Le coup de crayon de Robert LaPalme
Pipe accrochée au coin de la bouche, noeud papillon en soie au cou, Robert LaPalme (1908-1997) me racontait quelques fois, dans l'antre de son appartement un peu sombre, qu'il n'avait jamais voulu rencontrer Duplessis. «J'ai eu plusieurs occasions de le faire. C'était pour moi hors de question même d'aller lui serrer la main. Ces politiciens-là, à ce niveau-là, sont des séducteurs nés. Après, je serais certainement ressorti de son bureau avec ses pantoufles dans la gueule, comme un bon chien, comme tous les autres!»
LaPalme, caricaturiste du Devoir dans les années 1950, est peut-être celui qui a le plus souvent chargé contre l'Union nationale de Duplessis. «Un jour, Duplessis m'a demandé, par l'entremise de Denis Drouin, un de ses amis, de venir le voir au château Frontenac, sa résidence lorsqu'il était à Québec. Drouin, qui travaillait à Radio-Canada, me dit que le premier ministre était amusé par mes dessins et qu'il souhaitait me rencontrer. Je connaissais assez Duplessis pour savoir qu'il ne pouvait pas aimer mes caricatures... Vous savez, Duplessis était un homme rudement intelligent.»
Le caricaturiste mange à cette époque de l'Union nationale presque tous les jours. Ses dessins claquent comme des coups de fouet. Ils traduisent à eux seuls tout le climat de lutte qui s'est alors engagée contre l'Union nationale à l'approche de la Révolution tranquille.
Il faudrait, un jour prochain, rassembler, étudier, puis rendre accessibles les dessins antiduplessistes de LaPalme. En attendant, on peut juger un peu de leur puissance en jetant un oeil à ceux que nous reproduisons sur le site Internet du Devoir.
Combien de caricatures LaPalme a-t-il publiées sur Duplessis? Des centaines, peut-être même des milliers. Dans le petit entrepôt qui jouxtait son dernier atelier de dessin, il en conservait encore des piles énormes qui menaçaient d'ailleurs sans cesse de se renverser.
Ces dessins n'ont pas provoqué de séisme en tombant un à un, jour après jour, sur le dos de l'Union nationale. Ils comptent néanmoins beaucoup dans l'histoire des idées de cette période. L'attention que leur accorde l'Union nationale elle-même suffit déjà pour s'en assurer: aux élections de 1956, LaPalme raconte qu'un avocat proche du régime Duplessis, Me Marcel Robillard, est venu le voir chez lui, devant témoins, pour lui offrir 25 000 $ et la promesse d'un autre versement en argent à condition qu'il participe à une stratégie liée à la réélection de Duplessis. Forte tête et convaincu de toute façon que sa liberté vaut bien plus encore, LaPalme refuse net.
Robert LaPalme n'a tout de même pas toujours combattu Duplessis. En 1936, il le soutient même comme le champion d'une lutte sans trêve contre le régime corrompu du libéral Alexandre Taschereau. Grâce à Robert Rumilly, il obtient à cette époque des entrevues à New York, notamment avec le chef d'orchestre Wilfrid Pelletier, qui lui permettent de s'installer et de travailler comme caricaturiste dans les journaux de la mégapole américaine.
Après la guerre, LaPalme a vieilli et ses idées, plus sûres d'elles-mêmes, s'attachent désormais à des idées libérales qui lui font combattre l'Union nationale, entre autres au nom de son désir de voir la richesse être redistribuée de façon plus équitable dans la population. «Le respect de l'être humain devient bien faible quand on laisse les riches tout posséder», disait-il.
LaPalme, caricaturiste du Devoir dans les années 1950, est peut-être celui qui a le plus souvent chargé contre l'Union nationale de Duplessis. «Un jour, Duplessis m'a demandé, par l'entremise de Denis Drouin, un de ses amis, de venir le voir au château Frontenac, sa résidence lorsqu'il était à Québec. Drouin, qui travaillait à Radio-Canada, me dit que le premier ministre était amusé par mes dessins et qu'il souhaitait me rencontrer. Je connaissais assez Duplessis pour savoir qu'il ne pouvait pas aimer mes caricatures... Vous savez, Duplessis était un homme rudement intelligent.»
Le caricaturiste mange à cette époque de l'Union nationale presque tous les jours. Ses dessins claquent comme des coups de fouet. Ils traduisent à eux seuls tout le climat de lutte qui s'est alors engagée contre l'Union nationale à l'approche de la Révolution tranquille.
Il faudrait, un jour prochain, rassembler, étudier, puis rendre accessibles les dessins antiduplessistes de LaPalme. En attendant, on peut juger un peu de leur puissance en jetant un oeil à ceux que nous reproduisons sur le site Internet du Devoir.
Combien de caricatures LaPalme a-t-il publiées sur Duplessis? Des centaines, peut-être même des milliers. Dans le petit entrepôt qui jouxtait son dernier atelier de dessin, il en conservait encore des piles énormes qui menaçaient d'ailleurs sans cesse de se renverser.
Ces dessins n'ont pas provoqué de séisme en tombant un à un, jour après jour, sur le dos de l'Union nationale. Ils comptent néanmoins beaucoup dans l'histoire des idées de cette période. L'attention que leur accorde l'Union nationale elle-même suffit déjà pour s'en assurer: aux élections de 1956, LaPalme raconte qu'un avocat proche du régime Duplessis, Me Marcel Robillard, est venu le voir chez lui, devant témoins, pour lui offrir 25 000 $ et la promesse d'un autre versement en argent à condition qu'il participe à une stratégie liée à la réélection de Duplessis. Forte tête et convaincu de toute façon que sa liberté vaut bien plus encore, LaPalme refuse net.
Robert LaPalme n'a tout de même pas toujours combattu Duplessis. En 1936, il le soutient même comme le champion d'une lutte sans trêve contre le régime corrompu du libéral Alexandre Taschereau. Grâce à Robert Rumilly, il obtient à cette époque des entrevues à New York, notamment avec le chef d'orchestre Wilfrid Pelletier, qui lui permettent de s'installer et de travailler comme caricaturiste dans les journaux de la mégapole américaine.
Après la guerre, LaPalme a vieilli et ses idées, plus sûres d'elles-mêmes, s'attachent désormais à des idées libérales qui lui font combattre l'Union nationale, entre autres au nom de son désir de voir la richesse être redistribuée de façon plus équitable dans la population. «Le respect de l'être humain devient bien faible quand on laisse les riches tout posséder», disait-il.
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