Revue de presse - Jugement et élections
Il y avait comme un fond de tristesse, de déception et d'agacement dans les commentaires sur la comparution de Brian Mulroney devant la commission Oliphant, qui doit faire la lumière sur la relation entre l'ancien premier ministre et l'homme d'affaires allemand Karlheinz Schreiber.
Dès le premier jour, une certaine irritation a gagné John Ivison, du National Post. M. Mulroney avait choisi d'être interrogé d'abord par son avocat, ce qui allait lui permettre d'imposer sa lecture des événements, mais malgré le bon travail de son avocat, l'ancien chef conservateur n'a pu résister à la tentation de régler ses comptes avec des journalistes, la GRC et toutes ces personnes déterminées, selon lui, à avoir sa peau. Des soliloques qui n'ont permis d'aucune manière d'éclaircir ladite affaire Mulroney-Schreiber. Ivison rappelle que David Johnston, qui a établi les termes de référence de l'enquête, avait enjoint à la future commission de ne pas se laisser distraire et de ne se préoccuper que de l'intérêt public. Ivision ne voit pas en quoi de grands pans du premier jour de témoignage de M. Mulroney ont pu servir cet intérêt.
Pour sa part, Stephen Maher, du Halifax Chronicle-Herald, a trouvé «triste d'observer le premier jour du témoignage de Brian Mulroney». «On a eu un échantillon du fougueux Mulroney, l'orateur doué débitant son sympathique boniment, mais au repos, il paraissait souvent ses 70 ans, fatigué et triste, frottant son nez, ayant des tics traduisant un malaise alors qu'il manipulait ses documents et tentait d'expliquer ses actions passées.» Comme s'il devinait les difficultés qui l'attendaient dans les jours suivants.
En début de semaine, Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, partageait la perception de Maher. Hier, il était plus sévère. «Il y a la loi et il y a l'éthique. Ce qui est peut-être légal peut ne pas être éthique à l'occasion. Ce qui peut se défendre sur le plan légal, quand on coupe les cheveux en quatre ou qu'on s'en tient à une définition stricte, peut rater le test d'une conduite éthiquement appropriée.» Simpson note que, dans la société canadienne, les échanges de grosses sommes d'argent éveillent toujours des soupçons sur les intentions des protagonistes. «Nous pouvons comprendre qu'une personne douteuse comme M. Schreiber transige en argent comptant. Il est plus difficile de comprendre pourquoi M. Mulroney a accepté, non pas une, mais trois enveloppes contenant chacune 75 000 $.» La première a pu le surprendre, mais pas les suivantes. M. Mulroney aura beau reconnaître qu'il a fait une erreur, dit Simpson, cette erreur demeure incompréhensible de la part d'un avocat qui fut ancien premier ministre et homme d'affaires.
Le témoignage de Brian Mulroney n'a pas impressionné l'équipe éditoriale de l'Edmonton Journal, mais cette dernière fait remarquer que les persécuteurs de l'ancien premier ministre n'ont pas davantage réussi à trouver l'arme qui lui assènerait le coup fatal. Que doivent en déduire les Canadiens qui en ont marre? «Se répéter qu'importe la vérité dans cette affaire, Mulroney était loin d'être un de nos pires premiers ministres. Il est le père du libre-échange et a joué un rôle important dans la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. On se souviendra de ces choses bien longtemps après que le nom de Karlheinz Schreiber aura été oublié.» Pour l'équipe éditoriale du Toronto Star, cette enquête demeure tout de même nécessaire. «Nous ne savons toujours pas, exactement, ce qu'était l'entente entre Mulroney et Schreiber. Par conséquent, nous ne savons pas si l'ancien premier ministre conservateur, qui a détenu le pouvoir de 1984 à 1993, a été à la hauteur de son propre code d'éthique. Nous ne pouvons donc pas établir si nous avons besoin de règles d'éthique plus strictes.»
Colombie-Britannique aux urnes
La réélection du gouvernement de Gordon Campbell a confirmé, dit Vaughn Palmer, du Vancouver Sun, qu'il était possible pour un politicien entêté et convaincu de se faire élire avec une taxe sur le carbone dans ses bagages. Ce n'est toutefois pas cela qui a retenu l'attention, mais le faible taux de participation: seulement 48 % des électeurs, selon les données finales du Victoria Times-Colonist. Au dire du journal, cela signifie que le nouveau gouvernement a été élu avec l'appui de seulement 22 % des électeurs inscrits. De l'avis du quotidien, ce n'est pas l'introduction du vote électronique ou autre astuce qui y changeront quelque chose, mais un changement d'attitude de la part des politiciens. Ses suggestions: respect mutuel à la législature, discussion des vraies questions, accessibilité pour les citoyens, positions réfléchies plutôt qu'opportunistes et ainsi de suite. «Quand les politiciens évitent les vrais enjeux, ils ne doivent pas se demander pourquoi nous évitons les boîtes de scrutin.»
Dans ce contexte, le Times-Colonist espère que le rejet du nouveau mode de scrutin, dans le cadre du référendum tenu en même temps que les élections, ne sonne pas le glas de toute réforme. «Le débat ne doit pas être clos. Notre système politique est malade. Ce serait une folie que de ne pas tenir compte de cette réalité ou de ses effets corrosifs à long terme.» L'Edmonton Journal et le Globe and Mail sont plus pessimistes. Selon le Globe, la défaite de mardi a «probablement annoncé la fin du mouvement en faveur d'un système de représentation plus proportionnelle, pour quelques décennies à tout le moins».
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mcornellier@ledevoir.com
Dès le premier jour, une certaine irritation a gagné John Ivison, du National Post. M. Mulroney avait choisi d'être interrogé d'abord par son avocat, ce qui allait lui permettre d'imposer sa lecture des événements, mais malgré le bon travail de son avocat, l'ancien chef conservateur n'a pu résister à la tentation de régler ses comptes avec des journalistes, la GRC et toutes ces personnes déterminées, selon lui, à avoir sa peau. Des soliloques qui n'ont permis d'aucune manière d'éclaircir ladite affaire Mulroney-Schreiber. Ivison rappelle que David Johnston, qui a établi les termes de référence de l'enquête, avait enjoint à la future commission de ne pas se laisser distraire et de ne se préoccuper que de l'intérêt public. Ivision ne voit pas en quoi de grands pans du premier jour de témoignage de M. Mulroney ont pu servir cet intérêt.
Pour sa part, Stephen Maher, du Halifax Chronicle-Herald, a trouvé «triste d'observer le premier jour du témoignage de Brian Mulroney». «On a eu un échantillon du fougueux Mulroney, l'orateur doué débitant son sympathique boniment, mais au repos, il paraissait souvent ses 70 ans, fatigué et triste, frottant son nez, ayant des tics traduisant un malaise alors qu'il manipulait ses documents et tentait d'expliquer ses actions passées.» Comme s'il devinait les difficultés qui l'attendaient dans les jours suivants.
En début de semaine, Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, partageait la perception de Maher. Hier, il était plus sévère. «Il y a la loi et il y a l'éthique. Ce qui est peut-être légal peut ne pas être éthique à l'occasion. Ce qui peut se défendre sur le plan légal, quand on coupe les cheveux en quatre ou qu'on s'en tient à une définition stricte, peut rater le test d'une conduite éthiquement appropriée.» Simpson note que, dans la société canadienne, les échanges de grosses sommes d'argent éveillent toujours des soupçons sur les intentions des protagonistes. «Nous pouvons comprendre qu'une personne douteuse comme M. Schreiber transige en argent comptant. Il est plus difficile de comprendre pourquoi M. Mulroney a accepté, non pas une, mais trois enveloppes contenant chacune 75 000 $.» La première a pu le surprendre, mais pas les suivantes. M. Mulroney aura beau reconnaître qu'il a fait une erreur, dit Simpson, cette erreur demeure incompréhensible de la part d'un avocat qui fut ancien premier ministre et homme d'affaires.
Le témoignage de Brian Mulroney n'a pas impressionné l'équipe éditoriale de l'Edmonton Journal, mais cette dernière fait remarquer que les persécuteurs de l'ancien premier ministre n'ont pas davantage réussi à trouver l'arme qui lui assènerait le coup fatal. Que doivent en déduire les Canadiens qui en ont marre? «Se répéter qu'importe la vérité dans cette affaire, Mulroney était loin d'être un de nos pires premiers ministres. Il est le père du libre-échange et a joué un rôle important dans la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. On se souviendra de ces choses bien longtemps après que le nom de Karlheinz Schreiber aura été oublié.» Pour l'équipe éditoriale du Toronto Star, cette enquête demeure tout de même nécessaire. «Nous ne savons toujours pas, exactement, ce qu'était l'entente entre Mulroney et Schreiber. Par conséquent, nous ne savons pas si l'ancien premier ministre conservateur, qui a détenu le pouvoir de 1984 à 1993, a été à la hauteur de son propre code d'éthique. Nous ne pouvons donc pas établir si nous avons besoin de règles d'éthique plus strictes.»
Colombie-Britannique aux urnes
La réélection du gouvernement de Gordon Campbell a confirmé, dit Vaughn Palmer, du Vancouver Sun, qu'il était possible pour un politicien entêté et convaincu de se faire élire avec une taxe sur le carbone dans ses bagages. Ce n'est toutefois pas cela qui a retenu l'attention, mais le faible taux de participation: seulement 48 % des électeurs, selon les données finales du Victoria Times-Colonist. Au dire du journal, cela signifie que le nouveau gouvernement a été élu avec l'appui de seulement 22 % des électeurs inscrits. De l'avis du quotidien, ce n'est pas l'introduction du vote électronique ou autre astuce qui y changeront quelque chose, mais un changement d'attitude de la part des politiciens. Ses suggestions: respect mutuel à la législature, discussion des vraies questions, accessibilité pour les citoyens, positions réfléchies plutôt qu'opportunistes et ainsi de suite. «Quand les politiciens évitent les vrais enjeux, ils ne doivent pas se demander pourquoi nous évitons les boîtes de scrutin.»
Dans ce contexte, le Times-Colonist espère que le rejet du nouveau mode de scrutin, dans le cadre du référendum tenu en même temps que les élections, ne sonne pas le glas de toute réforme. «Le débat ne doit pas être clos. Notre système politique est malade. Ce serait une folie que de ne pas tenir compte de cette réalité ou de ses effets corrosifs à long terme.» L'Edmonton Journal et le Globe and Mail sont plus pessimistes. Selon le Globe, la défaite de mardi a «probablement annoncé la fin du mouvement en faveur d'un système de représentation plus proportionnelle, pour quelques décennies à tout le moins».
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