Télévision à la une - Venise, ville de passion et de musique
Artv diffuse aujourd'hui le film lauréat, en 2009, du Prix du public Artv au Festival inter-national du film sur l'art de Montréal. Mort à Venise est un mauvais titre. D'abord parce que ce titre était déjà pris et que Visconti l'a inextricablement lié à l'adagietto de la 5e Symphonie de Mahler, hymne d'amour suprême. Ensuite parce que le substrat sonore de ce Voyage musical avec Louis Lortie est infiniment ondoyant, puissant, mystérieux. Bref, vivant.
Beaucoup de musiques sont liées à Venise, sans que l'on s'en doute. À l'opéra: La Traviata de Verdi et, près de nous, The Rake's Progress de Stravinski. L'association entre Venise et musique concerne en général la musique baroque et, au premier chef, Vivaldi. Le film le plus diffusé à ce titre date de près de 20 ans. Il s'agit de Venise, passé, présent et futur d'Anton van Munster, sur fond de Quatre saisons par I Musici. Tout cela avait un côté très «carte postale», un peu nunuche, que le film de Mathieu Roy évite habilement.
Aquatique
D'abord, Lortie et Roy évitent un écueil majeur: le projet musical n'est pas centré sur Venise mais sur les «musiques d'eau», ce qui donne davantage de liberté. Ceci permet au pianiste, par exemple, de jouer L'Isle joyeuse de Debussy. Il y a également la nature même du produit visuel, a priori très hybride et assez étrange, mais qui fonctionne bien. Film avec temps de repos musicaux, concert avec guide éclairé, visions musicales: ce voyage avec Louis Lortie est tout cela.
On y voit (rarement) des images d'un récital, peut-être celui donné au Centre d'arts Orford l'été dernier, lors duquel la musique était déjà associée à des images de Venise. C'est la partie «film dans le film». Certaines prises de vue de Lortie au piano, pour être plus virtuoses et imprévues, ont également été réalisées sans public. Réussite la plus inattendue: les séquences de «visions intérieures», un genre où se fracassent en général les meilleures volontés.
Ce tuilage des genres fonctionne particulièrement bien. Lorsqu'il joue la transcription d'une sonate de Marcello, tribut payé à l'incontournable période baroque, il n'est pas problématique outre mesure que Lortie parle de l'oeuvre pendant qu'il la joue, ou que se superposent à Lugubre gondole de Liszt des considérations sur Wagner et des clapotis de l'eau du Grand Canal.
Je suis moins convaincu de la nécessité des diverses séquences de «placement de produit» sur les pianos Fazioli si chers à Lortie. Si on ne peut plus faire un film avec en vedette Lang Lang sans voir un clip sur Steinway ou un documentaire sur Alain Lefèvre sans visiter la manufacture de piano Yamaha, autant regarder une course de Formule 1: les logos sont gravés sur les voitures et les casques! À la décharge de Mathieu Roy, la lecture d'un article d'Odile Tremblay dans nos colonnes lors du FIFA permet de comprendre que M. Fazioli a participé au financement — et donc à l'existence — du film. D'autres mécènes ont été plus discrets...
Cette regrettable faute de goût n'entache pas, néanmoins, le plaisir éprouvé à la vision et à l'audition de ce programme, qui préserve ce que peu de films musicaux réussissent à sauver: un rythme visuel et de narration en phase avec le rythme musical, dans un voyage qui laisse le temps au temps.
Jamais grandiloquent, Lortie n'est pas trop didactique, pas trop anecdotique: il trouve le ton qu'il faut pour s'adresser à tout un chacun, sans niveler par le bas. On notera, par exemple, la très belle transition Liszt-Debussy, sur fond de disparition de cités englouties par les eaux.
Très belle intégration, également, de la musique contemporaine dans le propos. Voilà un intelligent exercice, nourrissant pour l'esprit et les sens.
Mort à Venise : un voyage musical avec Louis Lortie - Artv, samedi 25 avril à 21h
Beaucoup de musiques sont liées à Venise, sans que l'on s'en doute. À l'opéra: La Traviata de Verdi et, près de nous, The Rake's Progress de Stravinski. L'association entre Venise et musique concerne en général la musique baroque et, au premier chef, Vivaldi. Le film le plus diffusé à ce titre date de près de 20 ans. Il s'agit de Venise, passé, présent et futur d'Anton van Munster, sur fond de Quatre saisons par I Musici. Tout cela avait un côté très «carte postale», un peu nunuche, que le film de Mathieu Roy évite habilement.
Aquatique
D'abord, Lortie et Roy évitent un écueil majeur: le projet musical n'est pas centré sur Venise mais sur les «musiques d'eau», ce qui donne davantage de liberté. Ceci permet au pianiste, par exemple, de jouer L'Isle joyeuse de Debussy. Il y a également la nature même du produit visuel, a priori très hybride et assez étrange, mais qui fonctionne bien. Film avec temps de repos musicaux, concert avec guide éclairé, visions musicales: ce voyage avec Louis Lortie est tout cela.
On y voit (rarement) des images d'un récital, peut-être celui donné au Centre d'arts Orford l'été dernier, lors duquel la musique était déjà associée à des images de Venise. C'est la partie «film dans le film». Certaines prises de vue de Lortie au piano, pour être plus virtuoses et imprévues, ont également été réalisées sans public. Réussite la plus inattendue: les séquences de «visions intérieures», un genre où se fracassent en général les meilleures volontés.
Ce tuilage des genres fonctionne particulièrement bien. Lorsqu'il joue la transcription d'une sonate de Marcello, tribut payé à l'incontournable période baroque, il n'est pas problématique outre mesure que Lortie parle de l'oeuvre pendant qu'il la joue, ou que se superposent à Lugubre gondole de Liszt des considérations sur Wagner et des clapotis de l'eau du Grand Canal.
Je suis moins convaincu de la nécessité des diverses séquences de «placement de produit» sur les pianos Fazioli si chers à Lortie. Si on ne peut plus faire un film avec en vedette Lang Lang sans voir un clip sur Steinway ou un documentaire sur Alain Lefèvre sans visiter la manufacture de piano Yamaha, autant regarder une course de Formule 1: les logos sont gravés sur les voitures et les casques! À la décharge de Mathieu Roy, la lecture d'un article d'Odile Tremblay dans nos colonnes lors du FIFA permet de comprendre que M. Fazioli a participé au financement — et donc à l'existence — du film. D'autres mécènes ont été plus discrets...
Cette regrettable faute de goût n'entache pas, néanmoins, le plaisir éprouvé à la vision et à l'audition de ce programme, qui préserve ce que peu de films musicaux réussissent à sauver: un rythme visuel et de narration en phase avec le rythme musical, dans un voyage qui laisse le temps au temps.
Jamais grandiloquent, Lortie n'est pas trop didactique, pas trop anecdotique: il trouve le ton qu'il faut pour s'adresser à tout un chacun, sans niveler par le bas. On notera, par exemple, la très belle transition Liszt-Debussy, sur fond de disparition de cités englouties par les eaux.
Très belle intégration, également, de la musique contemporaine dans le propos. Voilà un intelligent exercice, nourrissant pour l'esprit et les sens.
Mort à Venise : un voyage musical avec Louis Lortie - Artv, samedi 25 avril à 21h
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