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Un animateur-vedette du Brésil est accusé d'avoir commandité des meurtres pour doper les cotes d'écoute de son émission

15 août 2009  Médias
Rio de Janeiro — La caméra suit le reporter qui, micro en main, marche sur un sentier en pleine forêt tropicale jusqu'au lieu du crime: «Le corps est là, il fume encore!», s'écrie-t-il alors que le téléspectateur, tenu en haleine, a droit à un gros plan sur la scène macabre.

C'est alors qu'apparaît à l'écran Wallace Souza, le présentateur-vedette d'un très populaire programme consacré à la dénonciation de la criminalité dans l'État d'Amazonas, dans le nord du Brésil. «L'État d'Amazonas ne peut plus supporter cette vague de violence où maintenant tout le monde tue», déclare, la voix grave, l'animateur à la forte carrure et aux cheveux encore bien noirs malgré la cinquantaine. Il parle depuis les studios de la chaîne de télévision privée Em Tempo à Manaus, la capitale de l'État, célèbre pour son opéra.

Cotes d'écoute

Wallace Souza a quitté l'antenne en avril, au moment où une enquête policière se concentrait sur lui et son équipe. Le présentateur-producteur avait bâti sa renommée sur la couverture des faits divers dans les quartiers populaires de ce vaste État amazonien, à coups d'images exclusives d'arrestations, de perquisitions et de scènes de crimes. Et c'est là le hic: l'équipe de Souza débarquait toujours avant la police, ce qui a fini par mettre la puce à l'oreille des autorités.

Ancien policier en civil avant d'être limogé pour trafic de combustibles, Souza connaissait parfaitement les ficelles du métier et savait en tirer profit. Député de l'État d'Amazonas, élu à deux reprises, notamment en 2008 où il avait réalisé le score le plus élevé, ce beau parleur n'aurait pas hésité à commanditer des meurtres pour doper l'audience de son émission et crédibiliser son discours sécuritaire. «En 1979, quand j'étais policier, il n'y avait pas de place pour les bandits dans cette ville», aimait-il à répéter à l'antenne.

Mais les enquêtes montrent que Souza «commanditait des crimes pour alimenter son émission en sujets», a déclaré, début août, un responsable de la sécurité publique d'Amazonas, Thomaz Augusto Vasconcelos. Il profitait de son émission «pour faire régner l'insécurité dans la région afin de prolonger le maintien au

voir page A 8: souza

pouvoir de sa famille, en orchestrant des actes de vandalisme et des meurtres», a renchéri jeudi le commissaire Divanilson Cavalcanti, responsable de l'enquête policière.

Équipe

Quinze de ses anciens collaborateurs, dont son ex-garde du corps, Moacir Jorge da Costa, accusé à lui seul de neuf homicides, ont été arrêtés et affirment en effet que Wallace Souza a commandité cinq meurtres de présumés trafiquants de drogue pour qu'ils soient filmés par son équipe de télévision. Selon les résultats de l'enquête policière et du ministère public, Souza appartient à un réseau mafieux de 40 personnes identifiées et inculpées pour «homicides, formation de bande armée, association pour trafic de drogue et port illégal d'armes». Selon le parquet, l'instruction devrait être achevée d'ici 15 à 20 jours et les juges chargés de l'enquête sont protégés par une escorte policière 24 heures sur 24. Le 30 juillet, le procureur de l'État d'Amazonas, Ary Moutinho, du tribunal de justice, l'a formellement inculpé.

«Je suis victime d'un complot du crime organisé», clame l'animateur-député, qui nie farouchement toutes les accusations, jurant ses grands dieux que les autorités cherchent à monter l'opinion publique contre lui et à évincer sa famille de la politique. Joint par téléphone à Manaus, il affirme avoir même «reçu des menaces de mort alors qu'[il avait] entamé, en 2007, une enquête parlementaire sur la pédophilie dans la ville de Cuari, à plus de 1000 kilomètres de Manaus». «Ma famille a une influence décisive sur le résultat de toutes les élections locales», ajoute-t-il, rappelant que son frère est le premier adjoint au maire de Manaus, qu'un autre de ses frères est conseiller municipal et qu'une de ses soeurs est employée municipale. «Et ceux qui m'accusent sont des policiers corrompus», poursuit-il, se plaignant que son image ait été «salie» dans la presse internationale.

Mafia

Mais aujourd'hui, toute son équipe et même son fils se trouvent sous les verrous, tandis qu'il bénéficie, pour l'instant, d'une immunité parlementaire. À ce stade, le présentateur et parlementaire n'a pas été arrêté, car cela n'a pas été jugé nécessaire, mais son avocat, Francisco Balieiro, a déjà fait savoir qu'il demanderait que son client comparaisse libre au procès, qui devrait se tenir dans deux mois.

Cette affaire s'inscrit dans le cadre d'une vaste opération «mains propres», selon les autorités de l'État, qui estiment que la mafia s'étend à la sphère politique, à la police ou encore à la justice.

Souza, lui, va jusqu'à se présenter comme un martyr, et que la société a voulu dire basta au crime organisé. «Je suis chrétien et j'ai une foi énorme, mais si le Christ était à nouveau crucifié, le coupable serait le député Wallace Souza», a-t-il proclamé, bravache, devant ses pairs de l'Assemblée législative d'Amazonas.
 
 
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