid non !

  • Pierre JC Allard
    Inscrit
    jeudi 19 novembre 2009 09h15
    Une régie autonome de I'information

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