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Libre opinion - JdeM: un conflit qui aurait pu être évité

Lyne Robitaille - Éditrice du Journal de Montréal  6 octobre 2009  Médias
J'aimerais réagir à la lettre publiée hier dans Le Devoir sous la signature du président du Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal, M. Raynald Leblanc. Un lock-out n'est jamais une situation souhaitable, ni pour une entreprise ni pour ses employés. Le Journal de Montréal ne fait pas exception à cet égard.

J'aimerais sincèrement que la situation soit différente. J'aimerais que, chaque matin, nous travaillions ensemble, syndiqués et cadres, pour faire évoluer le Journal afin de toujours mieux répondre aux attentes de nos clients et adapter nos façons de faire à une nouvelle réalité qui frappe notre industrie de plein fouet.

Je dois cependant me résigner, car cela ne sera pas possible, du moins tant que nous ferons face à un syndicat qui nous refuse le droit de prendre les mesures nécessaires pour assurer la pérennité de notre journal, comme la possibilité de faire des mises à pied, une situation unique dans notre industrie. Le même syndicat qui a refusé des indemnités de départ des plus généreuses aux employés concernés, qui a renié une lettre d'entente qu'il avait lui-même signée et qui a eu le goût douteux d'organiser une marche funèbre sur la tombe de Pierre Péladeau.

Ce même syndicat qui n'a, évidemment, rien à voir avec la violation d'injonctions, les appels nocturnes et les actes d'intimidation dont les cadres du Journal sont régulièrement victimes, y compris la réception d'enveloppes contenant de la poudre blanche non identifiée ayant amené l'intervention de plusieurs corps de police spécialisés et l'évacuation de familles entières.

En fait, il y a lieu de se demander si la stratégie qui préside à ces gestes est bien celle du syndicat du Journal ou si elle n'est pas plutôt celle de la CSN, qui semble déterminée à pousser les médias québécois dans le précipice où d'autres syndicats ont poussé l'industrie de l'automobile.

Quoi qu'en dise M. Leblanc, la direction du Journal n'éprouve aucun mépris pour ses collègues et lui. J'éprouve, au contraire, une grande sympathie pour tous les membres de l'équipe que je côtoyais chaque jour depuis des années. Nous avons travaillé ensemble trop longtemps pour qu'il en soit autrement. Cette sympathie et la nostalgie du passé ne doivent pourtant pas nous aveugler, car nous avons la responsabilité de voir la réalité en face.

Cette réalité, c'est celle d'un syndicat qui a conduit ses 253 membres sur le trottoir par pur aveuglement idéologique, le même aveuglement qui fait que, lorsqu'il parle du Journal de Québec, M. Leblanc se contente d'évoquer la longueur du conflit de travail qui y est survenu. Il oublie soigneusement de mentionner que même si ce conflit a été difficile, il a permis d'ouvrir la porte à une révision importante du modèle d'affaires du Journal, révision essentielle dont toutes les parties reconnaissent aujourd'hui le mérite. Comment penser que les changements nécessaires opérés dans notre quotidien de Québec ne soient pas, aussi, inévitables, pour le Journal de Montréal?

C'est un fait que les employés du Journal de Montréal sont très attachés au quotidien de la rue Frontenac et je leur en suis reconnaissante. Il est aussi vrai qu'ils y ont investi du temps et leur coeur, ainsi que l'affirme M. Leblanc, et qu'ils ont joué un rôle de premier plan dans son succès.

Deux choses doivent toutefois être soulignées. En retour de leur investissement personnel et professionnel, les employés du Journal ont bénéficié des meilleures conditions de travail de leur industrie, des conditions nettement supérieures à celles qui sont offertes à la très grande majorité des Québécois et qui ont été négociées avec l'employeur à une époque de prospérité où tous y trouvaient leur compte.

En d'autres termes, la relation d'emploi entre les membres du syndicat et le Journal a été de type gagnant-gagnant. La deuxième chose que nous devons garder en mémoire, c'est que cette époque dorée est finie. Je ne referai pas ici la liste des calamités qui ont frappé la presse écrite en Amérique du Nord depuis quelques années, nous la connaissons tous. Nous savons aussi que ces enjeux ont entraîné des dizaines de milliers de pertes d'emploi.

Enfin, même si la direction du Journal de Montréal n'a jamais voulu négocier dans les journaux, nous ne pouvions pas laisser les lecteurs du Devoir être exposés, hier, à une série d'affirmations offrant une fausse perception de l'origine du conflit au Journal.

Si malheureux que puissent être ce conflit et la disparition de l'âge d'or de la presse écrite, le statu quo n'est pas une option. Vienne le jour où le syndicat du Journal se rendra à cette évidence, pour le bien de ses membres et celui de l'entreprise.
 
 
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