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Réplique à Michel David - La Tribune de la presse ne peut pas prendre parti

3 octobre 2009 | Pierre Karl Péladeau - Président et chef de la direction Quebecor et Quebecor Media | Médias
J'ai lu avec un intérêt soutenu votre chronique intitulée « L'esprit des lois », publiée le 24 septembre dernier dans Le Devoir.

Je me permets de prendre la plume aujourd'hui afin de porter à l'attention de vos lecteurs des considérations qui leur permettront de mettre dans une juste perspective les véritables enjeux d'un débat qui ébranle les fondements mêmes du journalisme.

L'Assemblée nationale du Québec joue un rôle capital dans la démocratie québécoise. C'est dans ce cénacle que se déroulent les débats fondamentaux auxquels se livrent les représentants librement élus par le peuple québécois qui décident et votent les lois qui nous régissent et définissent ce que nous sommes comme hommes et femmes.

Les journalistes de la Tribune de la presse assistent à ces débats, questionnent nos élus et rendent compte aux citoyens. Ils sont au coeur de l'exercice démocratique puisqu'ils constituent en fait les yeux et les oreilles de la population qu'ils informent quotidiennement, lui permettant ainsi de se former une opinion éclairée sur les questions d'intérêt public.

C'est l'importance de cette institution dans la société québécoise, la mutation profonde qui affecte les médias et la volonté de bénéficier de l'expertise de plus nombreux journalistes qualifiés en mesure d'alimenter nos différents médias sur ce que font nos élus qui ont motivé notre décision de procéder à la création d'un bureau politique sur la colline parlementaire à Québec.

C'est dans ce contexte global qu'il faut apprécier le pouvoir du président de l'Assemblée nationale du Québec qui a la responsabilité ultime d'accréditer les membres de la Tribune de la presse à Québec afin que la collectivité puisse bénéficier de la plus grande diversité de voix possible. Ce pouvoir, il ne serait en aucune circonstance justifié de l'exercer en discriminant entre ceux qui sont ou non autorisés à exercer la liberté de presse et la liberté d'expression, et à faire en sorte que le droit des citoyens à l'information soit ainsi pleinement respecté.

Ces libertés et droits fondamentaux sont sacrés pour Quebecor. Depuis plus de vingt ans, nous avons consacré sans compter temps et argent afin de nous assurer que nos journalistes puissent exercer leur profession sans entrave. Nous nous sommes alliés à de nombreux syndicats et associations professionnelles avec qui nous avons fait front commun dans plusieurs forums afin de protéger ces droits et ces valeurs auxquelles nous croyons profondément. Nous le faisons toujours aujourd'hui et nous avons l'intention de poursuivre dans cette voie.

Dénoncer et pratiquer la censure

Vous comprendrez, dans les circonstances, qu'il nous apparaît pour le moins étrange, et c'est un euphémisme, qu'un regroupement de journalistes qui se proclament les gardiens de la neutralité décident unilatéralement entre eux d'usurper le pouvoir du président de l'Assemblée nationale et de nier de façon discriminatoire à deux de leurs collègues, plus particulièrement à un ancien président de la Tribune de la presse, un droit d'accès sans entrave égal à ceux des autres membres de leur profession, alors que leurs syndicats ou leurs associations professionnelles crient haut et fort lorsque des tribunaux ou d'autres organismes leur nient pareil accès. On ne peut, d'une part, dénoncer la censure qui nous est imposée par d'autres tout en la pratiquant nous-mêmes, d'autre part, lorsque cela sert nos propres intérêts corporatistes.

Chose certaine, ce n'est certes pas respecter l'esprit des lois et de la démocratie que de refuser à des journalistes, au nom de la neutralité, des droits égaux à ceux de leurs confrères en affirmant erronément que leur accorder le même statut aurait pour effet de leur permettre de remplacer des journalistes qui continuent à exercer leur profession dans la même enceinte pour le compte d'un média qui se définit lui-même comme un moyen de pression syndical.

Car, ne nous leurrons pas, la Tribune de la presse prend parti dans un conflit de travail lorsqu'elle décide de refuser la recommandation d'accréditation de journalistes travaillant pour un groupe de médias dont l'une des composantes ne fait qu'exercer un droit légitime qui lui est reconnu par le Code du travail, tout en permettant aux journalistes en grève ou en lockout de conserver leur statut de journalistes accrédités alors qu'ils agissent exclusivement pour le compte de leur organisation syndicale.

Le maintien de l'intégrité de la profession de journaliste et de la perception de son indépendance tout comme le risque que le précédent créé par les membres de la Tribune de la presse puisse être invoqué contre les médias et les journalistes dans des affaires mettant en cause la liberté de presse, le droit du public à l'information ou la transparence des pouvoirs publics commandent une révision de cette décision discriminatoire à l'endroit de nos deux journalistes.
 
 
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