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    Vu d'ailleurs - « Il y a une parole visuelle québécoise »

    La télévision suisse romande présentera les 160 minutes de L'Encerclement

    7 novembre 2009 |Hélène Roulot-Ganzmann | Médias
    Perrault, Groulx, Brault, Gosselin, Jutra et les autres sont encore dans toutes les mémoires. «Il existe une forte tradition d'un cinéma québécois, estime Jean Perret, directeur du festival Vision du réel, à Nyon, en Suisse, l'un des grands rendez-vous internationaux du documentaire. Un cinéma qui participa, avec des films à l'écriture radicale et novatrice, à l'affirmation des identités de la province, tout en sachant faire valoir une vision à caractère universel. Des voix exceptionnelles, des récits magnifiques.» Un cinéma qui semble cependant s'être perdu dans les méandres des exigences télévisuelles.

    «Il y a une parole visuelle québécoise, considère Jean-Pierre Gariépy, directeur de l'Observatoire du documentaire. Elle se définit par une démarche d'auteurs, de cinéastes, qui tentent de mettre le moins d'intermédiaires possible entre eux et leur sujet. Cette spécificité du cinéma direct est mondialement reconnue, compte tenu de l'histoire de l'ONF. C'était vrai hier, ce l'est encore aujourd'hui. Nous avons de nombreux films qui se promènent dans les festivals, qui sont remarqués. Et, parfois, ils gagnent des prix.»

    Cette année, L'Encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme, de Richard Brouillette, a effectivement tenu le haut du pavé: grand prix du jury à Vision du réel, prix du public et mention spéciale à IndieLisboa au Portugal et, tout récemment, le grand prix à Yamagata au Japon. «Un vrai film de cinéma, souligne Jean Perret. Le spectacle de l'intelligence, de l'érudition.»

    De belles histoires

    Ces dernières années, Un fleuve humain, de Sylvain l'Espérance, L'Esprit des lieux, de Catherine Martin, ou encore Ce qu'il reste de nous, de François Prévost et Hugo Latulippe, ont connu de très belles histoires tout autour de la planète. Le Dernier Train, de Lixin Fan, qui ouvrira les douzièmes Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) le 11 novembre prochain, est lui aussi promis à un brillant avenir.

    «Sur les trente ou quarante documentaires d'auteur qui sont produits chaque année au Québec, explique cependant Jan Rofekamp, distributeur, directeur de Film transit international, seulement cinq ou six, rarement plus, sont susceptibles de faire une carrière internationale. Mettez-vous dans la peau d'un acheteur grec, espagnol ou allemand. La question qu'il se pose, c'est: est-ce que notre public ira voir cette oeuvre, est-ce qu'il va se reconnaître là-dedans? Et, dans le cas des films québécois, la réponse est malheureusement, aujourd'hui, souvent négative.»

    Car «nos contenus sont locaux, nationaux, c'est très difficile à vendre, poursuit-il. Prenez le sujet d'un documentaire sur les casinos exploités par les Amérindiens, par exemple. Les auteurs sont persuadés que tout le monde s'y intéresse, mais ce n'est pas vrai. Qu'est-ce qu'ils en ont à faire en Finlande? À moins que le film ne soit un véritable bijou, parce qu'alors là, oui, le contenu passe après, et le film va faire le tour des festivals simplement parce qu'il s'agit d'un chef-d'oeuvre.»

    Innover

    Jean Perret constate lui aussi la raréfaction des démar-ches novatrices, impressionnantes. «La faute incombe au formatage dicté par la télévision, estime Marie-Anne Raulet, directrice des RIDM. Ici, comme dans la plupart des pays aujourd'hui, c'est elle qui déclenche la majorité des documentaires. Qui dit télévision dit grille de programmation, avec des exigences précises en matière de durée, d'insertion des publicités, parfois de contenu. Malgré cela, quelques cinéastes, les Catherine Martin, Sylvain l'Espérance, Serge Giguère, Guillaume Sylvestre, en fait, tous ceux qu'on retrouve dans les festivals internationaux, réussissent à produire des oeuvres fortes, atypiques, qui s'appuient notamment sur les conseils des arts. Mais la tendance actuelle au Canada est à la rentabilisation, même dans le domaine artistique. Dans le documentaire, ça peut être désastreux. Pour expérimenter au niveau du langage, pour réaliser des oeuvres étonnantes susceptibles de faire le tour du monde et d'avoir une longue durée de vie, il ne faut pas commencer par parler de rentabilité.»

    En somme, pour que le documentaire québécois retrouve ses lettres de noblesse à l'échelle internationale, il faudrait déjà qu'il y ait une véritable politique nationale. «Le soutien à l'exportation est insuffisant au niveau du gouvernement, estime Jean-Pierre Gariépy. Il faut aider les maisons de production indépendantes. L'Observatoire du documentaire travaille là-dessus depuis un an. C'est une démarche unique. Il nous faut une reconnaissance officielle en tant que genre pour recevoir des subventions spécifiques. Ce sera plus facile de nous vendre à l'étranger si des moyens sont mis en place pour ça.» Même son de cloche du côté des RIDM, partenaires du projet. «Il y a des aides ponctuelles pour les cinéastes, pour qu'ils aillent défendre leurs films à l'étranger notamment. Mais il nous faut une vision, une stratégie de représentation mieux orchestrée. Un peu comme cela se fait du côté de la fiction: plus d'occasions de réseautage, des événements pour déclencher des partenariats, des ateliers pour développer des contenus originaux. Aussi, il serait intéressant d'avoir des incitations pour développer des projets de coproduction internationale, comme cela se fait en Europe.»

    Soutien manquant

    Mais encore faudrait-il que le Québec joue le jeu. «Dans le cas de deux de mes films, raconte le cinéaste Hugo Latulippe, mes partenaires financiers outre-frontières sont parvenus à trouver la moitié de ce qu'il fallait pour lancer le tournage. Or, fait étrange, cocasse même, je n'ai pas réussi, ici au Québec, à décrocher l'autre moitié des fonds. Je me suis retrouvé dans une étrange position, à devoir expliquer à mes coproducteurs que

    les organismes de chez moi croyaient moins à mes projets que les leurs! À me demander si je ne ferais pas mieux de produire mes prochains films en France ou aux États-Unis. Sauf que ce n'est pas mon projet de vie.»

    Même chose en ce qui concerne la diffusion des documentaires québécois non formatés pour la télévision. «De ce point de vue-là, certains cinéastes affirment que vos chaînes ne remplissent pas leur rôle de service public, observe Jean Perret. Vont-elles par exemple programmer L'Encerclement, 160 minutes remarquables, comme a décidé de le faire la télévision suisse romande?»

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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