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Revue de presse - Image de soi

Manon Cornellier   4 juillet 2009  Médias
La semaine de la Fête du Canada donne toujours lieu à une avalanche de textes sur l'âme canadienne. Le chroniqueur du Globe and Mail, Jeffrey Simpson, en a eu visiblement assez. «Oui, nous aimons notre pays, mais dire que c'est le meilleur au monde? Revenez sur terre ["get real"]», écrit-il. Il rappelle que le Canada est le cancre des pays industrialisés en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Il est aussi le seul pays à toujours vouloir promouvoir l'amiante pour sauver quelques emplois à Thetford Mines, à vouloir permettre la chasse commerciale aux phoques, à hésiter à encadrer l'exploitation des sables bitumineux... Cherchez un projet innovateur mis en avant par le Canada depuis quatre ou cinq ans, dit Simpson, et vous ne trouverez que la proposition du G20 de Paul Martin. Il y a quelques réalisations à l'échelle du pays, mais Simpson avertit que «l'autosatisfaction peut mener à ne pas reconnaître nos faiblesses, à permettre au patriotisme d'étouffer la pensée critique, à refuser les choix difficiles et à camoufler une lente, et peut-être confortable, descente vers la marginalité internationale et la médiocrité nationale ["domestic"]».

Voiler le regard

Les déclarations du président français Nicolas Sarkozy au sujet de la burka ont aussi provoqué un débat sur les valeurs d'une société démocratique comme le Canada. En déclarant que la burka n'était pas la bienvenue en France et qu'elle n'est pas un signe religieux, mais un symbole de soumission des femmes, Nicolas Sarkozy a touché une corde sensible.

Femme de gauche, Janice Kennedy, de l'Ottawa Citizen, avoue n'avoir jamais cru possible d'être un jour d'accord avec Nicolas Sarkozy. Aux musulmans qui ont protesté, en particulier en Arabie saoudite, Kennedy rappelle que Sarkozy défendait les valeurs fondamentales de la France. Et «en France, le respect de la personne ne peut être compromis par l'importation de symboles qui y portent publiquement atteinte». Kennedy estime qu'il en va de même au Canada, où l'égalité et la liberté individuelle sont des valeurs essentielles et où «une femme entièrement couverte renvoie l'image d'une négation d'égalité». Kennedy se défend d'attaquer le multiculturalisme ou de faire preuve d'intolérance envers la diversité culturelle et religieuse. «Mais embrasser notre diversité culturelle ne veut pas dire accepter ces choses qui battent en brèche ce que nous sommes. [...] En d'autres mots, il y a des limites évidentes.» Comme le dit le président français, conclut-elle, il ne faut pas avoir honte de nos valeurs, ni de les défendre.

Ouvert au port de signes religieux, son collègue Leonard Stern ne peut s'empêcher d'associer visage caché et mauvaises intentions. Il rappelle que la bonne foi est associée à la transparence, à l'ouverture. Un étranger qui garde ses lunettes de soleil dérange. Une burka au Canada désoriente. C'est le cas parfait du choc des cultures, dit-il. Certains invoquent le sort des femmes pour envisager son interdiction. Stern n'est pas prêt à aller jusque-là. Il doute d'ailleurs que le sort des femmes soit la première raison de la sortie du président Sarkozy. «La burka est peut-être un signe de soumission des femmes, mais aussi un symbole d'extrémisme. Elle provoque une crainte attribuable aux liens avec les différentes formes de fondamentalisme musulman.» Stern, en bref, croit qu'il s'agit d'abord d'une question de sécurité. Mais pour éventuellement faire accepter l'interdiction de la burka dans une société démocratique, il vaut mieux invoquer les droits des femmes qu'un désir de contrer l'islam radical, croit-il.

Peter Worthington, du Toronto Sun, aimerait que les politiciens canadiens fassent preuve d'autant d'audace que Sarkozy qui, selon Worthington, a «100 % raison quand il dit que la burka porte atteinte à la dignité de la femme, est virtuellement une prison mobile et est étrangère aux valeurs et aux idéaux de la France». De l'avis du journaliste, «la burka est contraire à la démocratie. Elle n'est pas un vêtement puisqu'elle se porte par-dessus les vêtements des femmes afin de les priver de toute personnalité ou identité.» C'est cette impossibilité de reconnaître une personne que Sarkozy dénonce, écrit Worthington, avant d'encourager les musulmans à abandonner les plus évidents symboles de domination masculine.

Le Calgary Herald pense qu'il faut que le Canada interdise la burka et autres voiles couvrant le visage. À son avis, les Canadiens devraient se préoccuper de cette pratique avant qu'elle ne s'enracine et ils devraient la décourager, car il s'agit d'une «forme d'isolement culturel basé sur une idéologie religieuse qui entre en conflit avec les lois et idéaux libéraux et démocratiques». Le Herald rappelle que la burka n'est portée que dans des pays où on trouve une forme particulièrement militante et rigide de l'islam et où les gouvernements sont hostiles aux valeurs occidentales. L'enjeu, au dire du quotidien, n'est pas la burka, mais ce que cette dernière représente. L'expansion de son usage signifie un rejet plus étendu des valeurs fondamentales d'une société libérale, dit le Herald, et une préférence pour une culture qui rend les femmes invisibles. «De telles croyances sont dangereuses pour une démocratie libérale et on doit leur résister par tous les moyens», conclut-il.

***

mcornellier@ledevoir.com






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