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La mémoire menacée par Internet

John R. MacArthur   2 novembre 2009  Médias
Qu'est-ce qui afflige vraiment la presse américaine aujourd'hui? On parle sans cesse du déclin inévitable des journaux quotidiens devant la montée d'Internet et de l'«instant news». Par ailleurs, on se trouve accablé par la promotion constante de la prétendue magie publicitaire de la Toile mondiale: globale, rapide, propre et, peut-être le plus important, tout à fait contemporaine et branchée. À quoi bon gaspiller l'énergie et ramasser un fossile datant du XIXe siècle, payer un dollar et quelques cents, pour se salir les mains à l'encre en cherchant des actualités déjà périmées?
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  • Yvon Roy
    Abonnée
    dimanche 1 novembre 2009 23h58
    neurones
    Il en va de la mémoire comme des neurones et les journaux sont faits pour être oubliés de toute façon. Retour aux incunables, peut-être?

  • Jacques Morissette
    Abonné
    lundi 2 novembre 2009 09h15
    Évolution oblige: Le papier a pris des allures de pachyderme
    C'est à peu près ainsi que je voie l'ensemble des idées que vous véhiculées. Nous ne sommes hélas plus à l'époque des pachydermes. J'ai lu tout votre texte et, rétrospectivement, j'ai eu l'impression de lire des arguments qui reposent ou qui deviennent des pièces de musée ou du folklore. Bien d'accord avec vous pour dire que l'histoire fait partie de la vie, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a que ça dans la vie.

    Internet est comme un oiseau qui vole dans tous les sens. L'oiseau ne se nourrit pas nécessairement des mêmes choses que le papier révolu, comme vous semblez le dire un peu à regret. Le papier se nourrissait surtout de l'argent dans son temps, comme un pachyderme. Cet oiseau qu'est Internet semble tirer son énergie d'une nourriture beaucoup plus diversifiée. S'il y a des gens nostalgiques qui cherchent à apprivoiser l'oiseau pour le nourrir comme un pachyderme, c'est tant mieux.

    Il y a une chose cependant qu'il ne faudrait pas qu'ils oublient, c'est que cet oiseau fait partie de la collectivité. Et mon petit doigt me dit que s'ils négligent ce principe, il est possible que les gens finissent par le laisser voler tout seul et qu'il meure de la solitude engendrée par ce qu'on pourrait lui imposer contre nature. L'argent est un lapin qui se laisse attraper, mais pas nécessairement par ceux qui se contentent uniquement de le poursuivre.

  • Etienne Goyer
    Inscrit
    lundi 2 novembre 2009 09h39
    Paradoxal
    Paradoxal que d'affirmer que l'information numérique tue la mémoire collective. En effet, je n'ai jamais eu autant de perspective que depuis que j'ai accès aux archives en ligne des journaux et autres sources. Chez moi, les journaux se retrouve inévitablement au recyclage un jour ou l'autre. Et leur contenu tombe dans l'oubli.

    Un dernier mot pour dire que si le WSJ peut se permettre de faire payer pour son contenu en ligne, c'est qu'il s'adresse à un public qui a les moyens de le faire, et que cette audience juge la que qualité du contenu en vaut le prix. Essayer de faire payer en ligne pour La Presse ou Le Journal de Montréal, et on en reparlera.

  • Chryst
    Abonné
    jeudi 5 novembre 2009 12h14
    Plus renseigné que jamais
    Les sources d'information n'ont jamais été si nombreuses. Je ne crois pas que la mémoire en soit diminuée, bien au contraire.

    La lecture quotidienne de journaux comme Le Devoir développe la mémoire ce qui facilite l'écriture.

    S'il y a quelque chose à reprocher aux médias conventionnels, c'est que l'on ne pratique presque plus le journalisme d'enquête. Madame Bombardier ne dirait pas le contraire.

    On préfère le conformisme et la sécurité matérielle.

  • Hortense Michaud-Lalanne
    Inscrite
    mardi 1 décembre 2009 11h54
    La mémoire et Internet
    M. MacArthur,

    Vous craignez les promoteurs d’Internet que vous traitez d’ennemis de la mémoire.
    Pourtant, l’arrivée du papier a dû émouvoir bien des nostalgiques quand papyrus et parchemins se sont fait remplacer par cette matière moins noble.
    À la limite, si la bibliothèque d’Alexandrie n’avait recelé que des tablettes d’argile et des pierres gravées, elle aurait été beaucoup moins susceptible de voir s’envoler en fumée des pans entiers de la mémoire de l’humanité.
    La mémoire que vous ne voulez pas voir s’estomper est surtout faite de la somme de vos souvenirs personnels reliés d’abord à votre apprentissage de la lecture et de l’écriture, puis aux dizaines de milliers d’heures de plaisir et d’effort que vous avez depuis personnellement consacrées à ces deux activités.
    Pardonnez-moi d’oser souligner que tout cela a très peu à voir avec la mémoire historique dans laquelle vous aimeriez que vos concitoyens puisent pour se protéger d’un second Vietnam.
    Vous êtes bien sûr cent fois justifié de rappeler que sans mémoire historique, nous protéger de l’erreur et de la fraude devient une tâche vouée d’avance à l’échec. Mais vous conviendrez avec moi que l’épistémologie a obligatoirement un rôle à jouer, car tout ce qui a été publié – sur papier ou sur écran - ne mérite pas ipso facto d’être pris au sérieux.
    On ne saurait être équitable en comparant le rôle de l’édition traditionnelle et celui d’Internet face à la mémoire historique, sans reconnaître combien cette dernière est en danger d’être submergée par le volume de tout ce qui a été publié, au point qu’elle risque de perdre son utilité sans le secours des moyens électroniques.
    Même si nous pouvions rétrécir le champ de nos explorations à des documents qu’un éditeur surhumain aurait épurés de toute fausseté, la tâche de retrouver rapidement les données et les citations permettant d’appuyer un raisonnement et de convaincre les autres est devenue trop coûteuse en temps, quand on consulte les documents traditionnels.
    Pour ne pas se noyer dans le papier, nous avons besoin d’Internet.
    Peut-être l’exemple qui suit saura-t-il vous convaincre…
    Ce matin dans le New York Times, Roger Cohen parle de la discrimination favorisant les chrétiens au détriment des Juifs, discrimination qu’il a connue en Grande-Bretagne dans sa jeunesse. Il en profite pour féliciter les Américains qui, selon lui, ne se préoccupent que du talent des gens, pas de leur origine.
    Or je sais pour avoir lu son auto-biographie, qu’au moins un Newyorkais célèbre a été écarté de l’institution où il espérait étudier parce qu’elle pratiquait une politique de quota à l’égard des Juifs.
    Sur le coup je me suis demandé si c’était Feynman ou Asimov qui se plaignait du quota juif. Il se trouve que j’ai donné récemment à l’association des étudiants de Polytechnique mes livres de Richard Feynman et que je n’ai jamais possédé les mémoires d’Isaac Asimov, bien que je les aie lues.
    Même s’ils avaient été dans un rayon à portée de la main, retracer le passage dont j’avais un vague souvenir aurait été laborieux - spécialement si un des deux personnages ne faisait aucune mention de discrimination. J’ai donc tapé sur Google Feynman et Jewish quota et j’ai trouvé là instantanément de quoi détromper Cohen.
    Quand je suis revenue sur le site du NYT, d’autres lecteurs qui avaient souffert de la discrimination aux USA avaient déjà fait part de leur expérience dans les commentaires affichés à la vue de tous. Je ne me suis donc plus sentie responsable de protéger la mémoire historique.
    Depuis Édison, le proverbe Verba volant scripta manent n’est plus vrai : désormais les paroles sont stockables et consultables. C’est un point tournant de l’histoire de l’humanité, croyez-moi.
    Le véritable tsunami qui pourrait déferler se présentera le jour où la technologie rendra avantageuse l’expression orale au point qu’elle fasse disparaître l’expression écrite qui a tenu un temps et qui tient encore le haut du pavé, surtout parce qu’elle a été la première à être stockable et consultable au point de multiplier la mémoire de l’humanité.
    Si cette dernière se retrouve dans l’avenir mieux servie par l’oral que par l’écrit, la civilisation écrite ne perdurera pas indéfiniment et on en parlera éventuellement comme d’une phase nécessaire mais dépassée sur la longue durée.

    Hortense Michaud-Lalanne ing. à la retraite MBA

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