Une station pour le prix d'un café
Sept stations locales du pays, dont CJNT de Montréal, ont été bradées pour quelques dollars chacune au cours des derniers mois. Une télé pour le prix d'un café, tout au plus d'un lunch: y a-t-il une pire preuve de la crise abyssale dans laquelle s'enfoncent inéluctablement les médias depuis le début du siècle?
CTV Inc. et CanWest Global Communications Corp. ont averti plus tôt cette année qu'elles allaient vendre plusieurs stations locales déficitaires. Huit eiders boiteux ont été mis en vente, et seul celui de Red Deer, en Alberta, n'a pas trouvé repreneur. Les autres ont été bazardés à vils prix. CTV a vendu sa station de Brandon, au Manitoba, pour un seul dollar. CanWest a obtenu 12 dollars pour CHCH de Hamilton et CJNT de Montréal.
La transaction a été entérinée le 31 août par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Le nouveau propriétaire, Chanel Zero, possède deux autres stations consacrées à la diffusion de courts métrages (Moovieola) et à la présentation de films des années 1930 à 1960 (Silver Screen Classics). Chanel Zero a acquis deux des cinq chaînes liquidées par CanWest. L'autre, CHCH de Hamilton, existe depuis cinq décennies.
CJNT se spécialisait depuis des années dans la couverture des communautés culturelles montréalaises avec des émissions comme La Caravane du Maghreb, Ni Hao, Jewish Matters ou Magazine libanais. Son slogan est toujours «Une ville, plusieurs cultures», mais la directrice de la chaîne avertit que tout cela sera remplacé par des émissions musicales et des films étrangers, chaque soirée étant consacrée à un cinéma particulier (indien, allemand, italien, israélien, etc.).
«On conserve le mandat multiethnique, mais en se concentrant sur les vidéoclips et les longs métrages, résume la directrice Isabella Federigi. La licence du CRTC nous demande de faire de la production locale ethnique. Auparavant, on y arrivait avec des magazines socioculturels. Dorénavant, nous allons la respecter avec des productions un peu à la Musique Plus.»
La nouvelle programmation complète arrivera en ondes d'ici la fin de l'année. L'objectif est évidemment de rajeunir l'auditoire et d'attirer de nouveaux annonceurs, un pari non tenu sous la propriété de CanWest, d'où la vente précipitée, d'ailleurs. «Les chaînes généralistes n'ont aucune redevance du câble, dit la directrice. En plus, dans un petit marché multiculturel, la vente de publicités locales ne rapporte pas énormément et a diminué au cours des deux dernières années. Par ailleurs, les clients nationaux ne s'y intéressent pas beaucoup.»
Mme Federigi occupait le même poste avant la vente. Les cinq autres employés permanents ont également conservé leur travail.
Les employés de CHEK à Victoria tentent de sauver leurs jobs en achetant leur petite compagnie. Il leur faudrait 5 millions. Les acquéreurs éventuels doivent notamment trouver l'argent nécessaire pour développer des services de publicité, jusqu'ici offerts par le réseau central.
Pour la station albertaine CHCA-TV de Red Dear, il semble déjà trop tard. La télé spécialisée dans l'information et le sport s'apprête à fermer après 50 ans de service. Sa disparition laissera sans couverture locale la troisième ville de la riche province, un peu comme si Sherbrooke, au Québec, perdait toute sa couverture locale d'un coup.
Sortie critique
Le problème de la couverture locale se pose avec de plus en plus d'acuité. Lundi, les réseaux CTV, Global et Radio-Canada ont lancé une campagne nationale soulignant l'importance et la valeur des télévisions locales. Selon ces différents réseaux, les compagnies de câble et de satellite «tentent de faire passer leurs intérêts personnels pour celui des téléspectateurs». Ils affirment que ces compagnies informent mal les Canadiens et qu'elles leur refilent inutilement certains coûts supplémentaires.
Cette sortie critique vise à mettre sous pression le CRTC, qui décidera cet automne de l'avenir de la télévision locale. Les télédiffuseurs dénoncent la vente de leur programmation aux consommateurs par les distributeurs de signaux par câble et par satellite, alors que ces mêmes distributeurs ne versent rien aux télévisions locales.
Les réseaux déplorent également que les câblodistributeurs versent plus de 300 millions par année aux télévisions par câble américaines, alors que ces stations ne sont pas tenues de produire du contenu canadien.
La campagne intitulée Question de télévision locale est interactive. Elle fournit aux téléspectateurs de l'information sur les problèmes éprouvés par les télévisions locales canadiennes. Le site Web de la campagne est www.localtvmatters.ca.
CTV Inc. et CanWest Global Communications Corp. ont averti plus tôt cette année qu'elles allaient vendre plusieurs stations locales déficitaires. Huit eiders boiteux ont été mis en vente, et seul celui de Red Deer, en Alberta, n'a pas trouvé repreneur. Les autres ont été bazardés à vils prix. CTV a vendu sa station de Brandon, au Manitoba, pour un seul dollar. CanWest a obtenu 12 dollars pour CHCH de Hamilton et CJNT de Montréal.
La transaction a été entérinée le 31 août par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Le nouveau propriétaire, Chanel Zero, possède deux autres stations consacrées à la diffusion de courts métrages (Moovieola) et à la présentation de films des années 1930 à 1960 (Silver Screen Classics). Chanel Zero a acquis deux des cinq chaînes liquidées par CanWest. L'autre, CHCH de Hamilton, existe depuis cinq décennies.
CJNT se spécialisait depuis des années dans la couverture des communautés culturelles montréalaises avec des émissions comme La Caravane du Maghreb, Ni Hao, Jewish Matters ou Magazine libanais. Son slogan est toujours «Une ville, plusieurs cultures», mais la directrice de la chaîne avertit que tout cela sera remplacé par des émissions musicales et des films étrangers, chaque soirée étant consacrée à un cinéma particulier (indien, allemand, italien, israélien, etc.).
«On conserve le mandat multiethnique, mais en se concentrant sur les vidéoclips et les longs métrages, résume la directrice Isabella Federigi. La licence du CRTC nous demande de faire de la production locale ethnique. Auparavant, on y arrivait avec des magazines socioculturels. Dorénavant, nous allons la respecter avec des productions un peu à la Musique Plus.»
La nouvelle programmation complète arrivera en ondes d'ici la fin de l'année. L'objectif est évidemment de rajeunir l'auditoire et d'attirer de nouveaux annonceurs, un pari non tenu sous la propriété de CanWest, d'où la vente précipitée, d'ailleurs. «Les chaînes généralistes n'ont aucune redevance du câble, dit la directrice. En plus, dans un petit marché multiculturel, la vente de publicités locales ne rapporte pas énormément et a diminué au cours des deux dernières années. Par ailleurs, les clients nationaux ne s'y intéressent pas beaucoup.»
Mme Federigi occupait le même poste avant la vente. Les cinq autres employés permanents ont également conservé leur travail.
Les employés de CHEK à Victoria tentent de sauver leurs jobs en achetant leur petite compagnie. Il leur faudrait 5 millions. Les acquéreurs éventuels doivent notamment trouver l'argent nécessaire pour développer des services de publicité, jusqu'ici offerts par le réseau central.
Pour la station albertaine CHCA-TV de Red Dear, il semble déjà trop tard. La télé spécialisée dans l'information et le sport s'apprête à fermer après 50 ans de service. Sa disparition laissera sans couverture locale la troisième ville de la riche province, un peu comme si Sherbrooke, au Québec, perdait toute sa couverture locale d'un coup.
Sortie critique
Le problème de la couverture locale se pose avec de plus en plus d'acuité. Lundi, les réseaux CTV, Global et Radio-Canada ont lancé une campagne nationale soulignant l'importance et la valeur des télévisions locales. Selon ces différents réseaux, les compagnies de câble et de satellite «tentent de faire passer leurs intérêts personnels pour celui des téléspectateurs». Ils affirment que ces compagnies informent mal les Canadiens et qu'elles leur refilent inutilement certains coûts supplémentaires.
Cette sortie critique vise à mettre sous pression le CRTC, qui décidera cet automne de l'avenir de la télévision locale. Les télédiffuseurs dénoncent la vente de leur programmation aux consommateurs par les distributeurs de signaux par câble et par satellite, alors que ces mêmes distributeurs ne versent rien aux télévisions locales.
Les réseaux déplorent également que les câblodistributeurs versent plus de 300 millions par année aux télévisions par câble américaines, alors que ces stations ne sont pas tenues de produire du contenu canadien.
La campagne intitulée Question de télévision locale est interactive. Elle fournit aux téléspectateurs de l'information sur les problèmes éprouvés par les télévisions locales canadiennes. Le site Web de la campagne est www.localtvmatters.ca.
- » vente,
- Québec (province),
- Prix,
- média
Haut de la page

