Médias - L'information locale à contrat
Vous rêvez d'écrire dans Le Devoir ou La Presse? Lancez un blogue: peut-être qu'on finira par vous faire une offre.
The Guardian est un quotidien britannique dit « de qualité ». Il a fait sensation la semaine dernière en publiant sur son site Internet une offre d'emploi qui est probablement une première mondiale.
Le journal cherche en effet à embaucher des blogueurs qui couvriront l'actualité locale dans les villes de Leeds, de Cardiff et d'Édimbourg. Les heureux élus, des « beatbloggers », selon le terme consacré, auront un contrat d'un an, comme pigistes.
Ils devront créer du « contenu multimédia local », des textes, des photographies, de l'audio et de la vidéo. Ils ne travailleront pas dans les bureaux du Guardian, mais on précise qu'ils auront accès aux ressources du quotidien à Londres.
Selon l'offre d'emploi pour la ville de Leeds, qu'on peut lire sur le site Web du Guardian, le candidat devra avoir « une passion pour l'information locale » et comprendre « comment construire des relations avec les communautés locales ». Il devra fournir des reportages multimédias sur l'activité politique locale et cerner les enjeux importants pour les citoyens.
On peut également lire cette phrase: « Une expérience journalistique est souhaitable, mais pas essentielle. »
Les intéressés ont jusqu'au 8 novembre pour soumettre leur candidature.
Nouvelle pratique journalistique
Ce projet pilote est vraiment au coeur des bouleversements dans le monde des médias.
L'aspect le plus évident, c'est l'appel à des ressources hors de la salle de rédaction pour fournir maintenant du contenu. On ne parle pas ici de contenu livré gracieusement par des lecteurs enthousiastes. On parle d'un véritable contrat passé avec un blogueur extérieur à la salle de rédaction, qui couvrira la communauté de Leeds.
On peut y voir une expérience novatrice, tentée avec des artisans d'une nouvelle pratique journalistique.
Mais on peut aussi y voir une nouvelle façon de sous-traiter l'information. Car si cela fonctionne bien, qu'est-ce qui empêcherait de confier des pans entiers de la couverture journalistique du journal à des ressources extérieures ne bénéficiant pas des mêmes conditions de travail que les journalistes réguliers? On peut supposer que l'expérience serait très tentante pour de nombreux quotidiens en Europe et en Amérique, qui éprouvent d'importantes difficultés financières et qui ont mis à pied du personnel régulier.
La phrase sur l'expérience journalistique « souhaitable, mais pas essentielle » dit tout: journaliste oui, mais pas nécessairement — avec cette frontière floue où journalistes professionnels et citoyens férus de participation échangent leurs rôles.
Journaliste à tout faire
Deuxième enjeu, celui du multimédia. Ce blogueur devra savoir tout faire. Le numéro d'octobre du magazine québécois Le Trente, consacré au journalisme, présente justement un dossier sur le « Journaliste à tout faire », ce journaliste de l'avenir qui doit maîtriser tous les supports médias. Le Trente publie des entrevues avec quelques-uns de ces jeunes (car ce sont évidemment des jeunes) en train d'inventer de nouveaux métiers: blogueur spécialisé, vidéojournaliste Web, rédacteur Web, « journaliste gestionnaire » (qui gère les commentaires laissés par les internautes sur le site), et ainsi de suite.
Le local comme planche de salut
Troisième enjeu, celui de l'information locale. Plusieurs spécialistes des médias considèrent que le local est la planche de salut de nombreux médias, écrits et électroniques.
Le virage local est particulièrement accentué par l'interaction grandissante avec les internautes sur les sites Web des médias. En donnant leur opinion et en fournissant du contenu, les internautes veulent aussi qu'on parle de leur réalité locale immédiate.
On n'en finit plus d'énumérer les exemples d'entreprises qui prennent ce virage. À Montréal, The Gazette compte maintenant un site Web West Island+, qui propose des nouvelles spécifiques à l'ouest de l'île de Montréal ainsi que des « blogues communautaires ». Au Canada, le CRTC a annoncé l'automne dernier la création d'un nouveau fonds, doté de 100 millions, pour aider les télédiffuseurs à créer du contenu local dans les petits marchés. Aux États-Unis, le réseau de radios publiques NPR vient de recevoir trois millions pour un projet pilote d'information locale dans ses stations.
Bref, qu'on le veuille ou non, l'expérience du Guardian pourrait faire des petits.
******
pcauchon@ledevoir.com
The Guardian est un quotidien britannique dit « de qualité ». Il a fait sensation la semaine dernière en publiant sur son site Internet une offre d'emploi qui est probablement une première mondiale.
Le journal cherche en effet à embaucher des blogueurs qui couvriront l'actualité locale dans les villes de Leeds, de Cardiff et d'Édimbourg. Les heureux élus, des « beatbloggers », selon le terme consacré, auront un contrat d'un an, comme pigistes.
Ils devront créer du « contenu multimédia local », des textes, des photographies, de l'audio et de la vidéo. Ils ne travailleront pas dans les bureaux du Guardian, mais on précise qu'ils auront accès aux ressources du quotidien à Londres.
Selon l'offre d'emploi pour la ville de Leeds, qu'on peut lire sur le site Web du Guardian, le candidat devra avoir « une passion pour l'information locale » et comprendre « comment construire des relations avec les communautés locales ». Il devra fournir des reportages multimédias sur l'activité politique locale et cerner les enjeux importants pour les citoyens.
On peut également lire cette phrase: « Une expérience journalistique est souhaitable, mais pas essentielle. »
Les intéressés ont jusqu'au 8 novembre pour soumettre leur candidature.
Nouvelle pratique journalistique
Ce projet pilote est vraiment au coeur des bouleversements dans le monde des médias.
L'aspect le plus évident, c'est l'appel à des ressources hors de la salle de rédaction pour fournir maintenant du contenu. On ne parle pas ici de contenu livré gracieusement par des lecteurs enthousiastes. On parle d'un véritable contrat passé avec un blogueur extérieur à la salle de rédaction, qui couvrira la communauté de Leeds.
On peut y voir une expérience novatrice, tentée avec des artisans d'une nouvelle pratique journalistique.
Mais on peut aussi y voir une nouvelle façon de sous-traiter l'information. Car si cela fonctionne bien, qu'est-ce qui empêcherait de confier des pans entiers de la couverture journalistique du journal à des ressources extérieures ne bénéficiant pas des mêmes conditions de travail que les journalistes réguliers? On peut supposer que l'expérience serait très tentante pour de nombreux quotidiens en Europe et en Amérique, qui éprouvent d'importantes difficultés financières et qui ont mis à pied du personnel régulier.
La phrase sur l'expérience journalistique « souhaitable, mais pas essentielle » dit tout: journaliste oui, mais pas nécessairement — avec cette frontière floue où journalistes professionnels et citoyens férus de participation échangent leurs rôles.
Journaliste à tout faire
Deuxième enjeu, celui du multimédia. Ce blogueur devra savoir tout faire. Le numéro d'octobre du magazine québécois Le Trente, consacré au journalisme, présente justement un dossier sur le « Journaliste à tout faire », ce journaliste de l'avenir qui doit maîtriser tous les supports médias. Le Trente publie des entrevues avec quelques-uns de ces jeunes (car ce sont évidemment des jeunes) en train d'inventer de nouveaux métiers: blogueur spécialisé, vidéojournaliste Web, rédacteur Web, « journaliste gestionnaire » (qui gère les commentaires laissés par les internautes sur le site), et ainsi de suite.
Le local comme planche de salut
Troisième enjeu, celui de l'information locale. Plusieurs spécialistes des médias considèrent que le local est la planche de salut de nombreux médias, écrits et électroniques.
Le virage local est particulièrement accentué par l'interaction grandissante avec les internautes sur les sites Web des médias. En donnant leur opinion et en fournissant du contenu, les internautes veulent aussi qu'on parle de leur réalité locale immédiate.
On n'en finit plus d'énumérer les exemples d'entreprises qui prennent ce virage. À Montréal, The Gazette compte maintenant un site Web West Island+, qui propose des nouvelles spécifiques à l'ouest de l'île de Montréal ainsi que des « blogues communautaires ». Au Canada, le CRTC a annoncé l'automne dernier la création d'un nouveau fonds, doté de 100 millions, pour aider les télédiffuseurs à créer du contenu local dans les petits marchés. Aux États-Unis, le réseau de radios publiques NPR vient de recevoir trois millions pour un projet pilote d'information locale dans ses stations.
Bref, qu'on le veuille ou non, l'expérience du Guardian pourrait faire des petits.
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pcauchon@ledevoir.com
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