Le survenant de l'espace
Photo : CTV
Anna, la redoutable leader extraterrestre de la nouvelle série V
Les réseaux ABC et CTV poursuivent ce soir, à 20h, la diffusion d'un remake d'une série culte des années 1980 réalisé par le Québécois Yves Simoneau. Cette fois, les lézards venus de l'espace font penser aux démocrates et la vilaine leader intergalactique évoque Barack Obama...
Comment dit-on succès en latin de cuisine extraterrestre? Peu importe le mot, le cinéaste québécois Yves Simoneau savoure la chose, encore une fois. Son remake de la série V, un délicieux péplum de science-fiction politique des années 1980, a fait un malheur à son apparition sur le réseau ABC, mardi dernier. Le «pilote» réalisé et produit par M. Simoneau a attiré plus de 14 millions de téléspectateurs américains.
V a connu le plus fulgurant début d'une nouvelle série depuis Lost, en 2004, également sur ABC. Le New York Times a immédiatement parlé de «cette surprise importante» comme du «plus grand succès de la saison télévisuelle». Au Canada, le réseau CTV organise le relais.
«J'ai été approché pour V parce que j'avais travaillé sur The 4400, une série basée sur le retour sur Terre de gens enlevés par des extraterrestres», explique Yves Simoneau joint la semaine dernière dans une salle de montage hollywoodienne, où il fignolait le quatrième avatar de son nouveau bébé. «Warner Brothers détient les droits de la vieille série et avait tenté à plusieurs reprises de la relancer, sous une forme ou une autre.»
Faut-il vraiment résumer le canevas? Alors, voilà. Des Visiteurs arrivent de l'espace. Ils promettent la lune aux Terriens, pour ainsi dire, alors qu'en secret, ces vilains reptiles humanoïdes se préparent à piller les ressources et à dévorer les humains. Au Québec, il y a deux décennies, TVA relayait la version française. À l'époque, Yves Simoneau tournait les films Dans le ventre du dragon et Les Fous de Bassan, juste avant d'être happé par la grande machine hollywoodienne où il a notamment tourné les succès télévisuels Napoléon et Nuremberg. Il est réinstallé au Québec depuis deux ans.
«Tous ceux qui l'ont vue se souviennent de quelques scènes fortes de V, explique le réalisateur qui cite celle où un lézard de l'espace dévore une souris. Le concept était très fort parce que l'arrivée d'un étranger, quel qu'il soit, donne prise à toutes sortes d'allégories, surtout quand ce survenant cache sa vraie identité.»
Comme le monstre, dont il n'est qu'une variation, l'extraterrestre, incarne une part cachée de l'humain. Dans les films Alien, la bête monstrueuse est successivement et symboliquement en l'autre, puis dans tous les autres et finalement en soi.
La série V originale multipliait les références à la Seconde Guerre mondiale. L'emblème des Visiteurs évoquait la croix gammée. Ces envahisseurs persécutaient les scientifiques de la Terre comme l'Europe nazie chassait les juifs. De même que la France occupée, la Terre se divisait entre résistants (graffitant leur V de la victoire) et collabos.
Les interprétations s'affrontent déjà autour de la nouvelle mouture. On attendrait beaucoup de références au totalitarisme théocratique des mollahs dans l'Amérique de l'après 11-Septembre. Les exégèses pointent plutôt vers des interprétations antidémocrates, surtout anti-Obama en fait.
«Les parallèles sautent aux yeux: un leader télégénique et charismatique se pointe, il offre de l'espoir et des soins de santés universels», écrivait la semaine dernière le critique de télévision du Chicago Tribune en référence à Anna, la très alléchante porte-parole venue de l'espace offrant de réformer l'assurance maladie, comme le président américain le fait en ce moment. Est-ce qu'Anna, le lézard interstellaire totalitaire mangeur de chair, est une référence à Obama? D'autres observateurs ont parlé de «propagandes conservatrices à peine voilées».
Le réalisateur nie d'autant moins l'ancrage dans la réalité que les équipes de scénaristes puisent effectivement dans l'actualité la plus proche pour arrimer la science-fiction dans le réel. Dans le quatrième, dans deux semaines, il sera question de vaccin, un autre sujet chaud sur la planète A(H1N1).
«On ne nous demande pas de prendre une position sociale ou politique, mais elle est disponible pour ceux qui veulent l'interpréter», dit Yves Simoneau qui aura réalisé trois des quatre premiers épisodes et «vu à tout» en tant que producteur exécutif. «Il y en a aussi pour tout le monde: des républicains y voient Obama, des démocrates y voient autre chose, mais personne n'y a vu les islamistes ou même les Arabes comme autrefois on pouvait voir les Allemands ou les nazis dans les Visiteurs.»
Le vrai test après Vancouver
La télévision est une chaude glace à réflexion sociale. À ce propos, on a franchement hâte de voir quels délires interprétatifs va susciter le remake de The Prisoner qui sera en onde dimanche, sur une chaîne spécialisée. Cette production encore plus mythique, admirée de tous, campe un individu libre, luttant contre un système pour ne pas devenir un simple numéro.
Sans fausse modestie, M. Simoneau parle de sa propre série comme d'un «excellent concept» tout en confiant trouver son incarnation compliquée. «Le souffle n'est pas évident à trouver, dit-il. Tout ce qui touche les extraterrestres paraît facile et captivant. Tout ce qui touche la vie sur terre est plus difficile à rendre intéressant, organique.»
Tellement «difficile» en fait que le studio Warner Brothers n'a que quatre épisodes satisfaisants en banque, une sorte de minisérie quoi. La suite sera fignolée et tournée dans les prochaines semaines, avec quelques nouveaux artisans. La diffusion de cette deuxième tranche est prévue après les Jeux olympiques de Vancouver, la ville où a d'ailleurs été tournée V. Les extraterrestres arrivent aussi du Canada...
«L'impact du pilote la semaine dernière a été tel que, malgré le fait que seulement quatre épisodes seront présentés dans un premier temps [comme dans le projet original d'ailleurs], la demande est là, a écrit Yves Simoneau au Devoir, hier. Les prochains épisodes seront diffusés après les Olympiques. Le vrai test sera là.»
Comment dit-on succès en latin de cuisine extraterrestre? Peu importe le mot, le cinéaste québécois Yves Simoneau savoure la chose, encore une fois. Son remake de la série V, un délicieux péplum de science-fiction politique des années 1980, a fait un malheur à son apparition sur le réseau ABC, mardi dernier. Le «pilote» réalisé et produit par M. Simoneau a attiré plus de 14 millions de téléspectateurs américains.
V a connu le plus fulgurant début d'une nouvelle série depuis Lost, en 2004, également sur ABC. Le New York Times a immédiatement parlé de «cette surprise importante» comme du «plus grand succès de la saison télévisuelle». Au Canada, le réseau CTV organise le relais.
«J'ai été approché pour V parce que j'avais travaillé sur The 4400, une série basée sur le retour sur Terre de gens enlevés par des extraterrestres», explique Yves Simoneau joint la semaine dernière dans une salle de montage hollywoodienne, où il fignolait le quatrième avatar de son nouveau bébé. «Warner Brothers détient les droits de la vieille série et avait tenté à plusieurs reprises de la relancer, sous une forme ou une autre.»
Faut-il vraiment résumer le canevas? Alors, voilà. Des Visiteurs arrivent de l'espace. Ils promettent la lune aux Terriens, pour ainsi dire, alors qu'en secret, ces vilains reptiles humanoïdes se préparent à piller les ressources et à dévorer les humains. Au Québec, il y a deux décennies, TVA relayait la version française. À l'époque, Yves Simoneau tournait les films Dans le ventre du dragon et Les Fous de Bassan, juste avant d'être happé par la grande machine hollywoodienne où il a notamment tourné les succès télévisuels Napoléon et Nuremberg. Il est réinstallé au Québec depuis deux ans.
«Tous ceux qui l'ont vue se souviennent de quelques scènes fortes de V, explique le réalisateur qui cite celle où un lézard de l'espace dévore une souris. Le concept était très fort parce que l'arrivée d'un étranger, quel qu'il soit, donne prise à toutes sortes d'allégories, surtout quand ce survenant cache sa vraie identité.»
Comme le monstre, dont il n'est qu'une variation, l'extraterrestre, incarne une part cachée de l'humain. Dans les films Alien, la bête monstrueuse est successivement et symboliquement en l'autre, puis dans tous les autres et finalement en soi.
La série V originale multipliait les références à la Seconde Guerre mondiale. L'emblème des Visiteurs évoquait la croix gammée. Ces envahisseurs persécutaient les scientifiques de la Terre comme l'Europe nazie chassait les juifs. De même que la France occupée, la Terre se divisait entre résistants (graffitant leur V de la victoire) et collabos.
Les interprétations s'affrontent déjà autour de la nouvelle mouture. On attendrait beaucoup de références au totalitarisme théocratique des mollahs dans l'Amérique de l'après 11-Septembre. Les exégèses pointent plutôt vers des interprétations antidémocrates, surtout anti-Obama en fait.
«Les parallèles sautent aux yeux: un leader télégénique et charismatique se pointe, il offre de l'espoir et des soins de santés universels», écrivait la semaine dernière le critique de télévision du Chicago Tribune en référence à Anna, la très alléchante porte-parole venue de l'espace offrant de réformer l'assurance maladie, comme le président américain le fait en ce moment. Est-ce qu'Anna, le lézard interstellaire totalitaire mangeur de chair, est une référence à Obama? D'autres observateurs ont parlé de «propagandes conservatrices à peine voilées».
Le réalisateur nie d'autant moins l'ancrage dans la réalité que les équipes de scénaristes puisent effectivement dans l'actualité la plus proche pour arrimer la science-fiction dans le réel. Dans le quatrième, dans deux semaines, il sera question de vaccin, un autre sujet chaud sur la planète A(H1N1).
«On ne nous demande pas de prendre une position sociale ou politique, mais elle est disponible pour ceux qui veulent l'interpréter», dit Yves Simoneau qui aura réalisé trois des quatre premiers épisodes et «vu à tout» en tant que producteur exécutif. «Il y en a aussi pour tout le monde: des républicains y voient Obama, des démocrates y voient autre chose, mais personne n'y a vu les islamistes ou même les Arabes comme autrefois on pouvait voir les Allemands ou les nazis dans les Visiteurs.»
Le vrai test après Vancouver
La télévision est une chaude glace à réflexion sociale. À ce propos, on a franchement hâte de voir quels délires interprétatifs va susciter le remake de The Prisoner qui sera en onde dimanche, sur une chaîne spécialisée. Cette production encore plus mythique, admirée de tous, campe un individu libre, luttant contre un système pour ne pas devenir un simple numéro.
Sans fausse modestie, M. Simoneau parle de sa propre série comme d'un «excellent concept» tout en confiant trouver son incarnation compliquée. «Le souffle n'est pas évident à trouver, dit-il. Tout ce qui touche les extraterrestres paraît facile et captivant. Tout ce qui touche la vie sur terre est plus difficile à rendre intéressant, organique.»
Tellement «difficile» en fait que le studio Warner Brothers n'a que quatre épisodes satisfaisants en banque, une sorte de minisérie quoi. La suite sera fignolée et tournée dans les prochaines semaines, avec quelques nouveaux artisans. La diffusion de cette deuxième tranche est prévue après les Jeux olympiques de Vancouver, la ville où a d'ailleurs été tournée V. Les extraterrestres arrivent aussi du Canada...
«L'impact du pilote la semaine dernière a été tel que, malgré le fait que seulement quatre épisodes seront présentés dans un premier temps [comme dans le projet original d'ailleurs], la demande est là, a écrit Yves Simoneau au Devoir, hier. Les prochains épisodes seront diffusés après les Olympiques. Le vrai test sera là.»
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