La sacralisation médiatique
J'ai envie de vous parler d'Étienne Decroux, un comédien français que personne ne connaît, mort et enterré en 1991 dans un silence médiatique absolu. Il a travaillé avec Marcel Carné, puis avec Jean-Louis Barrault. Déçu du travail de comédien, il se met au mime et invente ce qu'on appellera le «mime corporel». Il aura comme élève le célèbre mime Marcel Marceau. Il enseignera à l'Actor's Studio. Puis s'éteindra dans l'oubli. C'est lui qui a inventé le Moonwalk que la planète a porté en terre mardi. Sans bien sûr mentionner son nom.
Je veux vous parler aussi de Quincy Jones, trompettiste et arrangeur de génie. Son enfance fut au moins aussi difficile que celle de Michael Jackson. Il dut s'exiler en France, où il travailla avec Eddy Barclay, le grand fabriquant de vedettes de la chanson française. De retour aux États-Unis, il concocte les plus beaux disques de Sinatra, de Streisand et de Tony Bennett. Pour des raisons inconnues, il accepte de travailler avec le plus jeune des frères Jackson en 1979. Cela donne Off the Wall, le premier grand succès du «roi de la pop». En 1982, c'est Thriller et puis Bad. Le son qu'on a mis en bière mardi, c'est le sien. C'est cette remarquable fusion du R&B, du rock, du hip-hop et, oui, d'un peu de jazz, ses racines à lui, Quincy Jones, qu'on a aussi enterrée mardi sans prononcer son nom. Quincy Jones, dont le Petit Prince de la pop s'est séparé, convaincu qu'il était plus grand que ses maîtres et que ses créateurs. Depuis Quincy Jones, l'artiste du millénaire n'a rien produit d'intéressant. Demandons-nous pourquoi.
Et un mot sur Martin Scorsese, qui réalisa le vidéoclip de Bad. Réalisateur de génie. L'artiste du millénaire exécutait.
Mardi, on aurait dit que nous menions à son dernier repos Obama, Lincoln et Mandela confondus dans un seul corps, une seule incarnation magique. Une sorte d'unanimité planétaire, un milliard de téléspectateurs pour un long vidéoclip qui relancera les ventes d'un artiste qui n'a pas produit une seule chanson depuis huit ans.
Des centaines de prisonniers de la prison de Cebu, aux Philippines, ont repris dans leur uniforme orange la chorégraphie de Thriller. À Paris, un millier d'idolâtres s'exécutaient de la même manière sous la tour Eiffel. Fortune de YouTube et de My Space.
uuu
La dernière fois qu'on avait constaté un tel délire médiatique, c'était lors de la mort de Diana. Tragique princesse inutile qui meublait le vide avec quelques activités humanitaires, mais qui entre les charités publiques n'avait que des fréquentations douteuses et surtout très riches. Probablement pour assurer ses futures charités. Au moins, mère Térésa avait pris des lépreux dans ses bras, avait dormi avec des gens sales et puants, mourant des pires maladies.
Comment comprendre qu'on ait voulu sanctifier publiquement cet anorexique, cet extraterrestre capable de tenir un enfant, le sien, au-dessus du vide pour faire plaisir à des fans idiots? Les prisonniers rendent hommage à un homme emprisonné dans son refus de la réalité. Les Noirs américains bénissent un homme devenu blanc. Le président Obama salue un artiste qui ne produit rien. Les télévisions du monde entier s'inclinent devant un génie qui n'est qu'une construction, une rencontre de Decroux, de Jones, de Scorsese. Un génie emprunté, magnifique performer certes, mais un être sans aucun rapport avec la réalité.
Et voilà que des idiots magnifiques le transforment en Petit Prince, lui qui n'a jamais tenté de rien apprivoiser. Un pasteur nous annonce qu'Obama n'aurait pas été élu si Michael Jackson n'avait pas existé. Des politiciens noirs nous disent que celui qui se transformait en blanc faisait avancer la cause des Noirs. Il était où, l'artiste du millénaire, durant la campagne d'Obama? Il jouait dans son parc d'attraction, faisait la grande roue, prenait le petit train qui mène de la maison aux manèges. Il ne vivait pas chez nous, dans ce dur monde qui est celui d'aujourd'hui. Il déguisait ses enfants, les masquait, les transformait en personnages de carnaval vénitien. Bien sûr, sa fille Paris a dit qu'il était le meilleur père du monde. Et la planète a pleuré et a cru Paris. Voilà qu'on portait en terre un magnifique père et un artiste de génie. Nous assistions aux funérailles commerciales et médiatiques d'un mythe. Les médias adorent les mythes. Diana, Térésa, Jackson.
Quand Mandela s'en ira vers le ciel sud-africain dont je ne connais pas le nom, les trois réseaux américains, CBC, la SRC, etc., ne diffuseront pas en direct ses funérailles. On ne consacrera pas des dizaines d'heures à l'événement.
La banalisation de l'essentiel, du fondamental et la sacralisation du futile et du superflu sont passées par là.
Cette sacralisation médiatique d'un être déviant, qui refuse la réalité au point de s'en soustraire et de vivre une enfance permanente et morbide, mérite qu'on réfléchisse à ce que les médias doivent souligner, célébrer, commémorer. Je trouve que mon journal s'est bien comporté. Phénomène mondial, qu'il faut souligner, mais événement sans importance qui ne mérite pas qu'on s'y arrête, sinon pour les chiffres et les statistiques. Ne vous méprenez pas. J'adore Bad et Thriller.
Je veux vous parler aussi de Quincy Jones, trompettiste et arrangeur de génie. Son enfance fut au moins aussi difficile que celle de Michael Jackson. Il dut s'exiler en France, où il travailla avec Eddy Barclay, le grand fabriquant de vedettes de la chanson française. De retour aux États-Unis, il concocte les plus beaux disques de Sinatra, de Streisand et de Tony Bennett. Pour des raisons inconnues, il accepte de travailler avec le plus jeune des frères Jackson en 1979. Cela donne Off the Wall, le premier grand succès du «roi de la pop». En 1982, c'est Thriller et puis Bad. Le son qu'on a mis en bière mardi, c'est le sien. C'est cette remarquable fusion du R&B, du rock, du hip-hop et, oui, d'un peu de jazz, ses racines à lui, Quincy Jones, qu'on a aussi enterrée mardi sans prononcer son nom. Quincy Jones, dont le Petit Prince de la pop s'est séparé, convaincu qu'il était plus grand que ses maîtres et que ses créateurs. Depuis Quincy Jones, l'artiste du millénaire n'a rien produit d'intéressant. Demandons-nous pourquoi.
Et un mot sur Martin Scorsese, qui réalisa le vidéoclip de Bad. Réalisateur de génie. L'artiste du millénaire exécutait.
Mardi, on aurait dit que nous menions à son dernier repos Obama, Lincoln et Mandela confondus dans un seul corps, une seule incarnation magique. Une sorte d'unanimité planétaire, un milliard de téléspectateurs pour un long vidéoclip qui relancera les ventes d'un artiste qui n'a pas produit une seule chanson depuis huit ans.
Des centaines de prisonniers de la prison de Cebu, aux Philippines, ont repris dans leur uniforme orange la chorégraphie de Thriller. À Paris, un millier d'idolâtres s'exécutaient de la même manière sous la tour Eiffel. Fortune de YouTube et de My Space.
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La dernière fois qu'on avait constaté un tel délire médiatique, c'était lors de la mort de Diana. Tragique princesse inutile qui meublait le vide avec quelques activités humanitaires, mais qui entre les charités publiques n'avait que des fréquentations douteuses et surtout très riches. Probablement pour assurer ses futures charités. Au moins, mère Térésa avait pris des lépreux dans ses bras, avait dormi avec des gens sales et puants, mourant des pires maladies.
Comment comprendre qu'on ait voulu sanctifier publiquement cet anorexique, cet extraterrestre capable de tenir un enfant, le sien, au-dessus du vide pour faire plaisir à des fans idiots? Les prisonniers rendent hommage à un homme emprisonné dans son refus de la réalité. Les Noirs américains bénissent un homme devenu blanc. Le président Obama salue un artiste qui ne produit rien. Les télévisions du monde entier s'inclinent devant un génie qui n'est qu'une construction, une rencontre de Decroux, de Jones, de Scorsese. Un génie emprunté, magnifique performer certes, mais un être sans aucun rapport avec la réalité.
Et voilà que des idiots magnifiques le transforment en Petit Prince, lui qui n'a jamais tenté de rien apprivoiser. Un pasteur nous annonce qu'Obama n'aurait pas été élu si Michael Jackson n'avait pas existé. Des politiciens noirs nous disent que celui qui se transformait en blanc faisait avancer la cause des Noirs. Il était où, l'artiste du millénaire, durant la campagne d'Obama? Il jouait dans son parc d'attraction, faisait la grande roue, prenait le petit train qui mène de la maison aux manèges. Il ne vivait pas chez nous, dans ce dur monde qui est celui d'aujourd'hui. Il déguisait ses enfants, les masquait, les transformait en personnages de carnaval vénitien. Bien sûr, sa fille Paris a dit qu'il était le meilleur père du monde. Et la planète a pleuré et a cru Paris. Voilà qu'on portait en terre un magnifique père et un artiste de génie. Nous assistions aux funérailles commerciales et médiatiques d'un mythe. Les médias adorent les mythes. Diana, Térésa, Jackson.
Quand Mandela s'en ira vers le ciel sud-africain dont je ne connais pas le nom, les trois réseaux américains, CBC, la SRC, etc., ne diffuseront pas en direct ses funérailles. On ne consacrera pas des dizaines d'heures à l'événement.
La banalisation de l'essentiel, du fondamental et la sacralisation du futile et du superflu sont passées par là.
Cette sacralisation médiatique d'un être déviant, qui refuse la réalité au point de s'en soustraire et de vivre une enfance permanente et morbide, mérite qu'on réfléchisse à ce que les médias doivent souligner, célébrer, commémorer. Je trouve que mon journal s'est bien comporté. Phénomène mondial, qu'il faut souligner, mais événement sans importance qui ne mérite pas qu'on s'y arrête, sinon pour les chiffres et les statistiques. Ne vous méprenez pas. J'adore Bad et Thriller.
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