Télévision à la une - Une oeuvre dans le béton
D'emblée, il convient de prendre quelques secondes pour remercier les auteurs Marie Belzil et Mariano Franco, qui font ici oeuvre utile. Il était en effet important que l'aventure du Moulin à images, un projet d'une splendide démesure, soit documentée.
D'une part parce qu'il s'agit d'une oeuvre unique en son genre de par sa nature, sa durée et son volume. D'autre part, et c'est peut-être même la dimension la plus importante de l'exercice, parce qu'il est capital que subsistent des traces du processus créatif d'un artiste de la trempe de Robert Lepage qui, une fois de plus, a su offrir au monde, et en cette occasion aux Québécois en parti-culier, une part de grandiose. Dans le ventre du Moulin (beau clin d'oeil, ce titre) s'avère bien plus qu'un making of ou un publireportage aux ambitions artistiques. Marie Belzil et Mariano Franco signent en effet un documentaire intelligent, éclairant et, dans l'ensemble, très bien foutu.
Dans le ventre du Moulin brosse donc un portrait double. Il y a celui, fascinant, des trois derniers mois qui ont précédé la première du Moulin à images dans le Vieux-Port de Québec. C'est l'objet principal du film et sa mise en chantier est fort bien présentée: cadrages expressifs, sélection cohérente de moments significatifs, montage de plus en plus serré à mesure qu'approche le jour J, etc. À la fin du compte à rebours émaillé de quelques touches d'humour bien dosées, on est littéralement sur le bout de sa chaise.
Ça, c'est le premier portrait. Le second, c'est celui de l'homme derrière l'oeuvre: Robert Lepage. Sciemment ou non, les deux réalisateurs nous révèlent un peu qui il est, et ce, dès les premières minutes du documentaire.
Ce qui frappe d'abord, c'est la personnalité de Robert Lepage. On le sait, elle imprègne forcément toutes ses oeuvres, fussent-elles théâtrales ou cinématographiques. C'est le propre des artistes visionnaires que de laisser une signature distinctive sur tout ce qu'ils touchent. Ici, toutefois, on a droit à un aperçu de son tempérament en période haute de création. Lequel se manifeste de manière tangible, avec une force tranquille, toute d'humour et d'attention aux détails. Et au centre bien plus qu'en périphérie, une équipe affairée et proactive, prompte à la suggestion, au flash spontané.
Car de toute évidence, Robert Lepage n'est pas un despote. Au contraire, il écoute, quitte à écarter l'idée si elle ne va pas tout à fait dans le sens de sa vision, et tient manifestement compte de l'opinion des gens qui l'entourent pour les avoir lui-même rassemblés autour de son entreprise éléphantesque.
Une anecdote se révèle particulièrement révélatrice. À un certain moment, Lepage dresse un parallèle entre les silos de béton qu'il souhaite faire «parler» et les sculptures des Inuits pour qui l'oeuvre sommeille dans la pierre avant même le premier coup de ciseau de l'artiste. Voilà qui en dit long sur sa manière d'aborder la création. Détendu et charis-matique, on le sent en contrôle et, surtout, on perçoit la confiance absolue qui règne entre ses collaborateurs et lui.
On l'aura compris, Dans le ventre du Moulin est une plongée privilégiée dans l'univers d'un des créateurs importants de notre temps qu'il serait bien dommage de rater.
Dans le ventre du Moulin - Zone doc, Radio-Canada, vendredi à 21h.
D'une part parce qu'il s'agit d'une oeuvre unique en son genre de par sa nature, sa durée et son volume. D'autre part, et c'est peut-être même la dimension la plus importante de l'exercice, parce qu'il est capital que subsistent des traces du processus créatif d'un artiste de la trempe de Robert Lepage qui, une fois de plus, a su offrir au monde, et en cette occasion aux Québécois en parti-culier, une part de grandiose. Dans le ventre du Moulin (beau clin d'oeil, ce titre) s'avère bien plus qu'un making of ou un publireportage aux ambitions artistiques. Marie Belzil et Mariano Franco signent en effet un documentaire intelligent, éclairant et, dans l'ensemble, très bien foutu.
Dans le ventre du Moulin brosse donc un portrait double. Il y a celui, fascinant, des trois derniers mois qui ont précédé la première du Moulin à images dans le Vieux-Port de Québec. C'est l'objet principal du film et sa mise en chantier est fort bien présentée: cadrages expressifs, sélection cohérente de moments significatifs, montage de plus en plus serré à mesure qu'approche le jour J, etc. À la fin du compte à rebours émaillé de quelques touches d'humour bien dosées, on est littéralement sur le bout de sa chaise.
Ça, c'est le premier portrait. Le second, c'est celui de l'homme derrière l'oeuvre: Robert Lepage. Sciemment ou non, les deux réalisateurs nous révèlent un peu qui il est, et ce, dès les premières minutes du documentaire.
Ce qui frappe d'abord, c'est la personnalité de Robert Lepage. On le sait, elle imprègne forcément toutes ses oeuvres, fussent-elles théâtrales ou cinématographiques. C'est le propre des artistes visionnaires que de laisser une signature distinctive sur tout ce qu'ils touchent. Ici, toutefois, on a droit à un aperçu de son tempérament en période haute de création. Lequel se manifeste de manière tangible, avec une force tranquille, toute d'humour et d'attention aux détails. Et au centre bien plus qu'en périphérie, une équipe affairée et proactive, prompte à la suggestion, au flash spontané.
Car de toute évidence, Robert Lepage n'est pas un despote. Au contraire, il écoute, quitte à écarter l'idée si elle ne va pas tout à fait dans le sens de sa vision, et tient manifestement compte de l'opinion des gens qui l'entourent pour les avoir lui-même rassemblés autour de son entreprise éléphantesque.
Une anecdote se révèle particulièrement révélatrice. À un certain moment, Lepage dresse un parallèle entre les silos de béton qu'il souhaite faire «parler» et les sculptures des Inuits pour qui l'oeuvre sommeille dans la pierre avant même le premier coup de ciseau de l'artiste. Voilà qui en dit long sur sa manière d'aborder la création. Détendu et charis-matique, on le sent en contrôle et, surtout, on perçoit la confiance absolue qui règne entre ses collaborateurs et lui.
On l'aura compris, Dans le ventre du Moulin est une plongée privilégiée dans l'univers d'un des créateurs importants de notre temps qu'il serait bien dommage de rater.
Dans le ventre du Moulin - Zone doc, Radio-Canada, vendredi à 21h.
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